vendredi 21 novembre 2008
De grâce, Guinéens, enterrez la hache de la haine !
M'Ballou Kébé

Je n'ai nullement négligé de m'adresser à ceux qui n'ont pas respecté la trêve, si c'est, comme je le pense, à moi, frère, que vous répondez. Mais je ne savais même pas que trêve il y avait. Ce que je sais, par contre, c'est le spectacle désolant que s'évertue à donner certaines personnes sur le net. Cela, je le déplore amèrement !

Ce que je souhaite ardemment, c'est un pas en avant pour notre pays. Et pour cela, que les uns et les autres, enterrent la hache de la haine. Si haine il y a, pour une raison ou une autre, il faut que nous sachions, la dénoncer, en parler, pour pourvoir la dépasser. Nous ne pouvons pas éternellement continuer à ressasser et ressasser cette haine, même si je respecte la douleur que ces personnes ressentent (bien souvent, ce ne sont même pas les personnes directement concernées, qui brandissent cet étendard morbide de haine).

Qu'est-ce que cela nous apporte? Aucune satisfaction. Que veulent les personnes qui attisent une telle haine? Désirent-ils la mort pour compenser la disparition des êtres chers?

Si la justice doit être faite, so be it, une bonne fois pour toute. Pour que nos enfants puissent vivre en paix ! Nous ne pouvons pas leur laisser (mettre dans leur escarcelle, comme cadeaux de transition) tout ce que la première République a pu amener de mauvais.

Nous refusons même l'idéologie négative sous-jacente, qu'elle pourrait transporter, mais nous pouvons affirmer aussi, qu'elle a eu pour mission première, pionnière, de jeter les bases de la révolution, de l'affranchissement des noirs vis a vis des occidentaux. Elle a été emprunte d'erreurs graves, certes : il  y a eu morts d'hommes. Cela aussi, nous ne pouvons pas et nous ne devons pas le contester. Mais nous devons avancer !

Chacun aura à cœur de faire le bilan personnel quant à son apport, quant à sa participation, quant à son silence, quant à son approbation, quant à sa collaboration, tous ensembles, nous sommes plus ou moins, à des degrés différents, responsables devant l'histoire. L'histoire des peuples, dans leur évolution, est (malheureusement) jalonnée de morts et souvent, de morts innocents. Nous le reconnaissons, nous le déplorons et nous rendons hommage à tous nos morts.

Nous dénonçons et dénoncerons encore les coupables, les complots, les faux complots, les semblants de complots, les complots pour éloigner tel ou tel mari. Nous sommes au courant de toutes ces choses. Bien que jeune à l'époque (j'étais à Conakry entre 1971 et  1976), nous sommes au courant des femmes que l'on se passait entre "grands" : j'ai habitée la SIG  Madina et nous étions aux premières loges, quand certaines voitures ministérielles venaient se garer tandis que des maris s'en allaient, laissant leur femme aux mains d'autrui. Nous chantions et faisions des grimaces en gamin que nous étions, mais nous comprenions que ces choses-là n'étaient pas normales. Nous entendions les commentaires des aînés, à  ce sujet. Des photos qui ont été faites de plusieurs femmes de dignitaires de l'époque, par un certain photographe, des vies sacrifiées, d'honneur bafoué, nous savons ces choses !!!

Mais aujourd'hui, même si nos enfants veulent et doivent savoir la vérité, ce qui les concerne encore plus, c'est ce qu'ils vont manger, comment étudier. Pourquoi un petit allemand, un petit français, un petit suisse vit-il bien, et pourquoi lui, le jeune guinéen, n'a même pas à bouffer chez lui ? Même pas d'électricité, comme si on était encore au moyen-âge !

Même si l'avenir se construit en connaissant son passé, il est impératif de pouvoir vivre avec son temps, et aujourd'hui appartient aussi et surtout à notre jeunesse. Qu'est-ce que nous sommes prêts à faire pour elle, à pardonner pour elle, afin qu'elle puisse s'asseoir dans son pays et échapper au radeau en partance pour un potentiel eldorado occidental.

Est-ce qu'on va continuer à s'insulter : " toi, t'étais pdg…, toi, tu es pdg…, toi, tu as "couché" avec le pdg"… ! Et une fois ces insultes finies, que pouvons-nous faire ? Recommencer à nous insulter encore, et encore, et toujours… ? Il n'y a rien de créatif, en cela ! A un moment, il faudra nécessairement penser à construire.

