dimanche 2 mars 2008
De l’anarchie dans les écoles privées

De nos jours à Conakry, les écoles privées poussent çà et là tels des mauvais champignons après la pluie. L’on s’aperçoit avec beaucoup d’inquiétude que le laisser-aller qui caractérise notre libéralisme économique a fini par affecter l’école guinéenne.

Comme de petites buvettes, les écoles privées de tout genre germent dans les coins et les recoins des quartiers sans aucune norme requise. Tant sur le plan infrastructure que sur celui de la qualité de l’enseignement qui s’y dispense. Il suffit de se promener un peu dans certains quartiers de la capitale pour découvrir quelques écoles privées qui manquent presque de tout.

Dans le souci de ne chercher que de l’argent, certaines personnes ont fini par transformer leurs concessions en écoles privées. Parfois de vieux bâtiments inachevés entourés de haies ou de vieilles feuilles de tôles font office d’écoles privées. Ici, ce sont  souvent les enfants des moins nantis qui sont inscrits. Les enfants, assis les pieds dans la poussière, sont en manque criard d’espace de recréation. Elèves et enseignants font leur besoin naturel dans les toilettes des voisins. Il n’est pas rare de voir des classes appelées « classes multigrades » où deux promotions sont entassées dans une même salle pour un seul enseignant. Sur le plan pédagogique, c’est une autre situation intolérable. Les enseignants sont recrutés sans aucun repère pédagogique. Il suffit de se réclamer théoriquement titulaire d’une attestation quelconque pour se faire appeler « Monsieur » ou « Madame ». D’ailleurs, dans certains cas, il suffit de savoir lire et écrire pour être recruté et placé immédiatement devant les pauvres élèves. Ces prétendues écoles privées ne sont même pas toutes reconnues par la Direction nationale de l’Enseignement privé. L’on se demande d’ailleurs que fait cette direction nationale de l’enseignement privé, tant l’anarchie persiste sous ses yeux. Par ailleurs, la plupart des « grandes écoles privées » reconnues sur le plan national ont perdu de nos jours leur vocation pour devenir de véritables boîtes commerciales où le seul souci des fondateurs est celui d’accumuler des fonds pour accroître la taille de leurs écoles. La confiance des parents est donc trahie et l’avenir de la nation se met dangereusement sur une pente glissante.

Pire, ces patrons des grandes écoles privées sont parvenus à privatiser l’enseignement supérieur, en créant des universités. C’est une autre inquiétude de constater que dans certaines de ces universités privées, on recrute les étudiants sortants, titulaires d’une simple maîtrise, en qualité de professeur. La plupart de ces jeunes ‘’professeurs d’université» n’ont même pas soutenu. Ils n’ont aucune aptitude pédagogique et ne se contentent que de la fameuse confection des brochures. Or, être professeur d’université suppose beaucoup d’investissement et d’expérience. Il y a donc de quoi s’inquiéter pour l’avenir du pays, quand on sait que l’espoir de toute la nation réside dans la formation reçue par la jeune génération. Le ministre de l’Education nationale et de la Recherche scientifique reste interpellé par ce défi. Même si El Ousmane Souaré a brillé dès son arrivée par l’organisation des examens nationaux, il doit, de nouveau, retrousser les manches pour juguler ce phénomène. Puisque les examens de la session 2007 organisés avec succès ne doivent pas être l’arbre  sain qui cacherait la forêt malade. Beaucoup d’autres tares continuent à ronger le système éducatif. C’est dire qu’après ‘’les examens du changement». En tout cas, l’enjeu est de taille pour Ousmane Souaré et ses collaborateurs. Car, chaque année, les écoles privées poussent littéralement dans les quartiers en dehors de toutes normes requises. Toute chose qui mérite d’être jugulée, au risque de voir l’Ecole guinéenne s’agenouiller un jour.

Tonguino Faya Bernard
L’indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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