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Depuis 25 années maintenant la Guinée vit sous un régime militaire suite au coup d’Etat du Général Lansana Conté le 3 avril 1984, après la mort de Monsieur Sékou Touré. Pour les besoins de la cause, il ôta la tenue militaire pour se présenter en tant que «civil» aux premières élections présidentielles pluralistes en 1993.
Le Capitaine Moussa Dadis Camara est un militaire de carrière, de surcroît Commandant en chef des Forces armées Guinéennes. D’où mon étonnement de l’entendre dire qu’il n’a aucun contrôle sur la troupe, en reconnaissant au passage que cette armée est très indisciplinée et que des problèmes de respect de la hiérarchie se posent en son sein. « Je ne contrôle pas cette armée, le dire se serait de la démagogie » dixit M. D. Camara. « C’est une armée où un caporal peut dire merde à un colonel ».
Le capitaine Moussa Dadis Camara aurait rendu un fier service à la Guinée en trouvant une solution aux problèmes qu’il soulève et en réorganisant complètement ce corps malade. Mais en a-t-il seulement envie ? Si lui n’y arrive pas en tant que militaire, la tâche deviendrait herculéenne pour un président civil.
De deux choses l’une. Ou bien il est sincère, dans ce cas, si en tant que militaire il n’y arrive pas, il ferait mieux de ne pas prétendre diriger la Guinée et devrait ne pas se présenter à la prochaine présidentielle, ou bien c’est le contraire, dans ce cas sa responsabilité personnelle serait engagée en tant que commandant en chef de cette armée.
En effet, en tant que chef de l’Etat, il a une obligation de moyens aussi bien qu’une obligation de résultat.
Il devait tout mettre en œuvre pour la protection, la quiétude et la sécurité des populations dans le processus de transition dans lequel nous sommes depuis le 23 décembre 2008 ; mais aussi conduire cette transition à son terme de manière apaisée et «civilisée» en respectant ses engagements maintes fois répétées à qui voulait l’entendre que ni lui, ni aucun membre du CNDD, ni du gouvernement ne serait candidat aux échéances électorales à venir.
Au lieu de cela nous avons assisté ce lundi 28 septembre 2009 à l’une des plus grandes tragédies de notre histoire avec des citoyens assassinés (entre 150 et 200 personnes selon l’OGDH) de sang froid, et à peu près 1200 blessés, y compris tous les leaders politiques qui étaient présents ce jour, simplement parce qu’ils expriment un droit constitutionnel lors d’une manifestation publique au stade du même nom.
Il est clair qu’il y avait une volonté manifeste de donner une leçon, terroriser, brutaliser et finalement tuer ces mal pensants qui ont l’outrecuidance de manifester quelques velléités d’indépendance d’esprit et qui exigeaient simplement le respect des engagements politiques pris par le chef de l’Etat.
Il y a deux jours, et certainement en se rendant compte de la gravité de la situation, Monsieur Moussa D’adis Camara propose un gouvernement d’union nationale et la mise sur pied d’une commission d’enquête et d’une médiation africaine au niveau de la CDEAO. La seule question qui vaille la peine d’être posée c’est de savoir un gouvernement d’union pour quoi faire ?
L’opposition ne s’est d’ailleurs pas laissé piéger par cette proposition qui cherche uniquement à gagner du temps et excuser le crime commis. M. D. Camara devrait tout d’abord s’engager par écrit, comme l’exige l’Union Africaine, à ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle. Cette exigence ne doit pas être négociable pour le respect de la mémoire de tous ceux qui sont tombés sur le champ de bataille pour la démocratie et l’Etat de droit en Guinée.
D’autre part, une commission d’enquête indépendante et internationale doit être mise en place pour faire toute la lumière sur cette boucherie d’un autre âge qui ne nous grandit pas et qui renvoie de la Guinée une image négative qui sera difficile à corriger.
Par ailleurs une énième médiation n’apporterait rien de nouveau si les acteurs ne sont pas convaincus de la nécessité de sortir de ce bourbier par le haut.
Monsieur Moussa Dadis Camara que nous avons cru après ses premières déclarations d’après coup d’Etat a trompé tout son monde en le tournant en bourrique et en ne respectant pas ses engagements. Il se dit pris dans un dilemme entre se présenter ou ne pas se présenter. Ce qui pour lui semble être un choix cornélien. Pour moi la question ne s’est jamais posée en ces termes ou du moins ne devrait pas l’être car un homme c’est d’abord la parole donnée. Il ne devrait donc plus y réfléchir encore longtemps, surtout après ce qu’il vient de se passer d’irréparable ce 28 septembre 2009 de triste mémoire alors que ce devait être un jour de fierté. Désormais, et à cause de son ambition démesurée, ce sera un jour de recueillement pour les martyrs du peuple de Guinée.
Pour ne plus avoir à revivre la même situation à l’avenir il nous faudra forcément nous mettre autour d’une table pour parler de la maison Guinée au regard de ces cinquante dernières années et trouver des solutions ensemble. C’est une condition nécessaire et suffisante.
Que tous ceux qui sont tombés au champ d’honneur reposent en paix. Amen !
Nous ne sommes pas prêts de les oublier.
Aux braves leaders politiques qui ont souffert dans leur chair, je leur souhaite un prompt rétablissement pour que le combat pour la liberté continue !
Aboubacar Fofana Président du Club DLG.
Paris le 1er octobre 2009
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