 |
Accusée d’avoir tenu des propos injurieux à l’égard du Premier ministre Lansana Kouyaté, puis expulsée de Guinée le 19 mars dernier, Mme Chantal Colle, femme d’affaire franco-guinéenne, a animé une conférence de presse, le 19 avril, au Palais du Luxembourg à Paris. Cette conférence qui avait pour thème « les Acquis de la démocratie en Guinée », a été une occasion pour fustiger les entorses faites à la liberté de cette citoyenne par le gouvernement de Lansana Kouyaté. L’expulsion de Mme Chantal Colle, Directrice générale de Alo-Guinée, le 19 mars dernier avait ému la majeure partie de l’opinion. En effet, tous les hommes épris de droit et de justice avaient alors condamné fermement cet acte contraire aux principes de l’Etat de droit que notre pays aspire à devenir. C’est le cas notamment du président de l’Assemblée nationale, M. Aboubacar Somparé et de M. Tibou Kamara, président du Conseil National de la Communication (CNC) qui, dans des déclarations, avaient fustigé, chacun, ce geste du Gouvernement dit de consensus. Chantal Colle qui a aussitôt sollicité les services d’un collège d’avocats, dirigé par Me Boubacar Sow, n’entend pas baisser les bras. C’est dans cette optique qu’elle a tenu une conférence de presse au Palais du Luxembourg à Paris le 19 avril dernier, en présence de journalistes dont certains étaient venus expressément de Guinée. Des représentants d’ONG de défense des Droits de l’Homme et des partis politiques avaient pris part à cette rencontre qui avait mobilisé du beau monde. Il s’agit, entre autres, de l’ancien président de SOS Racisme, M. Fodé Sylla, qui est également parlementaire européen et membre du Conseil Economique et Social, de M. James Soumah de la Fédération de France de la Ligue Guinéenne des Droits de l’Homme. Le choix du Sénat français pour abriter cette conférence de presse n’est pas fortuit. En fait, cet édifice est le lieu où siègent les représentants des collectivités territoriales de France. Tout un symbole… On notait au présidium, aux côtés de Chantal Colle, la présence de deux de ses avocats, Me Boubacar Sow et Me Raffi Raja, venus aussi tous deux, de Conakry. La conférence de presse a été précédée d’une distribution d’un dossier de presse au public. Un document dans lequel étaient soigneusement consignés les quatre points abordés lors de cette rencontre. Il s’agit premièrement de la violation des droits de la nationalité, deuxièmement des droits à la liberté d’expression, troisièmement de la violation des droits des investisseurs nationaux ou étrangers et enfin de la solidarité, face à la violation des acquis démocratiques en Guinée. La Directrice de Alo-Guinée a débuté son intervention par un compte rendu exhaustif des conditions dans lesquelles elle a été expulsée. Selon la conférencière, c’est au lendemain d’une conférence de presse qu’elle a tenue à Conakry, pour faire le bilan des activités de ses entreprises, qu’elle a reçu successivement trois convocations de la police au cours de la même journée. C’était le 18 mars dernier. C’est alors qu’elle s’est rendue à la DPJ, en compagnie de son avocat. Là elle fut soumise à un interrogatoire de 4 heures et demi, avec pour support un document tiré de Guinee24, un site Internet, « qui qualifiait ses propos de diffamatoires ». Et sur instruction du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Mamadou Bô Kéita, elle fut placée en garde à vue. Le 19 mars, un huissier a constaté dans le livre de dépôt qu’aucune plainte n’était encore enregistrée dans cette affaire, alors qu’il était déjà 13 heures. Ce qui, du coup, paraissait comme une « violation des règles de droit qui régissent la Guinée », a déclaré Chantal Colle. La suite du feuilleton sera marquée par le retrait de ses documents de voyage (le passeport guinéen) par le directeur de la DPJ, M. Mohamed Diakité, et suivra son expulsion. La conférencière n’a pas tari d’éloges à l’endroit de ses compatriotes qui se sont fortement mobilisés, suite à cette décision, pour lui apporter leur soutien. Les institutions républicaines, excepté la Cour suprême, s’étaient insurgées contre cette violation des droits du citoyen guinéen. Les associations des droits de l’Homme et la plupart des organes de presse avaient condamné cette dérive du Gouvernement Kouyaté. Cette