Même si nous condamnons toutes idéologies tournées vers l'aliénation, la désinformation, l'acculturation et surtout la division de notre unité nationale, notre tissu social, oui, j'aimerai et je marcherai avec toutes les composantes de la Guinée. Parce que leurs défauts font aussi  leur charme, et c'est aussi çà, leur particularité, que j'apprendrai à gérer, pour le bien de la Nation. Nous devons nous amender.

J'ai été élevé par une française qui haïssait les allemands, parce qu'ils avaient tué son frère à la guerre et sa mère en était morte de chagrin. J'ai grandie (elle qui était si charmante avec beaucoup) avec sa pointe de haine pour les allemands. Et je me suis retrouvée de en 1981 à 1983, étudiante en allemand, transmettant inconsciemment cette haine. Mais c'est moi qui en a pâti : je suis restée, presqu'une année complète, bloquée, incapable de pouvoir apprendre cette langue de "bosch", parce qu'une graine (celle de ma gouvernante) avait germé en moi.

Par la suite, du fait que j'avais quand même eu une bourse d'études pour ce pays, et que je devais y rester, je me suis quelque peu désolidariser (il fallait bien) de cette façon de penser.    Et, tenez-vous bien, j'ai appris plus rapidement les bases de cette langue. Mais ce n'est pas encore la fin de " l'histoire ".

Comme Dieu ne dort pas, il m'a fait comprendre mon erreur, erreur inculquée, mais erreur quand même, lorsqu’en 1994, une unité de l'armée allemande a défilé sur les Champs Elysées, à l'occasion du 14 juillet. Tollé de protestations, comme on doit s'en douter, car les plaies étaient, pour beaucoup, loin d'être cicatrisées.

Cela a cependant jeté les bases d'une réconciliation irréversible entre la France et son ancien envahisseur "colonisateur" allemand. Et moi, j'étais là, comme une idiote, toujours avec ma graine de haine, diminuée mais toujours présente, alors que l'histoire avançait. Les frères ennemis d'hier s'étaient réconciliés !

De cette même façon, si nous ne nous réveillons pas, nos enfants avanceront, comme il se doit, ensemble : guerzé, landouma, kissi, peulh, soussou, malinké... confondus, pendant  que nous, les anciens, continuerons à attiser le brasier de la haine.

Tout cela, c’est pour dire que l'histoire nous attend. Que sommes-nous prêts à faire, à pardonner… pour notre pays, pour nos enfants, pour notre Nation ?

Certains de nos enfants ont sacrifié leur vie pour le futur du pays. Et nous qui sommes en vie encore, ne voulons-nous pas essayer de nous entendre, essayer de vivre ensemble ?

Nous ne pourrons jamais répondre à toutes les questions qui sont posées, à toutes les ignominies qui ont été commises, mais nous pouvons, au lieu de demeurer dans le train omnibus, nous embarquer avec nos enfants dans le train à grande vitesse du renouveau, du futur pour notre Nation.

A l'heure de Barack Obama, je veux espérer, croire en des hommes et des femmes de vision, de changement.

