|
Si la composition de la prochaine équipe gouvernementale est attendue avec intérêt et impatience, on peut s'étonner cependant de la quasi absence de réactions, suite à la publication du décret D/2008 /024/PRG/SGG relatif à la nouvelle structure gouvernementale. Fait étonnant en effet, quand on prend en compte les nombreuses prises de positions en faveur de l'initiative de Conté, "d'ouvrir le gouvernement à l'opposition". Ils ont été nombreux, nos compatriotes, à s'en être réjouis! N'était-il pas cependant trop tôt pour s'en réjouir ? La question mérite qu'on s'y attarde, d'autant plus que, s'il est encore trop tôt de tirer une quelconque conclusion sur la prochaine équipe gouvernementale, cette nouvelle structure, en tout cas, telle qu'elle nous a été révélée, nous donne déjà un avant-goût de ce qui va être bientôt le Gouvernement à partir duquel l'opposition est sensée "démanteler de l'intérieur, le système de Lansana Conté". Nos impressions ? Et bien, on retiendra tout d'abord la pléthore qui caractérisera le prochain Gouvernement. Trente six postes ministériels, pour un pays ruiné par 24 ans de gestion chaotique ! Pour qui connaît l'état de déchéance économique avancé de notre pays, aucun argument, fut-il "la nécessité de satisfaire les exigences d'un gouvernement de large ouverture", ne peut justifier cette énième décision hasardeuse et débrouillarde de nos gouvernants. 36 départements ministériels! Cela a besoin de plusieurs centaines de milliards pour fonctionner. Pour le moment, personne ne nous dit où il faut trouver cet argent. A moins bien entendu, et comme d'habitude, de recourir à "la planche à billet", avec son corollaire d'inflation! On notera ensuite, la création de postes aussi inutiles que confus. En effet, la nouvelle structure gouvernementale met en évidence une confusion totale entre départements qui ont les mêmes objectifs. C'est le cas des Ministère de la Promotion de l'emploi jeune et celui de l'emploi et de la Fonction publique. C'est également le cas des Ministères du Développement Industriel, des PME et de l'artisanat et celui de la Décentralisation et du Développement Local. La faiblesse de ce secteur dans notre pays est telle, que vouloir éclater le Département en charge de ces secteurs ne peut conduire qu’à l'inefficacité et à la gabegie. Enfin, d'autres départements aussi ridicules que démagogiques, tels que le Ministère chargé de la Réconciliation Nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions, ont été créés. Un poste dont la création serait motivée par la "volonté affichée du pouvoir à réconcilier les Guinéens entre eux" ! Je reviendrai sur ce point dans un autre article. En dehors du caractère inopportun de leur création, on remarquera que ces Départements ont en commun d'être des postes non stratégiques. Ils n'offrent en effet, à leurs occupants, aucune influence dans les grandes décisions qui fixent l'orientation des politiques du pays. Ce qui nous amène à deviner quels seront pour l'opposition, les postes à pourvoir. Bref, l'incohérence et la légèreté qui caractérisent la nouvelle structure gouvernementale n'ont fait que conforter nos doutes: la quasi absence de marge de manœuvres qui sera le lot des Ministres qui ne sont pas du sérail. Un constat qui nous conduit à soutenir mordicus, que l'adhésion à un Gouvernement sous l'empire de Lansana Conté ne débouchera que sur la confusion, l'impasse et la mise à mort progressive de ce qui était sensé être l'opposition guinéenne. Car il ne faut pas s'y méprendre, le prétendument appelé "Gouvernement d`ouverture", n'est en fait, rien d'autre qu'une stratégie visant à neutraliser d'éventuels soulèvements populaires que tenteraient d'organiser les syndicats. La stratégie consiste en effet, à priver les mouvements syndicaux du soutien inestimable des militants de la désormais "Ex-opposition". Les auteurs de cette stratégie s'imaginent probablement qu'il est impensable que la désormais "Ex-opposition" appelle ses militants à soutenir une grève contre un gouvernement dont elle serait partie prenante. Croire à l'efficacité d'une telle stratégie, c'est ignorer le fait que la pauvreté, la faim et le manque de perspective d'avenir n'ont pas de militants ! Il suffit de se rappeler des énervements de janvier-février 2007 pour s'en convaincre. Ces événements ont en effet démontré qu'il était possible d'obliger des Tyrans à négocier. Ce qui est un acquis majeur. Il serait donc irresponsable d'écarter cet acquis "d'un revers de main", sous prétexte que, placée hors du pouvoir, l'opposition a montré ses limites etc. C'est dire donc qu'une participation au futur Gouvernement, loin de sortir la Guinée de l'ornière, contribuera à coup sûr à renforcer et à légitimer le pouvoir prédateur du Général Lansana Conté. A mon avis, ce scénario doit donc être écarté. Quelle alternative donc ? Devant l'éventualité d'une auto-disqualification de la plupart des partis d'opposition et la félonie de l'armée, les syndicats restent encore la seule force organisée capable d'inquiéter, voire affaiblir le régime prédateur du Général Lansana Conté. Avec les revendications multiples et successives des forces de sécurité, la dégradation des conditions de vie des populations qui débouchera, à son tour, forcément et très bientôt sur une grève générale des syndicats, ce régime est sur le point de tomber. Pour éviter néanmoins à ce pays de sombrer dans le désordre, il est plus qu’impératif pour toutes les forces politiques et sociales d'élaborer une plate-forme de concertation et d’exiger le départ du nouveau PM et le retour de Lansana Conté à la table de la négociation. Ces négociations devront porter sur : - la désignation d'un Premier Ministre de consensus
- l'élaboration d'un cadre juridique de la fonction de Premier Ministre (révision partielle de la constitution)
- l'élaboration d'une feuille de route.
Faute de quoi, les forces vives (Syndicats, société Civile et partis politiques d’opposition) se réserveront le droit d'user de tous les moyens légaux à leur disposition, y compris une grève générale et illimitée, jusqu'à la satisfaction totale de leurs revendications. Les évènements en début d'année 2007 ont prouvé qu'avec l'adhésion de tous, le tyran peut reculer. Le Premier Ministre qui fera l'objet de consensus, devra s'atteler à : - l'amélioration des services sociaux de base : eau, électricité, travaux publics, etc. ;
- faire la lumière sur les crimes commis lors du soulèvement populaire de janvier-février 2007 et la poursuite judiciaire des auteurs de ces crimes ;
- tirer les conséquences quant au rapport d'audit commandité par l'ancien Gouvernement ;
- créer les conditions d'organisation d'élections libres et transparentes ;
- jeter les bases d'une véritable réconciliation nationale.
"L’objectif principal demeure le renvoi de Lansana Conté et de son régime". Avec le soutien et l'adhésion de tous, cet objectif est à notre portée. Mais encore faudrait-il que nous renoncions à nos intérêts égoïstes pour qu'enfin, notre pays soit libéré de la gangrène qui aggrave chaque jour l'état de décomposition sociale et économique dans lequel il se trouve aujourd'hui. Ismael Souare, Rép Féd. d'Allemagne pour www.guineeactu.com
|