vendredi 11 décembre 2009
De l’attentat au complot, une tactique pour décapiter les Forces vives
Sidikiba Keita

Chers compatriotes,

La confusion, l’amalgame et peut être tout simplement l’ignorance conduisent en certaines circonstances à des attitudes et comportement qui hypothèquent toute perspective de changement réel dans notre pays.

Dans cet ordre de choses, se trouve la notion d’institution présidentielle du pays qui serait incarnée dans une junte. En l’occurrence, et malgré le caractère très explicite de la condamnation exprimée dans son communiqué n°4, (et peut-être à cause de cette déclaration), certains veulent monter une cabale contre l’inter syndicale en lui reprochant son « manque de soutien à l’institution présidentielle du pays », institution qui serait incarnée par le chef de la junte qui s’est arrogé le pouvoir en Guinée, en nous plongeant dans l’anomie et son cortège d’abus et d’exactions dans l’incurie la plus absolue et les outrances et outrages qui en découlent.

Junte et république, deux choses incompatibles.

Qu’est ce qu’une junte ?

Le mot junte sert à désigner une dictature militaire et en particulier le gouvernement ou directoire, formé le plus souvent d'officiers, qui la dirige après une insurrection ou une prise de pouvoir par la force. Elle a un caractère autoritaire et non démocratique.

Les premières "juntas" insurrectionnelles et clandestines sont apparues au début du XIXe siècle en Espagne sous l'occupation napoléonienne pour lutter contre l'envahisseur. Par la suite, le mot "junte" désigna progressivement un groupe factieux qui s'est emparé du pouvoir par la force (coup d'Etat, putsch), notamment en Amérique latine où le recours au coup d'Etat fut fréquent.

Il s’agit, par nature, d’un organe non républicain, et même, fondamentalement anti républicain. En conséquence, il n’y a pas d’institution présidentielle dans un pays dirigé par une junte, car le pouvoir exercé n’émane pas de la souveraineté populaire.

Il n’en va pas autrement en Guinée, car le CNDD n’est ni plus, ni moins qu’une junte, et son pouvoir se caractérise par une concentration autocratique aux mains du chef de la junte, ce qui ne saurait faire de cet autocrate un Président de la République, car la République est d’abord un ensemble d’institutions consacrées par un texte fondamental, la mère des lois, qui est la Constitution.

oppression et résistance ou l’implacable dialectique entre dictature et liberte

On ne peut prendre le pouvoir et l’imposer par la force et n’attendre en retour que la soumission passive des populations dont on spolie ainsi la souveraineté.

Il est certes possible que toute oppression se targue du soutien d’une frange de la population qu’elle domine, c’est la frange qui a partie liée, pour des raisons diverses, à cette domination. Mais, toute oppression est, par nature, une violation flagrante des droits fondamentaux des peuples à se choisir leurs dirigeants.

Quand on n’a pas la liberté de dire NON, on n’a pas celle de dire OUI. Et le propre de l’esclave est justement de ne pouvoir dire que OUI. C’est justement cette vision esclavagiste de la gouvernance qui nous a conduits aux massacres du 28 Septembre 2009, dont l’effet boomerang, sous la pression des enquêtes internationales, aura eu pour conséquence l’attentat du 03 décembre dernier.

En effet, faut-il ici rappeler toute la latitude qui a toujours été accordée, auparavant, en tout temps et en tous lieux, à toutes les manifestations qui étaient favorables au chef de la junte ?

Il aura suffi d’une seule manifestation défavorable pour que la répression se fasse dans le sang, ouvrant ainsi un cycle de violence désormais incontrôlé par une junte finalement décapitée par l’exécutant des massacres du 28 septembre.

Désorientée, cette junte composée de pièces rapportées et disjointes est aujourd’hui un organe dangereux, incontrôlé et paranoïaque, dont le but est de se servir de la thèse du complot pour éliminer tout ce qui pourrait constituer le moindre pôle de résistance populaire à l’oppression. Nous lui demandons de se ressaisir.


KEITA Sidikiba


www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    


Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011