lundi 20 septembre 2010
Déclaration de l’IBCG demandant à l’ONU d’organiser le second tour des élections en Guinée

L’IBCG constate que depuis la tenue du premier tour de l’élection présidentielle des manœuvres sont mises à l’œuvre pour empêcher l’organisation du second tour.

Ces manœuvres sont organisées par les organes mêmes de la transition qui disposaient de six mois pour organiser des élections libres et transparentes pour un retour à l’ordre constitutionnel en République de Guinée, en l’occurrence le Président et le Premier Ministre de la transition.


L’attitude ambiguë du Président par intérim et Ministre de la Défense le général d’armée Sékouba Konaté

Au regard de son adresse à la Nation en date du 15 septembre annonçant le report sine die du second tour et le mutisme qu’il a observé face à certaines dérives, force est de constater qu’il n’est pas en mesure de prendre ses responsabilités que lui a conféré l’Accord de Ouagadougou. Il s’en remet entièrement au Médiateur, qui est par ailleurs très occupé par la médiation d’autres crises qui n’ont toujours pas été résolues ainsi que les élections qui ont lieu dans son pays et pour lesquelles il est candidat à sa propre succession, ce en violation de sa propre constitution.

Il est également très curieux que des incendies se déclenchent les jours qui ont suivi la déclaration du général Sékouba Konaté où il met en cause les institutions chargées du processus électoral. Les locaux et le matériel de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ont pris feu dans l’enceinte même du camp Almamy Samory Touré qui est le quartier général de l’état major des forces armées guinéennes. Pourquoi est-ce uniquement les locaux et le matériel de la CENI qui y ont été touchés au lendemain même du report décidé par le général Sékouba Konaté qui a lui-même ses quartiers dans ce camp ainsi que sa garde rapprochée ?

Deux jours plus tard c’est un autre incendie qui a ravagé (la veille de la date initiale du second tour) le quartier général de la Force Spéciale de Sécurisation du Processus Electoral (FOSSEPEL).

Ces incendies ressemblent à des actes criminels visant à empêcher le déroulement normal de la transition.

Les conclusions hâtives et sans enquête préalable des autorités imputant ces incendies à des courts-circuits électriques ne sont pas convaincantes et nous conduisent à douter d’elles. Ces « courts-circuits » sont étrangement très sélectifs et ne visent apparemment que des organes qui sont les principaux acteurs du second tour des élections bien qu’ils soient situés dans les lieux les plus sûrs du pays.

Nous rappelons que le général Sékouba Konaté et de nombreux membres de son gouvernement et ses collaborateurs au nombre desquels des personnes citées par la Commission des Nations Unies chargée d’enquêter sur les évènements du 28 septembre 2008 comme responsables des atrocités commises, figurent sur une liste de personnes frappées de sanctions par plusieurs organisations internationales. La suspension de Sékouba Konaté et de certains de ses collaborateurs de cette liste résultait de l’Accord de Ouagadougou de janvier 2010 qui lui accordait un délai de six mois pour l’organisation des élections devant mettre fin à la transition politique entamée depuis le coup d’état du 23 décembre 2008.

La déclaration du Président par intérim de la transition suivie par les actes qui ont ravagé les locaux de la CENI et de la FOSSEPEL s’ajoutent à l’attitude du Premier Ministre qui depuis la tenue du premier tour fait tout pour torpiller le processus électoral.


Les manœuvres du gouvernement visant à torpiller le processus électoral

Dès après le premier tour de l’élection le 27 juin dernier, le Premier Ministre Jean Marie Doré a voulu remettre en cause la légitimité de la CENI comme principale institution chargée d’organiser les élections par la Constitution et le Code électoral. Dans une déclaration il avait regretté le manque d’implication de l’Administration du Territoire dans l’organisation des élections, ce qui selon lui aurait limité les cafouillages. Cette affirmation du Premier Ministre n’était pas fondée dans la mesure où le MATAP a toujours assisté la CENI conformément à la loi portant création de la CENI, à l’article 2 de la Constitution, l’article 2 du nouveau Code électoral et le protocole d’accord signé le 1er avril 2009 entre le MATAP et la CENI.

