lundi 19 avril 2010
De la constitution-bakouti à la constitution-söbi !
Sékou Oumar Camara

Notre défunte Loi Fondamentale avait eu le malheur de naître sous une mauvaise étoile. Avant d’être « pendue » par Dadis et consorts, que de mauvais procès n’a-t-on pas fait à cette constitution ! On lui a imputé tous les maux que la longue fin de règne de Lansana Conté a infligés à notre pays. Constitution taillée sur mesure, disait-on, elle accordait trop de pouvoirs discrétionnaires au Général-Président et, comme le martelait Aboubacar Somparé, faisait du Président de la République la clé de voûte de nos Institutions. Bref, pour beaucoup de compatriotes, il s’agissait rien de moins qu’une constitution destinée à légitimer et à pérenniser la dictature personnelle de Lansana Conté.

La sévérité de ce jugement était due, à mon avis, à une illusion d’optique : on a considéré que le comportement de Lansana Conté était l’expression même de la Loi Fondamentale. Or, il n’en était rien. Le fait est que Lansana Conté, dans sa conception de l’exercice du pouvoir, se prenait pour le Représentant de Dieu en Guinée. Il faisait ce qu’il jugeait bon. En son âme et conscience. En face de lui, les deux contre-pouvoirs, l’Assemblée Nationale et la Cour Suprême, n’ont pas répondu. Ils ont cautionné. Mais le bonnet d’âne revient incontestablement à la Cour Suprême. L’Assemblée Nationale a, quant à elle, par deux fois, joué le jeu de l’intérêt général.

D’abord, en 2001, quand Lansana Conté a compris que son projet de révision de la Loi Fondamentale ne pouvait pas passer à l’Assemblée Nationale parce que certains députés du PUP étaient hostiles à l’idée de faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels et du plafonnement de l’âge des candidats, il a été contraint de violer de façon flagrante l’article 91 de la Loi Fondamentale, en complicité avec la Cour Suprême.

En 2007, quand il a décrété l’état d’urgence, il était sûr que l’Assemblée Nationale allait lui accorder la prorogation de cette situation. Contre toute attente, les députés du PUP, travaillés au corps par leurs collègues de l’UPR et par Ali Nouhou Diallo, ancien président de l’Assemblée Nationale du Mali, n’ont pas exaucé les vœux du général belliqueux et de ses ouailles.

Le fait donc que malgré la vacance manifeste du pouvoir, entre 2002 et 2008, Lansana Conté ait pu se cramponner à son siège (il passait plus de temps sur la route qu’à son bureau) découle non pas du texte de la Loi Fondamentale mais de la carence de notre « élite » politique. Si Somparé et Sidimé avaient été mus par des sentiments patriotique et républicain, ils auraient déposé tranquillement le « grand corps malade ». Malheureusement, nous savons tous ce que ces deux-là ont fait ou n’ont pas fait.

Ceci dit, c’est désormais de l’histoire ancienne. Dadis et consorts ont donné le coup de grâce à la Loi Fondamentale. Place à la Constitution-söbi. En effet, si je m’en tiens aux bribes d’informations qui me parviennent du CNT, la constitution en cours de rédaction serait « présidentialiste » et il ne serait pas question de plafonner l’âge des candidats. Autrement dit, ce qu’on reprochait (à tort !) à la Loi Fondamentale démocratique de 1990, on l’accepterait avec la future constitution octroyée. Ainsi, la Guinée reste égale à elle-même. Le pays de toutes les contradictions et de tous les paradoxes.

Hier, on se plaignait d’avoir une constitution taillée sur mesure pour un seul individu. Aujourd’hui, on élabore une constitution « prêt-à-porter » pour tous les aspirants à la présidence de la République. Autrement dit, donc, hier comme aujourd’hui, la Constitution en Guinée n’est pas faite dans l’intérêt général mais uniquement pour la satisfaction des ego. J’en veux d’ailleurs pour preuve de ce mépris pour le Peuple que la priorité des priorités pour les « acteurs de la Transition » est l’élection présidentielle. Mais, pourquoi pas le référendum constitutionnel ? Pourquoi pas les élections législatives ? Le premier scrutin aurait l’avantage de nous faire passer pour moins bêtes que nous le sommes, en faisant comme tout le monde, à savoir : se doter d’une constitution puis élire les représentants du peuple. Le second scrutin permettrait d’avoir une institution plurielle et suffisamment légitime pour doter le pays d’un Président de la République et d’une Constitution, comme en…1958.