solidarité à grande échelle qui s’est faite autour de celle qui était perçue comme l’égérie du palais Sékhoutouréah visait, surtout, à préserver notre pays d’un sort semblable à celui vécu sous le régime défunt, où le peuple était muselé, ses libertés confisquées. Dans son exposé, Mme Chantal Colle va pointer du doigt l’indifférence affichée par certains membres du Gouvernement face à son expulsion. C’est le cas, notamment, du ministre des Affaires Etrangères et des Guinéens de l’étranger, Me Kabèlè Camara, de son homologue de la Justice et Garde des Sceaux, Mme Paulette Kourouma, ainsi que du Président de la Cour suprême, Me Lamine Sidimé, qui dirige une institution censée préserver la liberté et le droit des citoyens guinéens. Lansana Kouyaté n’a pas été épargné par cette volée de bois vert. Elle l’a accusé d’avoir violé tous les principes de base de la démocratie. Et qu’il était même la honte du milieu diplomatique international, où il n’a dû passer que par hasard, selon elle. L’intervention de la Directrice de Alo-Gunée sera suivie de témoignages de compassion de la part d’associations de défense des droits de l’Homme et de citoyens originaires d’horizons diverses. Ainsi, au nom de la Fédération Française de la Ligue Guinéenne des Droits de l’Homme et du Citoyen, M. Jacques Kourouma a lu une déclaration qui a fermement condamné cette expulsion de Mme Chantal Colle. « Nous savons que certains parmi vous s’étonnent ou s’interrogent de nous voir aux côtés de Madame Chantal Colle. C’est parce que la Ligue Guinéenne des Droits de l’homme et du citoyen, Fédération de France, n’a jamais cessé depuis bientôt 50 années de dénoncer les graves atteintes aux droits humains en Guinée, surtout sous le règne du PDG. Elle condamne avec détermination et vigueur l’expulsion de Madame Chantal Colle de son pays de naissance par certains servants du pouvoir et du système qui l’ont adoptée. C’est bien cette adoption qui dénature son rôle et ses activités dans sa Guinée natale. Elle ouvre le champ à de nombreuses interprétations à cause de son affiliation au clan présidentiel. Ses activités entrepreneuriales sont peintes de toutes couleurs, soit pour disculper, soit pour condamner sa présence dans les arcanes du pouvoir, elle, la jeune femme guinéenne et femme d’affaires, avant tout », a souligné le porte parole de la Ligue Guinéenne des Droits de l’homme et du Citoyen, Fédération de France. Avant d’ajouter que « la rencontre de cet après-midi nous éloigne de toutes ces considérations pour qu’ensemble, nous ne puissions partager une façon de voir et de comprendre ce que signifient pour le gouvernement de Lansana Kouyaté les droits humains édités par la Déclaration universelle des Droits de l’homme ». M. Fodé Sylla, ancien président de SOS Racisme, qui a également côtoyé Chantal Colle sur les bancs de Sciences Po, en tant que fervent défenseur de tout ce qui porte atteinte à l’intégrité physique des gens, a déploré cette expulsion de Chantal Colle. « Plus guinéenne qu’elle, ça n’existe pas… Il est de mon devoir d’intervenir, de militer et d’être aux côtés des personnes qui se sont fait maltraiter, violenter, expulsr, victimes de racisme. Je me dois aussi de le faire lorsque cela se passe ailleurs. Et là singulièrement cela se passe en Guinée » a déclaré Fodé Sylla. Qui a demandé aux autorités guinéennes de laisser Chantal rentrer dans son pays ? Me Boubacar Sow, l’un des avocats de Mme Colle a relevé le caractère illégal de cette expulsion, tout en soulignant les raisons qui ont motivé de sa part la défense de la Directrice de Alo-Guinée. Pour Boubacar Sow, c’est parce que Chantal Colle est une femme et de race blanche, qu’il a décidé de la défendre. Etant donné que cela pourrait avoir dans cette affaire une connotation discriminatoire. Une discrimination liée au sexe et à la couleur de la peau. Des actes condamnés selon lui par notre constitution. Les journalistes ont à leur tour axé essentiellement leurs questions sur les rapports de Chantal Colle avec le Président de la République et Mme la Première Dame qui, à en croire certaines sources, aurait joué un rôle crucial dans cette expulsion. Ce que Chantal Colle a tenu à démentir fermement. Mamadou Dian Baldé Envoyé spécial Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |