 |
Certains protagonistes des débats télévisés sur la drogue, la gestion du Cinquantenaire et du secteur minier tentent souvent de jouer sur la fibre sensible du capitaine Moussa Dadis Camara. Très souvent, avec succès. Quelle conséquence, cela risque-t-il d’avoir sur le cours de ces affaires qui polarisent l’attention des Guinéens.
Le président de la République et du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), le capitaine Moussa Dadis Camara fait preuve d’une bonne foi évidente dans sa détermination à lutter contre les maux qui gangrènent la Guinée. Les débats télévisés qu’il conduit en ce moment en vue d’amener à s’expliquer les présumés narcotrafiquants et autres gestionnaires de la chose publique en sont une preuve. Cependant, ces parties de show télévisé ont permis de comprendre que le chef de la junte militaire est fait d’une fibre très sensible devant les apitoiements de certains protagonistes des différentes affaires. L’image qui se dégage ainsi du capitaine Moussa Dadis Camara est celle d’un homme volontariste, engagé au point d’être impulsif. Un caractère impulsif qui fait également de lui un homme pas méchant. Toute chose qui le rend sensible donc aux problèmes de certaines personnes appelées à s’expliquer devant lui. C’est le cas par exemple, du présumé narcotrafic Mamady Kallo, qui a réussi à s’attirer la bienveillance particulière du capitaine Dadis en racontant la situation de son enfant, qui a des ennuis de santé tels qu’il est dépendant d’un produit pharmaceutique coûteux. Un produit qu’il affirme avoir été emporté par les gens qui ont vandalisé son domicile après son arrestation. Et le chef de l’Etat de répondre qu’il est très sensible à cette question à laquelle il veillera à ce qu’une solution rapide soit trouvée. Pourtant, répliquent certains, en s’impliquant dans le trafic de drogue, Kallo a mis en danger la vie de milliers d’autres enfants guinéens innocents. Autre cas, celui de M. Victor Traoré qui dit avoir subi deux opérations du cœur. Bref, un autre pharmaco dépendant pour qui le président de la République a pris pitié. Des scènes dont certains concernés semblent s’être inspirés en s’amusant à jouer d’astuces pour toucher la fibre du capitaine Dadis. Dans cet exercice d’apitoiement, c’est le cas de l’ancien Premier ministre, le Dr. Ahmed Tidiane Souaré qui aura davantage retenu l’attention des téléspectateurs le week-end dernier, lorsqu’il a déclaré n’avoir aucun logis si on délogeait de la maison qu’il occupe actuellement. Une déclaration qui a du reste sidéré beaucoup de ses concitoyens qui se demandent bien ce qu’il a fait de tout l’argent qu’il est censé avoir ramassé à ses différents postes ministériels et autres postes juteux qu’il a occupés dans l’administration guinéenne. A ces mots, certains ont lu sur le visage du président guinéen un début de compassion qu’ils n’arrivent pas à comprendre. D’où l’opinion selon laquelle, certains cadres et citoyens redoubleraient d’artifices pour rendre le Capitaine Dadis sensible à leur cause. Exploitant ainsi la bonne foi qui frise la naïveté du chef de l’Etat. En la matière, des observateurs pensent d’ailleurs que le président de la République se laisse séduire par le talent oratoire de certains intervenants lors de ces débats télévisés. Au point que parfois, il n’est pas rare de l’entendre les apprécier en les qualifiant d’honnêtes, de sincères, etc. Mieux, on l’a vu se féliciter de l’esprit patriotique des anciens ministres pour le simple fait qu’ils ont répondu à la convocation du Comité d’audit le vendredi 6 mars dernier au Camp Alpha Yaya Diallo. Plutôt que de parler de patriotisme, certains préfèrent qu’on parle au moins d’esprit citoyen. Dans l’imaginaire populaire, en effet, ceux qui ont contribué à couler le navire guinéen ne sauraient être qualifiés de patriotes. D’autant que dans ses déclarations tenues dans le feu du coup d’Etat, le président du CNDD avait fustigé le manque de patriotisme de la plupart des ministres ayant servi ces dernières sous l’ère Conté. Ahmed Tidiane Souaré et compagnie avaient été directement visés par ces propos du Capitaine. Se dédit-il aujourd’hui ? En tout cas, à ce rythme, il pourrait remettre en cause tous les arguments qui ont justifié son coup d’Etat. C’est pourquoi, beaucoup pensent que le chef de l’Etat qui s’est lui-même déclaré impulsif voire émotif devrait s’abstenir de faire des jugements personnels. En se limitant à interroger les uns et les autres. Au risque, disent-ils, d’influencer la justice guinéenne dont on sait qu’elle est très sensible à la position des dirigeants.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |