Ce mois de septembre 2009 a enregistré une nouvelle page noire dans notre histoire. Mais voilà que cette douleur est devenue un objet de manipulation de la conscience nationale et internationale pour des raisons inavouées, mais perceptibles à l’analyse. Pendant que nous sommes dans le questionnement sur les raisons de cette bavure innommable et inqualifiable, ils attisent le feu de la tension. Est-ce responsable ?
Au lieu d’accorder le temps aux Guinéens pour finir de sécher les larmes rouges de sang, des animateurs de la vie publique de Guinée appellent de nouveau à des mouvements populaires. Je demande à tous les Guinéens d’observer la retenue, de ne pas suivre cet appel au moment où nous avons plus besoin de cohésion et de solidarité pour éviter l’implosion sociale au pays.
Quand allons-nous comprendre que lorsque le feu brûle la case, tout le monde doit apporter de l’eau pour l’éteindre?
Dans tous les grands pays dits démocratiques, lorsque la nation est traversée par une crise, quelles qu’en soient l’origine et la raison, tous les acteurs de l’opposition et du pouvoir serrent les rangs pour trouver la solution ensemble. Lorsque cette solution est trouvée, chacun reprend sa place, sa fonction et son statut politiques. Cela n’a jamais été ni une faiblesse de l’opposition, ni sa soumission au parti au pouvoir. C’est la manifestation du patriotisme ; c’est-à-dire l’amour du pays.
Personne ne peut se réjouir de ce qui est arrivé, le 28 septembre 2009. Unanimement, nous l’avons tous déploré et condamné. En revanche, puisque nous sommes à nous interroger, il faudrait poser quelques réflexions :
Peut-on, d’un revers de la main, évacuer la responsabilité de celui ou de ceux qui ont osé sortir les jeunes dans la rue sans prendre les précautions sécuritaires nécessaires ?
Doit-on, quelles que soient les raisons, cautionner que des manifestants s’attaquent à des Commissariats, y soutirent des armes de guerre et que l’on admette que la responsabilité des organisateurs de la manifestation ne soit pas engagée ?
Est-il acceptable que l’on refuse d’obtempérer à l’ordre de ne pas manifester bien même que la marche soit pacifique ?
Soyons très clairs dans la réflexion qui ne doit souffrir d’aucune ambiguïté : ne pas enlever toute gravité à la mort intervenue au stade du 28 septembre. Mais il faut poser la question parce que toute politique se fonde sur l’avenir d’un pays.
Quel est cet avenir pour la Guinée ? Vivre ensemble dans la paix, la sécurité et la justice !
Cela a été jusqu’à présent une réussite parce que tous nos Présidents successifs ont fait de leur mieux pour sauvegarder cet acquis. C’est désormais un héritage que personne n’a le droit d’ébranler, à plus forte raison, le toucher pour quelque but que ce soit ! A nous de le garder jalousement et de le garantir davantage, car nul ne peut bâtir une nation avec le ciment de la haine ou avec la prétention d’en exclure une de ses composantes ! La tendance actuelle est à la culture de la haine. Refusons-la !
Alors l’avenir de la Guinée ? Vivre tous, ensemble, dans la fraternité pour une Guinée humainement meilleure !
Nous devons le savoir, il dépend du dialogue, de l’apaisement de la tension sociale, de la confiance mutuelle, du comportement de nos hommes politiques qui ont une grande part de responsabilité dans le retard de notre pays et de ce qui lui arrive. Mais aussi, il dépend en même temps de la façon dont les acteurs publics guinéens vont transcender leur ressentiment pour nous sortir de cette nième crise et éteindre définitivement la tension sociale créée. Donc la politique de la chaise vide annoncée n’est pas dans l’intérêt de ceux qui le prônent, ni à l’avantage de la Guinée. Plaçons le pays au-dessus de tout !
De la chute du mur de la honte, à la fin des années 80 à la conférence de Baule et tout dernièrement, le discours du nouveau prix Nobel de la paix, tenu à Accra (Ghana), on avait fini par croire que la notion de démocratie était clairement définie. Mais le discours né du désastre du 28 septembre 2009 invite à revoir l’évidence sensée contenir dans les différentes interventions évoquées ci-dessus.
Souvenons-nous que les Etats et les néo-idéologues américains appuyés par le lobby international avaient pris la lourde responsabilité de vouloir rebâtir un nouveau monde. Georges Bush et Dick Cheney ont été la cheville ouvrière de cette désastreuse démarche en Irak. Grâce à eux, le monde, conscient du droit d’assistance aux peuples, est arrivé à ne plus accepter, ni admettre le droit d’ingérence opéré par une seule puissance quelle que soit la raison ou sous quelque prétexte que ce soit.
Autant affirmer qu’il n’est plus possible d’exporter ou d’imposer la démocratie à quelque pays ou peuple que ce soit.
Parce que, comme je ne cesse de le répéter, il n’y a pas de modèle démocratique universellement adaptable à tous les pays. En clair, il faut admettre, une fois pour toute, que la démocratie se conçoit différemment selon les civilisations parce que les sociétés humaines refusent qu’on la leur impose, à quel que titre que ce soit, de l’extérieur.
Si Israël est un Etat démocratique, par exemple, elle ne l’est que pour son peuple. Sinon comment comprendre la guerre récurrente qui l’oppose à la Palestine ?
Dans ce contexte, comment la France, par la voix de Kouchner, peut-elle vouloir s’arroger le droit d’être le gendarme dans mon pays au lieu de s’en tenir au cadre unique des relations d’Etat à Etat ?
Je voudrais que les politiques guinéens, les commentateurs de la vie nationale et tous les pseudos démocratiques admettent que la logique de l’intervention militaire n’est plus que surannée. Elle ne peut être, d’ailleurs, la solution de la crise guinéenne.
Alors pourquoi cette menace sur la Guinée ?
Ce qui s’est produit, le 28 septembre 2009, si grave et si condamnable qu’il soit, est un problème guinéo-guinéen. A ce titre, je lance un appel solennel à tous les Guinéens et aux Guinéennes d’œuvrer, ensemble, pour le retour de la paix sociale.
Lorsqu’on analyse la problématique guinéenne tout en remontant les vingt quatre dernières années, l’on peut se demander comment ceux qui ont été les serviteurs d’un système géniteur d’un Etat narcotrafiquant peuvent-ils s’autoproclamer démocrates aujourd’hui alors que les audits n’ont pas encore fourni les résultats de leur gestion financière et économique de mon pays ?
Ne peut-on pas percevoir, dans ce cas, leur agitation comme une forme d’empêchement de l’éclosion de la vérité recherchée et attendue par la majorité des Guinéens ?
Alors, chers compatriotes, si ces questions se posent à notre conscience, ne nous laissons pas avoir par le jeu, moins politique, mais plus machiavélique, qu’on veut nous faire jouer au stade du 28 septembre à partir des malheureux événements du 28 septembre 2009
Pour finir, encore prions pour le repos de l’âme de nos concitoyens arrachés prématurément à la vie.
Paris le 11 octobre 2009
Jacques KOUROUMA
www.guineeactu.com