S. O. CAMARA


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Sékou Oumar Camara, mercredi 21 avril 2010
A ma soeur Sanaba, merci de l`attention que vous portez à mes élucubrations...A mon frère Modibo, merci de me prendre pour un charmeur de serpents! D`ailleurs, sur cette photo, j`ai un nez de nègre alors que mon nez est égyptien, donc presque aquilin...(Rires)
Modibo Traore, UK, mercredi 21 avril 2010
C`est un plaisir pour moi de pouvoir enfin, agréablement, coller une effigie aux réactions sinceres et honnêtement assumées de Monsieur Sekou Oumar Camara. Mr Sekou Oumar vous avez une belle plume et des idées charmantes, vous devriez écrire plus souvent.... Merci
sanaba Coné, mardi 20 avril 2010
Bonne analyse de ce qui se trame dans notre pays. Effectivement! Pourquoi pas le référendum constitutionnel, pourquoi pas les élections législatives avant l`élection présidentielle? Est ce que les élites guinéennes veulent vraiment des lois pour tous les Guinéens? Quand vont-ils arrêter cette mascarade? Je pense que c`est maintenant qu`il faut faire savoir au CNT que nous n`accepterons aucune loi taillée sur mesure. Le peuple de Guinée est plus que fatigué de ces tours de passe-passe.
Sékou Oumar Camara, mardi 20 avril 2010
Mr Diallo, je retiens de votre commentaire que, pour le cas guinéen, c`est à l`homme providentiel qu`il faut avoir foi et non en la multitude. Je respecte votre libre-arbitre. Faites l`effort de respecter le mien.
Sékou Oumar Camara, mardi 20 avril 2010
Mr Sékouba, je vois que vous avez l`air de me connaître... Malheureusement, vous me faites un procès d`intention pour la simple et bonne raison que vous semblez appartenir à une chapelle politique que la limitation de l`âge des candidats semble déranger. Eh bien, je vais vous rassurez: autant, sur cette même tribune, j`ai affirmé que la forme du Gouvernement m`indiffère, autant la limitation d`âge (un simple vis sans une constitution) m`indiffère. Pour moi, le plus important reste et demeure le respect de la parole donnée, le respect de la loi commune. Ce que j`ai voulu dénoncer dans mon papier c`est tout simplement les "contradictions internes" de la Guinée et rien de plus...Vous pouvez donc militez en paix! S`agissant de la leçon de Droit constitutionnel, je ne polémiquerai pas avec vous. Je note simplement que l`élection présidentielle constitue le point de fixation de votre Champion et de quelques uns de ses challengers. Eh bien, je trouve qu`ils n`ont pas tort: ils cherchent à accéder au pouvoir et ils semblent avoir l`occasion d`y accéder... Pour sa part, le citoyen Sékou Oumar Camara, qui n`est ni un constitutionnaliste, ni un anthropologue, ni un historien, aurait souhaité que, le 27 juin 2010, que la Peuple de Guinée élise une Assemblée Nationale. Cette Assemblée Nationale se réunirait de plein droit les jours suivant la proclamation des résultats, élirait le même jour un président de la République; adopterait une constitution...Ne m`interdisez quand même pas de rêver! Ne me refusez pas la parole!...En ce qui concerne le "conseiller juridique de Dadis", puisque vous semblez connaître SOC, vous devez sans doute connaître les conditions de sa nomination ainsi que le rôle qu`il a joué et qu`il n`a pas joué...Bien à vous.
Diallo souleymane, mardi 20 avril 2010
La constituion reflete toujours un jeux de rapport de force et de courant politique. Les debats lies a l`adoption d`une nouvelles constitution divise souvent la classe politique selon qu`il se reclame de gauche ou de droite.Pretendre que c`est ne pas tenir compte de l`interet general en allant pas au referendum s`est simplement ignorer la realite politique et l`histoire constitutionnelle d`autres pays. Le referendum n`est qu`une seconde voie pour adopter une constitution.Ce n`est pas la voie royale et l`unique voie. Si l`on peut se faire l`avocat d`une election legislatives qui permettra d`elire des deputes les plus valeureux, des voleurs de la republique qui auront a charge de nous proposer une constitution sur mesure. Je doute de l`efficiate de nos assembles africaines....