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« Nous ne sommes pas des assoiffés du pouvoir… », C’est ce qu’a lancé Cellou Dalein Diallo, leader de l’UFDG, au cours d’un meeting de son Parti, à son siège sis à la Minière. En outre, il avait, au cours de ce même meeting, donné sa position face à l’avènement du CNDD, ce 23 décembre 2008. En effet, C.D. Diallo déclarait, en substance que « les officiers avaient pris le pouvoir "sans effusion de sang". Mais "ce n'est pas seulement le mérite des militaires, c'est aussi celui du peuple de Guinée qui a soutenu les putschistes… Mon parti a soutenu les militaires parce qu'ils avaient fait des propositions de sortie de crise que tout un chacun enviait, en assurant qu'ils n'étaient pas venus pour s'éterniser au pouvoir (...) qu'ils remettraient le pouvoir à un civil élu… ». Aujourd’hui, à la lumière de son passé, de l’évolution de la vie politique guinéenne et des sorties du leader de l’UFDG, quel crédit accorder à ses déclarations ? Peuvent-elles résister à une analyse objective basée sur la réalité ? En effet, lorsque le sieur Diallo, ancien ministre et Premier ministre dans plusieurs gouvernements de l’ère Conté, déclare qu’il « n’est pas un assoiffé du pouvoir », cela suscite l’intérêt et éveille la curiosité de tout guinéen conscient de certaines réalités. Si Cellou Dalein Diallo n’est pas assoiffé de pouvoir, l’on est tenté de se demander pourquoi la démission n’a jamais fait partie de son langage. Autrement dit, « pourquoi n’a-t-il jamais démissionné lorsque le pays sombrait du temps de Lansana Conté ? ». La vérité, c’est que Dalein s’est contenté tout bonnement de resserrer ses rangs avec Conté et sa famille. Cherchant à tout prix à devenir « proche du président » et à participer au festin collectif, à la gabegie et au détournement des ressources de l’Etat alors en cours. C’était donc le « Koutou koutou », comme le chante l’artiste reggae man Alpha Wess.
Ayant ainsi contribué à alourdir le passif du régime défunt qu’il s’est évertué à défendre et à soutenir, avec une ardeur inégale, notamment au Foutah, il est très mal placé pour prétendre aujourd’hui n’être pas « assoiffé de pouvoir ».
Dans la mesure où l’adage ou le bon sens veut que « les rats quittent le navire dès qu’ils le sentent en perdition », Cellou Dalein aurait pu s’inspirer de cette sagesse et quitter « le bateau de la Guinée de Conté » qui partait à la dérive afin de sauver certains meubles, si ce n’est tout simplement son âme…
Aujourd’hui, il aurait retrouvé cette âme et se serait retrouvé auréolé d’un bel habit de leader crédible et immaculé.
Par ailleurs, en faisant croire qu’il est entré en politique pour apporter un bien-être aux Guinéens (c’est le discours consacré), le leader de l’UFDG semble oublier que les guinéens n’ont pas la mémoire courte. Ils se souviennent toujours, et l’évoquent volontiers, du temps où « les deux Cellou Dalein », c'est-à-dire l’ancien Premier ministre et l’ambassadeur en Italie qui fut également Directeur de campagne de Conté, ont littéralement parcouru toute la Guinée pour implorer le soutien des populations pour leur mentor. Cette politique, de toute évidence, n’a jamais servi les guinéens dont Cellou se propose aujourd’hui, après avoir été débarqué de la Primature par Conté, de faire le bonheur.
Par-dessus tout, il est loisible de constater que la déclaration de Cellou est d’autant plus paradoxale que les populations se sont appauvries et continuent de s’appauvrir alors que lui et ses acolytes occupent le peloton de tête des hommes les plus nantis de la Guinée.
Ils constituent effectivement cet ilot d’opulence insolente dans cet océan de misère et de pauvreté qu’est devenu le pays par leur gestion calamiteuse.
Cette position de privilégiés les éloigne forcément des réalités quotidiennes de leurs compatriotes qui tirent le diable par la queue. En effet, ils ignorent tout des systèmes sanitaire et éducatif du pays qu’il rêve pourtant de gouverner dans la mesure où ils se soignent à l’étranger tandis que leurs enfants étudient dans les meilleures universités américaines et européennes.
Ils gèrent des affaires et contrôlent des sociétés qui leur procurent des revenus et de quoi vivre jusqu’à la fin de leur vie.
C’est pourquoi, bien d’observateurs s’accordent à dire que les guinéens sont « fatigués des discours creux et démagogiques » et qu’il est temps de passer aux actes, maintenant.
Pourquoi ne pas prouver, par des réalisations concrètes, son sentiment pour cette population dont on est quelque part à la base du malheur ? Ce ne serait que justice ! Il serait tout de même déloyal de mettre la réussite du coup d’Etat qui a vu l’avènement du CNDD à l’actif de gens comme Cellou Dalein. Dans la mesure où la réussite de ce coup d’Etat ‘’sans effusion de sang’’ réside dans le fait que l’immense majorité des guinéens sont décidés à ne plus cautionner un système que l’ancien Premier ministre et ses pairs de barons ont contribué à établir en Guinée. Par ailleurs, en disant que le peuple a « soif de démocratie » et aspire à des « élections libres et transparentes », Dalein a, au moins, le mérite de dire une vérité incontestable. En effet, force est de reconnaître tout d’abord que la population, dans sa majorité, ne souhaite pas que Dadis soit candidat, malgré toutes ces démonstrations de force à travers des mouvements de soutien à sa candidature. Cette préoccupation légitime des populations s’inscrit, d’ailleurs, en droite ligne de celles des Forces vives et de la communauté internationale. Cependant, si les populations souhaitent un retour des militaires au camp, ils aspirent également à la poursuite des audits, notamment sur la gestion des anciens Premiers ministres de Lansana Conté qui se sont reconvertis en leaders de partis politiques pour rechercher plutôt une sorte d’immunité. C’est une porte de sortie plus honorable que la prison… En effet, selon de nombreux analystes, la plupart de nos anciens Premiers ministres, aujourd’hui candidats à la présidentielle, jouent sur deux tableaux : Etre copté dans un éventuel gouvernement d’union nationale à défaut d’être élu président de la République ou jouir de l’immunité parlementaire afin de ne pas répondre de ses actes devant l’histoire.
Des leaders de cette petite envergure et cachant des ambitions aussi floues méritent – ils d’être soutenus par les pauvres populations guinéens afin qu’ils puissent redorer leur blason ?
Chacun a le droit d’apprécier !
Barry Sadigou
Source: infoguinee.com
www.guineeactu.com
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