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Je n'ai nullement négligé de m'adresser à ceux qui n'ont pas respecté la trêve, si c'est, comme je le pense, à moi, frère, que vous répondez. Mais je ne savais même pas que trêve il y avait. Ce que je sais, par contre, c'est le spectacle désolant que s'évertue à donner certaines personnes sur le net. Cela, je le déplore amèrement ! Ce que je souhaite ardemment, c'est un pas en avant pour notre pays. Et pour cela, que les uns et les autres, enterrent la hache de la haine. Si haine il y a, pour une raison ou une autre, il faut que nous sachions, la dénoncer, en parler, pour pourvoir la dépasser. Nous ne pouvons pas éternellement continuer à ressasser et ressasser cette haine, même si je respecte la douleur que ces personnes ressentent (bien souvent, ce ne sont même pas les personnes directement concernées, qui brandissent cet étendard morbide de haine). Qu'est-ce que cela nous apporte? Aucune satisfaction. Que veulent les personnes qui attisent une telle haine? Désirent-ils la mort pour compenser la disparition des êtres chers? Si la justice doit être faite, so be it, une bonne fois pour toute. Pour que nos enfants puissent vivre en paix ! Nous ne pouvons pas leur laisser (mettre dans leur escarcelle, comme cadeaux de transition) tout ce que la première République a pu amener de mauvais. Nous refusons même l'idéologie négative sous-jacente, qu'elle pourrait transporter, mais nous pouvons affirmer aussi, qu'elle a eu pour mission première, pionnière, de jeter les bases de la révolution, de l'affranchissement des noirs vis a vis des occidentaux. Elle a été emprunte d'erreurs graves, certes : il y a eu morts d'hommes. Cela aussi, nous ne pouvons pas et nous ne devons pas le contester. Mais nous devons avancer ! Chacun aura à cœur de faire le bilan personnel quant à son apport, quant à sa participation, quant à son silence, quant à son approbation, quant à sa collaboration, tous ensembles, nous sommes plus ou moins, à des degrés différents, responsables devant l'histoire. L'histoire des peuples, dans leur évolution, est (malheureusement) jalonnée de morts et souvent, de morts innocents. Nous le reconnaissons, nous le déplorons et nous rendons hommage à tous nos morts. Nous dénonçons et dénoncerons encore les coupables, les complots, les faux complots, les semblants de complots, les complots pour éloigner tel ou tel mari. Nous sommes au courant de toutes ces choses. Bien que jeune à l'époque (j'étais à Conakry entre 1971 et 1976), nous sommes au courant des femmes que l'on se passait entre "grands" : j'ai habitée la SIG Madina et nous étions aux premières loges, quand certaines voitures ministérielles venaient se garer tandis que des maris s'en allaient, laissant leur femme aux mains d'autrui. Nous chantions et faisions des grimaces en gamin que nous étions, mais nous comprenions que ces choses-là n'étaient pas normales. Nous entendions les commentaires des aînés, à ce sujet. Des photos qui ont été faites de plusieurs femmes de dignitaires de l'époque, par un certain photographe, des vies sacrifiées, d'honneur bafoué, nous savons ces choses !!! Mais aujourd'hui, même si nos enfants veulent et doivent savoir la vérité, ce qui les concerne encore plus, c'est ce qu'ils vont manger, comment étudier. Pourquoi un petit allemand, un petit français, un petit suisse vit-il bien, et pourquoi lui, le jeune guinéen, n'a même pas à bouffer chez lui ? Même pas d'électricité, comme si on était encore au moyen-âge ! Même si l'avenir se construit en connaissant son passé, il est impératif de pouvoir vivre avec son temps, et aujourd'hui appartient aussi et surtout à notre jeunesse. Qu'est-ce que nous sommes prêts à faire pour elle, à pardonner pour elle, afin qu'elle puisse s'asseoir dans son pays et échapper au radeau en partance pour un potentiel eldorado occidental. Est-ce qu'on va continuer à s'insulter : " toi, t'étais pdg…, toi, tu es pdg…, toi, tu as "couché" avec le pdg"… ! Et une fois ces insultes finies, que pouvons-nous faire ? Recommencer à nous insulter encore, et encore, et toujours… ? Il n'y a rien de créatif, en cela ! A un moment, il faudra nécessairement penser à construire. Même si nous condamnons toutes idéologies tournées vers l'aliénation, la désinformation, l'acculturation et surtout la division de notre unité nationale, notre tissu social, oui, j'aimerai et je marcherai avec toutes les composantes de la Guinée. Parce que leurs défauts font aussi leur charme, et c'est aussi çà, leur particularité, que j'apprendrai à gérer, pour le bien de la Nation. Nous devons nous amender. J'ai été élevé par une française qui haïssait les allemands, parce qu'ils avaient tué son frère à la guerre et sa mère en était morte de chagrin. J'ai grandie (elle qui était si charmante avec beaucoup) avec sa pointe de haine pour les allemands. Et je me suis retrouvée de en 1981 à 1983, étudiante en allemand, transmettant inconsciemment cette haine. Mais c'est moi qui en a pâti : je suis restée, presqu'une année complète, bloquée, incapable de pouvoir apprendre cette langue de "bosch", parce qu'une graine (celle de ma gouvernante) avait germé en moi. Par la suite, du fait que j'avais quand même eu une bourse d'études pour ce pays, et que je devais y rester, je me suis quelque peu désolidariser (il fallait bien) de cette façon de penser. Et, tenez-vous bien, j'ai appris plus rapidement les bases de cette langue. Mais ce n'est pas encore la fin de " l'histoire ". Comme Dieu ne dort pas, il m'a fait comprendre mon erreur, erreur inculquée, mais erreur quand même, lorsqu’en 1994, une unité de l'armée allemande a défilé sur les Champs Elysées, à l'occasion du 14 juillet. Tollé de protestations, comme on doit s'en douter, car les plaies étaient, pour beaucoup, loin d'être cicatrisées. Cela a cependant jeté les bases d'une réconciliation irréversible entre la France et son ancien envahisseur "colonisateur" allemand. Et moi, j'étais là, comme une idiote, toujours avec ma graine de haine, diminuée mais toujours présente, alors que l'histoire avançait. Les frères ennemis d'hier s'étaient réconciliés ! De cette même façon, si nous ne nous réveillons pas, nos enfants avanceront, comme il se doit, ensemble : guerzé, landouma, kissi, peulh, soussou, malinké... confondus, pendant que nous, les anciens, continuerons à attiser le brasier de la haine. Tout cela, c’est pour dire que l'histoire nous attend. Que sommes-nous prêts à faire, à pardonner… pour notre pays, pour nos enfants, pour notre Nation ? Certains de nos enfants ont sacrifié leur vie pour le futur du pays. Et nous qui sommes en vie encore, ne voulons-nous pas essayer de nous entendre, essayer de vivre ensemble ? Nous ne pourrons jamais répondre à toutes les questions qui sont posées, à toutes les ignominies qui ont été commises, mais nous pouvons, au lieu de demeurer dans le train omnibus, nous embarquer avec nos enfants dans le train à grande vitesse du renouveau, du futur pour notre Nation. A l'heure de Barack Obama, je veux espérer, croire en des hommes et des femmes de vision, de changement. Que l'Eternel nous aide dans notre quête pour la prospérité de notre Nation Bien à vous, votre sœur M'Ballou Kébé pour www.guineeactu.com
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