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Le 1er août dernier, la jeunesse de Kindia dans sa diversité politique s’est retrouvée pour discuter autour de la situation politique en Guinée et réclamer le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée. Une conférence débat organisée par les associations Bouyan-Bouyan style (BBS) et les Amis de l’environnement (AE) à la maison des jeunes de la préfecture. Les principaux animateurs ont été Madiou Diallo, coordinateur du parti, MPP (Mouvement pour le pouvoir du peuple) et Mamadi Kaba, représentant de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO).
« La transition apaisée en Guinée », a été le thème choisi par cette jeunesse qui s’est fortement mobilisée ce jour à l’espace Tabou dans la maison des jeunes de Kindia. L’objectif vise à rassembler la jeunesse et les autres entités sociales pour dire leur mot autour de la transition en Guinée que conduit le capitaine Moussa Dadis Camara et le CNDD. Cette jeunesse estime qu’elle ne doit plus servir de bétail électoral pour élire un président ou d’instrument politique pour la transition en Guinée. Qu’elle va désormais se forger un rôle auquel doit souscrire la junte au pouvoir et les hommes politiques en quête du pouvoir.
Le thème choisi a été suffisamment épluché par cette jeunesse pour dégager l’épine de sa gorge. Le représentant de la RADDHO qui a ouvert les débats explique que la situation guinéenne n’est plus une simple préoccupation nationale. Mais qu’elle est de nos jours d’ordre continental. Pour Mamadi Kaba, la jeunesse guinéenne est le facteur clé pour le devenir de notre nation. Cependant, depuis l’aune de l’indépendance de la Guinée, elle ne joue pas réellement son rôle. Dès après l’indépendance, explique-t-il, la jeunesse a cessé de regarder l’avenir en face. Elle s’est surtout contentée, après 1958, de la fierté qui venait de naître. Celle de jouir avec farce de l’indépendance de la Guinée au lieu de se mettre au travail.
En 1984, à l’avènement de l’armée au pouvoir, elle a cru que l’avenir lui appartenait. Mais ne prenant pas ses responsabilités en main, ce fut pour elle un leurre. Et 25 ans après, cette jeunesse se trouve encore le statu quo. Etant aujourd’hui à la croisée des chemins, elle doit impérativement choisir son chemin pour se faire respecter et développer le pays. « On ne doit plus se figer au passé », martèle-t-il. La jeunesse, poursuit M. Kaba, c’est le présent et non plus l’avenir. Elle doit avoir dès maintenant une part de choix dans l’édification de la nation, estime le défendeur des droits de l’homme.
S’agissant de la transition, l’homme explique que le pouvoir militaire ne doit en aucun cas inspirer confiance. En Guinée, depuis le putsch du 23 décembre 2008, aucun investisseur n’a atterri dans le pays. Tout simplement, parce que le pouvoir militaire n’est pas compatible à la démocratie ou aux droits de l’homme. « Le militaire qui troque sa tenue contre un costume ne deviendra jamais un civil », précise-t-il de passage. C’est le cas du nouveau élu de la Mauritanie ou de Mamadou Tandja du Niger qui est en train de torpiller la constitution pour s’éterniser au pouvoir.
Par ailleurs, il indique que bien qu’il soit le pays le plus menacé, Israël n’a jamais voulu d’un militaire comme président. Un exemple que doit adopter la Guinée prise en otage par des cadres véreux qui servent un individu et non une nation. Selon son aveu, « par la faute de ces apatrides moins de 10% des Guinéens bénéficient aujourd’hui de la redistribution des richesses du pays ». Ainsi, pour M. Kaba, la jeunesse guinéenne doit savoir qu’elle est manipulée et faire une prise de conscience. Les évènements de janvier et février 2007 constituent une illustration. Cette jeunesse qui s’est sacrifiée n’a jamais été reconnue. Elle a été abandonnée à elle-même. En lieu et place de sa gratitude, les acteurs sociaux ont demandé le rallongement de l’âge à la retraite.
Pour finir, le conférencier s’inscrit en faux contre ceux qui pensent que les problèmes d’eau et d’électricité doivent primer sur le retour au pouvoir civil. Pour lui, c’est un faux débat. En ce sens que cette problématique ne peut être résolue en moins de cinq (5) ans.
Il est renchéri par le leader du MPP qui a abondé dans le même ordre d’idée. Pour Madiou Diallo, à l’avènement du multipartisme en Guinée, en 1990, la jeunesse s’est lancée dans le militantisme dans l’espoir de retrouver un avenir radieux. Mais de fil à aiguille, elle s’est rendue compte que rien ne se faisait pour son bien être. Au temps du premier régime, les mots d’ordre étaient la « révolution » et « l’impérialisme ». Sous la deuxième république, ces slogans ont été supplantés par le « chômage » et la « corruption ». Kindia, jadis pays des agrumes n’est plus que l’expression d’une misère. Les centres de recherche agronomique de Folayah et de Pastoria ne sont plus que des vieux souvenirs pour les populations. La Guinée qui exportait du riz et de la banane est devenue un gros importateur de tout
En 50 ans d’indépendance, poursuit-il, au lieu de cinq (5) présidents, on n’a eu que deux (2) qui ont durci leur pouvoir dans la dictature. Pour cette raison, estime-t-il, la future députation en Guinée doit comprendre des jeunes et des femmes pour changer la donne. Et que le prochain président doit être un jeune actif, patriote et intègre pour soigner le pays de ses maux. « On ne veut plus de dinosaures », scande-t-il. Quant aux caciques de l’ancien régime qui ont rempli leur poche des sous du peuple et qui resurgissent sur la scène politique en quête du pouvoir, le leader estime que la jeunesse doit leur faire une leçon de morale au cours des prochaines échéances électorales pour ceux qui échapperont aux audits.
Au cours des débats, tous les intervenants se sont accordés sur le fait que la place du militaire n’est pas à la présidence de la République. La jeunesse tout en réclamant un retour rapide à l’ordre civil, constate un manque de volonté politique du CNDD d’organiser les élections. « Peut-être qu’on nous réserve le scénario mauritanien », prévient un jeune étudiant. « Nous voulons des élections inclusives, sans un membre du CNDD ou du gouvernement », indique la jeunesse qui semble désormais résolue à veiller au grain. Prenant la parole, une femme a déploré le manque de réalisme de l’Etat par rapport aux audits. Elle fustige le fait qu’on continue à parler des audits étant donné que rien n’est fait pour ouvrir le dossier.
Un panel à travers la ville nous a parmi de constater que dans cette préfecture les populations semblent déçues des nouvelles autorités. Elles qui songeaient à un lendemain meilleur à l’avènement de la junte au pouvoir semblent aujourd’hui plus pessimistes que jamais.
Samory Keita L'Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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