Notre défunte Loi Fondamentale avait eu le malheur de naître sous une mauvaise étoile. Avant d’être « pendue » par Dadis et consorts, que de mauvais procès n’a-t-on pas fait à cette constitution ! On lui a imputé tous les maux que la longue fin de règne de Lansana Conté a infligés à notre pays. Constitution taillée sur mesure, disait-on, elle accordait trop de pouvoirs discrétionnaires au Général-Président et, comme le martelait Aboubacar Somparé, faisait du Président de la République la clé de voûte de nos Institutions. Bref, pour beaucoup de compatriotes, il s’agissait rien de moins qu’une constitution destinée à légitimer et à pérenniser la dictature personnelle de Lansana Conté.
La sévérité de ce jugement était due, à mon avis, à une illusion d’optique : on a considéré que le comportement de Lansana Conté était l’expression même de la Loi Fondamentale. Or, il n’en était rien. Le fait est que Lansana Conté, dans sa conception de l’exercice du pouvoir, se prenait pour le Représentant de Dieu en Guinée. Il faisait ce qu’il jugeait bon. En son âme et conscience. En face de lui, les deux contre-pouvoirs, l’Assemblée Nationale et la Cour Suprême, n’ont pas répondu. Ils ont cautionné. Mais le bonnet d’âne revient incontestablement à la Cour Suprême. L’Assemblée Nationale a, quant à elle, par deux fois, joué le jeu de l’intérêt général.
D’abord, en 2001, quand Lansana Conté a compris que son projet de révision de la Loi Fondamentale ne pouvait pas passer à l’Assemblée Nationale parce que certains députés du PUP étaient hostiles à l’idée de faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels et du plafonnement de l’âge des candidats, il a été contraint de violer de façon flagrante l’article 91 de la Loi Fondamentale, en complicité avec la Cour Suprême.
En 2007, quand il a décrété l’état d’urgence, il était sûr que l’Assemblée Nationale allait lui accorder la prorogation de cette situation. Contre toute attente, les députés du PUP, travaillés au corps par leurs collègues de l’UPR et par Ali Nouhou Diallo, ancien président de l’Assemblée Nationale du Mali, n’ont pas exaucé les vœux du général belliqueux et de ses ouailles.
Le fait donc que malgré la vacance manifeste du pouvoir, entre 2002 et 2008, Lansana Conté ait pu se cramponner à son siège (il passait plus de temps sur la route qu’à son bureau) découle non pas du texte de la Loi Fondamentale mais de la carence de notre « élite » politique. Si Somparé et Sidimé avaient été mus par des sentiments patriotique et républicain, ils auraient déposé tranquillement le « grand corps malade ». Malheureusement, nous savons tous ce que ces deux-là ont fait ou n’ont pas fait.
Ceci dit, c’est désormais de l’histoire ancienne. Dadis et consorts ont donné le coup de grâce à la Loi Fondamentale. Place à la Constitution-söbi. En effet, si je m’en tiens aux bribes d’informations qui me parviennent du CNT, la constitution en cours de rédaction serait « présidentialiste » et il ne serait pas question de plafonner l’âge des candidats. Autrement dit, ce qu’on reprochait (à tort !) à la Loi Fondamentale démocratique de 1990, on l’accepterait avec la future constitution octroyée. Ainsi, la Guinée reste égale à elle-même. Le pays de toutes les contradictions et de tous les paradoxes.
Hier, on se plaignait d’avoir une constitution taillée sur mesure pour un seul individu. Aujourd’hui, on élabore une constitution « prêt-à-porter » pour tous les aspirants à la présidence de la République. Autrement dit, donc, hier comme aujourd’hui, la Constitution en Guinée n’est pas faite dans l’intérêt général mais uniquement pour la satisfaction des ego. J’en veux d’ailleurs pour preuve de ce mépris pour le Peuple que la priorité des priorités pour les « acteurs de la Transition » est l’élection présidentielle. Mais, pourquoi pas le référendum constitutionnel ? Pourquoi pas les élections législatives ? Le premier scrutin aurait l’avantage de nous faire passer pour moins bêtes que nous le sommes, en faisant comme tout le monde, à savoir : se doter d’une constitution puis élire les représentants du peuple. Le second scrutin permettrait d’avoir une institution plurielle et suffisamment légitime pour doter le pays d’un Président de la République et d’une Constitution, comme en…1958.
S. O. CAMARA
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