En août dernier en violation de la Constitution et du Code électoral, il a voulu modifier les articles 2 de ces deux textes afin de faire du MATAP la principale institution chargée de gérer les élections. Bien qu’ayant nié avoir voulu modifier les textes, l’ancienne Ministre des affaires sociales et candidate du parti Convention démocratique panafricaine (CDP) Madame Saran Daraba Kaba, qui a obtenu 2 969 voix ; soit 0,11% au premier tour, aujourd’hui alliée à l’un des deux candidats du second, a déploré les fuites dans la presse de cette information. Or ce sont ces fuites qui ont permis aux acteurs politiques et à la société civile de réagir et empêcher la violation de la Constitution par le Premier Ministre qui devait en être un des garants. Mme Saran Daraba Kaba serait d’ailleurs actuellement en service à la primature en tant que Conseiller du Premier ministre Jean Marie Doré.

La connivence du Premier Ministre avec cette actrice politique ainsi que l’utilisation des moyens du gouvernement par l’un des deux camps laissent douter de l’impartialité du chef du gouvernement.

Il devient alors très clair que le gouvernement n’observe plus la stricte neutralité requise pour aider la CENI à organiser de manière sereine, transparente et équitable le second tour des élections présidentielles qui est sans cesse repoussée.

Conformément à la Constitution et au Code électoral, le second tour de l’élection présidentielle est fixé au quatorzième jour après la proclamation des résultats définitifs du premier tour. La Cour suprême a confirmé les résultats de l’élection du 27 juin 2010, le 20 juillet 2010. Le second tour aurait dû avoir lieu dans la première dizaine du mois d’août.

Dès le 19 juillet 2010, le Premier Ministre voulait l’annulation pure et simple de l’élection. Puis après la proclamation officielle des résultats par la Cour suprême il n’a eu de cesse de vouloir repousser la date du second tour déniant même à la CENI le choix de la date du second tour.

Après avoir invoqué la fête chrétienne de l’Assomption, le mois de Ramadan où les Musulmans observent le jeûne, le second tour a sans cesse été repoussé. Et c’est après consultation des deux finalistes que la date du 19 septembre a été retenue. C’est cette date consensuelle qui vient d’être repoussée sans justification valable.

Après sa tentative de modification unilatérale en catimini de la Constitution et du Code électoral il a annoncé la création d’une nouvelle commission interinstitutionnelle alors qu’une telle commission existait déjà pour faire des propositions afin d’améliorer les prochaines consultations électorales.

Jean Marie Doré dont le mandat doit prendre fin avec l’installation des nouvelles autorités issues des élections fait preuve par son attitude d’éterniser la transition alors que la période que lui a accordé l’accord de Ouagadougou est largement dépassée.

Sa défiance vis-à-vis de la CENI et sa complaisance par rapport à un des deux camps finalistes n’en font plus un acteur crédible qui puisse aider techniquement la CENI à organiser le second tour.

C’est pour toutes ces raisons que nous demandons à la Communauté internationale à s’impliquer beaucoup plus dans le processus électoral en Guinée.

Nous exhortons ainsi l’ONU, les Organisations régionales africaines et l’Union européenne qui a largement financé ces élections à aider techniquement la CENI pour l’organisation du second tour et des scrutins à venir telles que les élections législatives. Cela donnerait plus de crédibilité au scrutin et éviterait ainsi la contestation des résultats du vote, contribuant à calmer les esprits et éviter des violences postélectorales.

Nous en appelons à ces organisations et aux Etats amis de la Guinée notamment la France et les Etats-Unis d’Amérique à dépêcher un plus grand nombre d’observateurs et des forces militaires pour sécuriser les élections et empêcher que la Guinée ne bascule dans le chaos.


Fait le 20 septembre 2010

Initiative de Bruxelles pour le Changement en Guinée (IBCG)


www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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