(Ce sont des potiches), l`on peut bien se faire un avocat farouche d`une election presientielle maintenant qui nous permettra de renouer avec la legalite car le president sera assez legitime pour initier les reformes necessaires. C`est un faut debat et un article de peu de pertience juridique et politique. Je suis desole de l`utilisation du mot Bete dans votre article. Vous pensez reellemenet pour bete en utilisant car pour ce ceux qui font du droit et on etudier la genese d`un pouvoir constituant derive ou orginal nous sommes tous que le schema actuel est classique. L`on peut priviliger les soit les elections legislatives ou presidentielles selon la realite politique du pays,l`histoire actuelle du pays sans pour autant etre en porte faux avec le droit.
Sekouba, mardi 20 avril 2010
Pour celui qui a ete Conseiller Juridique d`un gouvernement d`exception en l`occurence celui de Daddis, je crois qu`il est difficile de se poser aujourd`hui en donneur de lecon. Sur le fond, je crois que l`on doit arreter de pavoiser et utiliser notre intelligence au mieux.Pourriez-vous me citer une seule grande et vieille democratie qui limiterait l`age des candidats? La Grande Bretagne, Les USA, la France, l`Afrique et beaucoup d`autres pays n`accordent aucune importance a cette question. Cela n`a donc aucun fondement juridique ou pertinence legale. Par ailleurs, le scenario actuel n`est pas nouveau. Nous sommes dans un regime d`exception, toutes les institutions sont illegales et meme celle qui vous a nommez a l`epoque comme conseiller Juridique de Dadis, donc par consequent, l`on ne peut que creer un pouvoir constituant qui aura a charge de proposer une constitution que l`on peut adopter par voie referendaire ou a travers une assemblee nationale qui va etre elue.C`est methode est classique et je vous renvoie a vos cours de droit constitutionel. La question que l`on pourrait se poser est la pertinence de l`adoption par voire referendaire? Conte a gaspille nos ressources en faisant adopter par les guineens une loi fondamentale que personne n`avait lu. Combien de personnes liront ou participer activement a la comprehension de cette loi fondamentale adopte par des gens qui ne comprennent rien a nos mesquineries juridiques. L`urgence est ailleurs et non le referendum. Cela coute cher de le faire et en plus demander aux guineens dans la majorite leurs voeux le plus ardent....sortir de l`impasse en organisant des elections libres et transparentes et sans exclusion. Une constituation ou les institutions n`ont de valeurs que les hommes qui sont charges des les animer. L`afrique dispose des meilleures contitutins au monde et pourtant est les tripatouiller a tout va...Il est tres aise de sortir faire une lecture galvauder son cours de droit mais il est difficile d`adopter une analyse juridique basee sur les realites socio-economique d`un pays. De plus une revision constitutionnelle peut parvenir a tout moment meme lorsque l`on adopte une constituation par referendum, les deputes ou le president de la republique peuvent remettre tout ceci a plat...L`histoire politique francaise foisonne d`example.
Sékou Oumar Camara, lundi 19 avril 2010
Mr Diallo, autant je me suis montré dur avec vous, autant je suis dur avec moi-même et avec tous les autres. Ce défaut-là, je ne vais pas le changer...Nul n`est parfait! Pour le reste, rassurez-vous: je suis un guinéen "transversal", génétiquement détribalisé...Bien à vous.
A.O.T. Diallo, lundi 19 avril 2010