Que l'Eternel nous aide dans notre quête pour la  prospérité de notre Nation

Bien à vous, votre sœur

M'Ballou Kébé
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Sadjo,Mardi, 25 novembre 2008, mardi 25 novembre 2008
Merci M`Ballou KEBE.Continuez a participer aux débats sur les actualités dans notre pays.Ne restez pas indifférente aux problémes guinéens car quelqu`un a dit un jour que «Le contraire de l`amour n`est la haine mais l`indifféerence».On a besoin des gens qui analysent comme vous.Vous êtes vraiment objective dns votre analyse.Beaucoup de gens auront honte d`eux-êmes en vous lisant. Loin d`être raciste ou ethnocentrique ou quoi que ce soit,je ne pense pas que c`est tous les guinéens qui nourrissent des haines les uns contre les autres.Non.C`est une catégorie de guinéens qui pensent que c`est leur tour de diriger ce pays cette fois-ci,parce qu`ils voient que le régime de CONTE est presque fini.Sinon pourquoi autant de haines aucours de ces deux derniéres années? Donc s`il ya une sensibilisation a faire, c`est bien envers ces gens la qu`il faut aller. Je m`excuse fort , mais c`est ca la réalité.
Moussa Konate @ Toronto, Canada, lundi 24 novembre 2008
Ma Soeur Mballou, Je souhaite que votre cri de coeur fasse écho auprès de tous les guinéens de partout dans le monde. L`unité nationale nous est nécessaire, vitale. C`est rare de trouver une famille guinéenne aujourd’hui qui n`a pas en son sein, une autre ethnie. Je suis adepte de la « Guinée est une famille ». Nous pouvons ne pas être d’accord idéologiquement, sur nos approches en termes de gestion du pouvoir ou encore sur d’autres vues, mais nous serons unanimes que la Guinée nous appartient à tous et que nous sommes tous des descendants de L’Almamy Samory Touré, de Zegbela Togba, Dinah Salifou, de L’Almamy Bocar Biro et de tous nos illustres combattants. Nous n’avons pas intérêt à ce que nos frères et sœurs se fassent la guerre, qu’ils se méfient les uns des autres. Cette dérive, même si elle est perceptible en Guinée, s’est beaucoup plus conceptualisée et radicalisée sur le net que nulle autre part. Nous sommes aujourd’hui pris en otage par des personnes qui ont des intérêts non dévoilés et qui veulent faire l’affaire du système qui est le grand bénéficiaire de cet imbroglio. Nous devons agir et vite pour éradiquer cette haine qui frappe à nos portes. Tant que nous ne réussirons pas à nous considérer comme un groupe d’oppressés, nous n’arriverons jamais à nous libérer des chaînes de nos bourreaux. Ce bénévolat patriotique nous interpelle tous
Ibrahima SAKOH, Genève, lundi 24 novembre 2008
Merci ma sœur M`balou, J`espère que l`appel sera non seulement entendu et suivi d`effets immédiats, mais aussi qu`il entraînera un effet domino au niveau de toutes les femmes guinéennes. Votre article, ponctué à la fois de prise de responsabilité, de fermeté et de cris de cœur, prouve à suffisance que le rôle des femmes dans la construction de la Guinée de demain est indispensable. Je suis frappé par la qualité de l`analyse et du plaidoyer, et plus particulièrement par l`unanimité des réactions positives, dressée au tours de votre interpellation. Autant dire que la femme guinéenne en générale, et celle de votre niveau en particulier, n`a pas droit au silence dans le débat socio-politique actuel de notre pays. N`acceptez pas de vous faire marginaliser! Faites entendre votre voix, défendez vos points de vue, implique-vous dans le processus de changement qualitatif de la Guinée de vos enfants. Car vous seriez les premières à souffrir si ce pays sombrait. On le constate partout en Afrique et ailleurs dans le monde, ce sont les femmes et leurs enfants qui paient le plus lourd tribut aux violences et aux irresponsabilités créées et entretenues par les hommes. Et partout où s`installent la paix et la prospérité, les femmes sont repoussées à la queue! Donc levez-vous! et soyez surtout convaincues que personne ne vous accordera les droits et le respect dûs à votre rang. La Guinée a besoin de millions de "M`balou KEBE" pour sa prospérité et son épanouissement. Vive la femme guinéenne! Que Dieu bénisse la Guinée!
Rédaction guineeactu, dimanche 23 novembre 2008
Merci Julien, nous y veillerons, plus encore qu`auparavant. Mais c`est là une occasion de rappeler à nos amis qui nous envoient des articles, de veiller eux également à ne pas y mettre ces dérives verbales qui nous obligeraient désormais à ne pas publier leurs textes. Et ce serait dommage, bien malgré nous. Encore merci Julien!
Julien Yombouno, dimanche 23 novembre 2008
