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L’État-nation est un Etat qui se construit sur l’identité socioculturelle des peuples qui le composent. C’est la juxtaposition d'un État, en tant qu'organisation politique, à une nation, c'est-à-dire des individus qui se considèrent comme liés et appartenant à un même groupe.
L’Etat formel quant à lui, est calqué sur un modèle extérieur puis imposé à un peuple. C’est un Etat qui ne tient pas compte des particularités socioculturelles de la nation à la quelle il est imposé. L’Etat formel fonctionne sur des standards prédéfinis qui ne sont pas forcément dans l’intérêt des populations assujetties à ses principes.
L’analyse de la crise que traverse notre pays nous interpelle au réalisme et surtout au bon sens. Nous en tant que nation, traversons une crise bien plus grave que ce que nous pensons. Nous pensons à tort que ce sont des élections démocratiques qui résoudront nos problèmes. Des élections démocratiques ne sont pas forcement garantes d’un Etat de droit ou d’une vraie démocratie encore moins d’une paix véritable. La vraie démocratie est communautaire ou identitaire. C’est une démocratie dont le fondement repose sur les identités socioculturelles des peuples concernés.
L’approche avancée par la communauté internationale selon laquelle les urnes constituent la meilleure façon de sortir les pays pauvres de leur misère est absurde. La démocratie se construit par un peuple et se fonde sur les valeurs sans lesquelles ce peuple ne représente rien. Prétendre construire une démocratie en outrepassant ces valeurs, est également absurde.
Les grandes démocraties occidentales se sont développées dans un contexte d’Etat-nation. C'est-à-dire que les nations ont été placées au centre de la conception des principes et idéaux démocratiques. Ce qui fait que malgré la mondialisation et le développement de la technique et de la technologie, chacune des nations de l’occident est unique et cela a surtout permis de préserver les acquis socioculturels de ces nations. Vous conviendrez avec moi que malgré les progrès accomplis par l’Union Européenne dans l’intégration de ses membres et la conception d’une politique d’intégration socio-économique, chaque membre a conservé son identité en tant que nation différente de par sa culture, sa société, ses mœurs et j’en passe. La raison principale derrière cette stratégie à mon avis consiste à éviter l’effondrement de ces sociétés ou Etats-nation car la nation constitue l’essence de toute démocratie digne de ce nom.
La cohésion sociale est une condition préalable à la construction d'États stables et prospères, surtout en l'absence de solides institutions publiques. Un peuple uni est à la fois plus capable et désireux de coopérer pour améliorer la gouvernance et faire avancer un agenda commun qu’un peuple divisé.
La communauté internationale, cependant, ne parvient pas à reconnaître cette réalité. Sa solution pour le développement insiste trop sur l'économie et les structures étatiques, en offrant un ensemble de standards, en se concentrant sur les objectifs d'aide, les élections, et la réforme économique, toutes choses qui ignorent les conditions socioculturelles locales et qui sont de nature à détruire le tissu social dans nos pays. Cette approche d’Etat formel sous-évalue la nature communautaire du développement.
Le développement est une activité de groupe. Bien que les politiques économiques soient importantes, la capacité d'un pays à avancer est liée à la capacité de ses citoyens à coopérer aussi bien entre eux et en partenariat avec l'Etat, avec des méthodes plus axées sur les réalités locales. C’est peut-être trop élémentaire de dire ici que le développement consiste à améliorer la façon de vivre d’un peuple, mais il s’agit bien d’un principe fondamental. Pour développer un pays, on a besoin de développer sa culture et de renforcer la cohésion entre ses fils et filles.
La communauté internationale doit élaborer et promouvoir des politiques fondées sur la cohésion sociale dans les pays concernés. Il faut pour cela mettre davantage l'accent sur la décentralisation, le régionalisme, c'est-à-dire la construction d’un Etat à partir de la base. Régionalisme ne veut pas dire ici radicalisme mais je veux dire qu’il faut trouver un bien meilleur équilibre entre la promotion de la cohésion sociale et promouvoir la démocratie lorsqu'il s'agit d’un pays avec un peuple aussi diversifié que le nôtre.
Mais je ne pense pas qu’il soit dans l’intérêt de la communauté internationale de favoriser la création d’un Etat-nation dans notre pays et dans bien d’autres dans le monde. Car un Etat-nation est un Etat qui se met au service de ses citoyens en privilégiant leurs intérêts par rapport aux intérêts de la communauté internationale. C’est un Etat dont les leaders rendent compte aux citoyens et non à la banque mondiale et au fonds monétaire international.
Ce n’est pas dans l’intérêt de la communauté internationale de promouvoir un Etat-nation dans notre pays parce qu’elle ignore tout de nos réalités internes. C’est à nous de prendre conscience de ces réalités en vue de concevoir le système politique qui convient le mieux à notre nation. La démocratie comme le développement est un processus et une marche vers la perfection même si cette dernière n’existe pas. Mais cette marche doit commencer à la base c'est-à-dire dans nos quartiers, villages, districts, villes, régions pour ensuite culminer au sommet de l’Etat. C’est une marche ascendante. La vraie démocratie est celle qui est enracinée dans les communautés de base et non celle qui est imposée au sommet de l’Etat pour espérer qu’elle se répande sur les communautés comme le préconise la communauté internationale.
Il faut reconnaître que les Guinéens sont aujourd’hui plus divisés que jamais et que le travail doit plutôt consister à faire en sorte que nos populations acceptent d’adhérer au projet de société que nous devons leur présenter. Ceci doit nous amener à nous engager dans une course de fond et non de vitesse. Nous ne pouvons pas construire la démocratie et le développement sans la participation active de nos populations. Mais leur participation commence par la reconnaissance, le respect et la valorisation de l’identité ethnique de chaque groupe.
Pour finir, je voudrais inviter nos leaders politiques à renoncer à leurs ambitions personnelles afin de concevoir un système politique qui prenne en compte les caractéristiques et la diversité de la nation guinéenne. Organiser des élections dans quatre mois, est une grossière absurdité destinée à satisfaire la communauté internationale au détriment du peuple de Guinée. Posons d’abord la fondation sur laquelle nous devons construire cette maison commune qu’est la démocratie. Il y va de la préservation de la paix et de la consolidation du tissu social car toute démocratie sans ces valeurs n’est que pure velléité.
Il est possible à une nation d’exister même en l’absence de la démocratie si ses valeurs et acquis socioculturels sont préservés et sa cohésion sociale sauvegardée, mais il n’est possible à aucune démocratie de subsister sans ces éléments.
Foromo Emile Lamah
www.guineeactu.com
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