Mr camara, je suis entierement d`accord avec votre analyse; je suis egalement tres heureux de decouvrir pour la 1ere fois un texte et une photo de vous - il est facile d`etre tres critique mais alors il faut pouvoir donner en contrepartie ses propres vues sur notre pays. Vous etes souvent tres critique de mes textes mais j`apprecie beaucoup vos arguments contraires (et j`ai supprime le "rigoureux et severe" qui faisaient effectivement un peu presomptueux). Mon site guineen preferre est Guineeactu.com car il permet a tous les guineens qui le veulent d`exposer leurs idees et suggestions et de les soumettre a la critique de tous les autres guineens qui le souhaitent, donc faire preuve de democratie, de courage de ses propres opinions et d`acceptation des idees contraires; c`est comme cela que nous deviendrons un jour une vraie democratie, pas par des elections bidons et precipitees. Pour ameliorer notre site commun qui joue a mon humble avis un role important pour nous en Guinee et a l`etranger je voudrais demander 2 choses a tous les lecteurs: 1) il faut absolument cesser de critiquer systematiquement des textes en raison des noms de famille ou de la region de l`auteur. Cela ne grandit ni la personne ni la Guinee devant tous les nombreux guineens et non-guineens qui nous lisent; cela montre plutot que ces intellectuels ne sont en fait que des lettres inconscients qui n`aiment pas leur pays. 2) a l`image de nos doyens Dore, Sidime, Boccoum, Sy savane et Cisse de Bounouma, ayons le courage d`utiliser nos propres noms/photos et de participer au debat en ecrivant aussi des contributions et analyses au lieu de passer par la solution facile de vouloir tout detruire en 3-4 lignes de commentaires. Cela nous permet de mieux nous connaitre et de trouver meme chez les avis contraires des nouvelles choses a prendre en compte dans nos propres analyses futurs. En tout cas moi j`en profite beaucoup, meme des critiques les plus severes, sauf quand elles sont liees a mon nom ou a ma famille dont je ne suis pas responsable mais dont je suis extremement fier comme tous les guineens. Quand a ceux qui utilisent des pseudonymes ou pire des faux noms qu`ils sachent qu`ils ne sont en fait que des victimes de la terreur developpee progressivement en nous tous par le PDG pendant 24 ans. Ce parti-etat est fini pour toujours alors prenez maintenant votre courage a deux mains pour parler en votre propre et digne nom...Si je pouvais donner une suggestion a ce site, je dirais de suppimer tous les commentaires signes par des sobriquets ridicules, rigolos et souvent laches car ceux qui les utilisent ont peur de dire a haute voix ce qu`ils pensent; au plaisir de decouvrir ta photo et ton vrai nom, camarade fidel castro du Guinee...
TANIKO, lundi 19 avril 2010
LISEZ ET FAITES LIRE cette excellente contribution de Sekou oumar.Je suis à 100% d`accord avec son analyse et il stigmatise que la Guinée a toujours été victime de son élite egoiste et predatrice!Bravo Jeune frere
Gandhi, lundi 19 avril 2010
Le tour de passe passe consiste à élire dans des conditions acceptables (et non pas crédibles) pour les politiciens (et non pour la population) un chef d`État dont on dira qu`il est démocratique, et qui pourra, avec des députés dont il aura organisé les élections (au scrutin de liste majoritaire à un tour), se faire une constitution sur mesure. Comme les démocrates potentiels se comptent sur les doigts d`une main (une demi-main, devrais-je dire) parmi les candidats, il s`agit de rester vigilant pour éviter ce qui pourrait théoriquement devenir une dictature civile, mais ointe de vernis ou plutôt d`oripeaux démocratiques.
fammara, lundi 19 avril 2010
merci monsieur camara la guinée reste elle meme comme par le passé mais selon des sources concordantes les membres du CNT ont refusé de fixer l´age maximun pour ne pas écarter PR ALPHA CONDÉ car tout le monde le sait il sérait hors course a cause de son vieillissement . donc la constitution lui serait favorable souvenez vous par pretexte les membres du CNT avaient avancé que personne ne sera exclu pour preserver la quietude sociale.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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