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Décidément ce n’est pas encore « la fin de l’ethnie en Afrique »1 ….Pratiquement un demi-siècle après les indépendances, l’ethnie cristallise, à chaque fois qu’il est question du pouvoir et de ses enjeux, des attachements et des antagonismes forts voire belliqueux (cas du Kenya) – inconnus jusque-là dans l’histoire des sociétés africaines – rédhibitoires à l’émergence du véritable Etat-nation africain. Je cite en exemple le cas de la Guinée à l’heure actuelle à l’entre deux-élections.
Mais il serait erroné de croire que seul en Afrique l’attachement identitaire marqué pose problème à l’Etat, l’Europe a connu son « moment nationaliste »2, actuellement la Belgique vit sous la menace de l’implosion identitaire entre wallons et flamands. Tout comme il serait faux de croire que le repli sur soi est la négation systématique de l’autre. Parce que peut-être on ne se connait et ne se comprend mieux que par soi.
Par ailleurs, à l’heure de la mondialisation, véritable phénomène qui déconstruit les spécificités identitaires, le repli sur soi dans ce contexte doit être avant tout interprété comme un reflexe d’auto-défense.
S’il faut trouver des explications au choc ethnie-Etat-nation en Afrique, ce serait très probablement, toute chose égale par ailleurs:
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Le manque de présidents visionnaires dès les indépendances qui eussent dû théoriser et édifier une société « méta-ethnique »3, du vouloir-vivre ensemble, une « nation arc en ciel » comme l’a fait Mandela en Afrique du sud.
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La gestion ethnocentrique et ethniciste, népotiste, tribale de l’Etat africain en marginalisant les autres ethnies si ce n’est en cherchant à annihiler absolument les forces vives de ces dernières-stigmatisées. Exemple du complot peuhl sous Sékou Touré, le concept d’ivoirité échafaudé et fabriqué de toutes pièces par les politiciens ivoiriens malveillants H.K Bédié en tête, à l’origine de l’entrée en guerre des populations majoritairement Dioulas du nord du pays.
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Au compte des conséquences lointaines de la colonisation, le découpage de l’Afrique par l’Europe sans tenir compte des ses réalités socioculturelles et civilisationnelles.
Pour ne pas passer à la trappe….
L’Afrique, pour sa pérennité, doit inventer des mécanismes consensuels de gestion et d’exercice interethniques du pouvoir, car rien n’indique pour le moment que l’ethnie est prête à s’effacer au profit de l’Eta-nation .Cela passera entre autres par :
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La prise de conscience au niveau individuel de la viabilité du macro Etat-nation sur les « micro Etats fragmentés »4.
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Une décentralisation poussée (non un fédéralisme dans la configuration actuelle) avec une certaine autonomie (budgétaire, politique) reconnue aux entités ethniques régionales.
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L’exemplarité de ce qu’il y a comme Etat en Afrique ou plutôt de ce qu’il en reste dans la gestion et le partage des ressources entre les composantes ethniques. Cela serait de nature à crédibiliser ce dernier.
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Bref, par le développement ou ce que j’appelle « la sortie par le haut » qui peut diluer les frustrations ethniques. A l’image de ce qu'est en train de réussir le Ghana : tout notre défi !
A. Oury Baldé, Paris Etudiant Stagiaire.
Notes :
www.guineeactu.com
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