Merci de cet appel a la reconciliation. Cependant la meilleure facon d`endiquer et de freiner cette haine truffee d`insolence irresponsable sur le net, particulierement sur Guineeactu, c`est de ne plus publier des articles injurieux comme ceux contre Jean Marie Dore,Hadja Andre Toure et N`faly Sangare.En tout cas, il y a des articles publies sur Guineeactu qui sont tres insolents, irresponsables, beaucoup plus passionnes qu`analytiques ou objectifs. Prenez vraiment vos responsabilites, afin de demeurer un site serieux. Je sais compter sur vous;
Ansoumane Doré, samedi 22 novembre 2008
Soeur M`Ballou,Comme toujours c`est un message de qualité que vous nous envoyez.J`espère qu`il sera lu, relu et médité par tous. Merci!
Bilguissa, samedi 22 novembre 2008
Merci d`être là! C`est toujours très rafraichissant de te lire que je suis fière de toi! Bravo! I NI KÉ! I KÉBÉ!
Fodé Tass Sylla, samedi 22 novembre 2008
Quand j`ai terminé la lecture de ce cri du coeur de notre soeur M`Ballou, sincèrement, j`ai eu honte de nous, honte pour nous, les hommes qui, chaque jour, sommes là à montrer nos biceps et vociférer nos récriminations haineuses, en nous ancrant griffes et ongles, dans le passé. Nous sommes omnubilés par ce que nous avons vécu ou par ce dont nous avons été témoin (on nous sortait des classes pour assister aux pendaisons). Nous sommes tous des malades, des traumatisés pour avoir perdu un être cher ou pour avoir vu les adultes s`entretuer et nous en faire témoins. Beaucoup d`entre nous n`ont trouvé aucune autre force que de transmettre cette haine de l`autre à nos enfants. Et en définitive, on veut des morts (comme le dit M`Ballou) pour assouvir notre traumatisme, nos rancoeurs, nos haines. Si on ne fait pas attention, nous resterons des demeurés pendant que l`Histoire passe. Et puisque les principaux sujets de nos rancoeurs sont tous morts ou sur le point de l`être, nous ne trouvons pas mieux que de transférer notre haine vers leurs ethnies. Et, à force de répéter ces rangaines dans nos familles, nous conditionnons inconsciemment nos enfants à être des machines à broyer l`autre. Cet autre qui n`est ni chinois, ni français, ni arabe, ni américain... mais GUINEEN, c`est à dire notre incontournable partenaire pour le développement du pays de nos ancêtres. Non!!! j`ai honte de nous, honte pour nous, et je dis à tous ces guerriers de la haine d`arrêter d`empoisonner nos enfants! C`est pour eux, l`internet, ils y sont accrochés depuis leur bas âge, c`est leur siècle. Ecrivez-vous sur vos e-mails, téléphonez-vous vos injures, retrouvez-vous en duel, face à face, si vous êtes des hommes. Votre musique de charognards commencent à nous pomper l`air. Vous attisez la haine par vos démonstrations à la con et demain c`est la jeunesse guinéenne qui se massacre, par votre faute, parce que l`enfant vit d`imitation. Alors, si vous n`avez rien à proposer pour le présent et l`avenir de la Guinée, rentrez vos plumes incendiaires. Ou alors, écrivez-vous personnellement. Nous et nos enfants, épargnez-nous d`être témoins ou juges de vos faiblesses et de vos bassesses. Vous n`avez aucun honneur à continuer à nous polluer cet espace moderne qui, en effet, ne fait que supporter, contre son gré, toutes vos salades indigestes!
Thierno Sow, samedi 22 novembre 2008
Bravo M`Ballou! Je lis tes interventions avec grand plaisir. Tu as garde ton franc-parler de l`adolescence, et surtout ta memoire des "affaires" a la Sig (Madina Cite 2) m`a rappelle cette periode immorale, miserable et regrettable de notre chere Guinee. Pour te situer un peu a propos de moi, pense a la 11eme AP1 a Coleah, a certains amis de classe (Christiane, Nassif, Djami, Afia,Dramane Chaka, Phil Posner Issanoussi etc..) et a notre piece de theatre "Chaka Zoulou" sous la direction de Madame Camara Georgette Safo! Nous etions voisins a la Sig aussi. Bien a toi, et continue ton combat au Net pour le bonheur de notre peuple. Thierno.
Lamarana Diallo, Londres, samedi 22 novembre 2008
Interessant texte, madame! Bravo.Je fonde l`espoir que l`appel sera entendu par les Doyens qui, par egoisme et par manque de sympathie, veulent continuer a empoisoner la vie des jeunes guineens en voulant nous imposer leur verite. Il n`y a qu`une seule verite dans tout ce qui s`est passe chez nous depuis 1958. Et cette verite se saura un jour et la justice sera faite, non pas dans un esprit revenchard mais dans le soucis de guerir et de prevenir. Mais les douleurs et les haines de ceux qui ont vecu cet episode empechent un dialogue constructif pour le bien de notre pays.Mais je reste convaincu que la jeunesse Guineenne fera sa propre lecture de notre histoire. Et je voudrais egalement interpeller ces doyens de cesser de poser les problemes guineens dans des termes ethno-regionalistes et vivre au present car il serait demogeable de vouloir perpetuer cette tendance.bien a vous, Lamarana.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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