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C’est fait ! L’élection présidentielle guinéenne, la première du genre depuis l’indépendance en 1958, a rendu son verdict. Le Professeur Alpha CONDE l’importe sur Monsieur Cellou Dalein DIALLO avec une avance de près de cinq points. Sans rien enlever au mérite de l’ancien Premier Ministre, il faut d’abord relever que le vainqueur de cette consultation électorale est le dernier dinosaure de la vie politique guinéenne de ces vingt dernières années après la disparition de Siradiou DIALLO et BÂ Mamadou, mais aussi de Jean Marie DORE devenu premier Ministre de la transition, qui sont des figures historiques et emblématiques de la lutte politique en Guinée pour l’avènement d’un régime véritablement démocratique.
Depuis son retour au bercail au début des années 90, le Professeur Alpha CONDE avait réussi à mettre sur pied un parti fort et bien organisé avec des militants complètement acquis aux idéaux qu’il n’a cessé de défendre. Qu’il pleuve ou qu’il vente, les militants du RPG sont indéboulonnables. Avec un tel appareil politique, le Professeur Alpha CONDE pouvait s’engager dans les batailles électorales avec confiance. Mais ce parti, bien que fortement implanté en Haute Guinée et dans une moindre mesure en Guinée Forestière, ne pouvait à lui tout seul rafler la mise. L’un des enseignements de ce scrutin est de savoir comment Cellou Dalein DIALLO a-t-il échoué dans sa tentative d’alliance avec la région côtière qu’est la Basse Guinée. Indéniablement, la campagne électorale du premier tour de l’enfant de Dalein a été perçue comme arrogante et choquante en raison du refus de compétition pour tout autre candidat en Moyenne Guinée, affichant l’idée que la communauté peulhe prenait fait et cause pour le porte-drapeau de l’UFDG. Nulle part ailleurs sur l’ensemble du territoire, le communautarisme n’était apparu aussi efficient. A l’arrivée, M. Cellou Dalein a eu pour lui toute la région de la Moyenne Guinée et contre lui le reste du pays. Les raisons du rejet de M. Dalein DIALLO par les autres communautés sont multiples et ne lui seraient pas forcément toutes imputables. Au lendemain de la disparition du Président Lansana CONTE, la Guinée n’avait plus gardé le même visage qu’en 1984, au temps du régime d’Ahmed Sékou TOURE. A partir de cette date, des opérateurs économiques originaires de la Moyenne Guinée ont réussi à prendre le contrôle de l’économie du pays au point que certains observateurs affirment qu’ils seraient détenteurs à eux seuls de près de 60% de la richesse nationale. Vrai ou faux, c’est à présent une question qui se pose avec une extrême sensibilité. L’implication de plusieurs opérateurs économiques sinon de tous ne fut point bénéfique pour le candidat de l’UFDG.
La question de la répartition de la richesse nationale se pose désormais avec une farouche volonté de rééquilibrage. Pour autant, l’essentiel n’est pas là. Si les peulhs sont devenus les nouveaux riches du pays, c’est probablement parce qu’ils ont le sens de l’organisation et l’acharnement au travail. Ce qui ne sous-entend nullement qu’ils sont plus bosseurs que les autres. Lorsqu’on veut sérieusement examiner les causes de l’échec du candidat qu’ils avaient soutenu, force est de reconnaitre que le premier faux pas est venu de l’idée de poser le problème de la conquête du pouvoir en termes de tour. Et chacun se souviendra de l’expression consacrée :’’c’est notre tour’’.
Ensuite, la campagne électorale telle qu’elle fut menée par le staff de l’UFDG manquait de stratégie pour un second tour. Au demeurant, chaque sortie du candidat El hadj Cellou Dalein DIALLO entrainait systématiquement la paralysie dans la zone où il se rendait et surtout lorsque c’était en Basse Guinée. Nul ne devrait suspecter le chef de file de l’UFDG d’avoir instrumentalisé ses hommes notamment les plus jeunes pour tenir des propos malveillants qui ont été les leurs. L’exemple le plus désobligeant fut le passage du cortège de M. Dalein DIALLO à Mafèrinyah, dans la préfecture de forécariah. Dans cette localité, ils avaient eu la maladresse de proférer : « Nous sommes les meilleurs et vous n’êtes rien d’autres que des affamés. La preuve, si nous n’importons pas le riz, vous ne…………………… » Epargnez-moi le reste.
La multiplication de ce genre de dérapage avait fini par pousser la communauté de la Basse Guinée à s’éloigner des peulhs pour ne plus trouver de voie d’entente. Dès lors que la Haute Guinée et la Foret avaient décidé de soutenir le Professeur Alpha CONDE au deuxième tour, la région de la Basse Guinée devenait le théâtre de tous les enjeux. Or, sept (7) ressortissants sur dix (10) dans cette région avaient opté de rallier le candidat du RPG, assurant inéluctablement ainsi sa victoire.
Malgré toutes les failles et faiblesses de l’institution chargée de l’organisation du scrutin présidentiel que la Guinée vient de connaitre, la victoire du Professeur Alpha CONDE est nette pour ne souffrir d’aucune contestation. Pourvu que ce soit la démocratie qui triomphe.
Sékou Chérif FADIGA
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