vendredi 10 juillet 2009
Dans la quadrature du cercle vicieux
Moïse Sidibé

Cinquante-trois Etats aux diversités tranchantes à la recherche d’un gouvernement avec leadership où chacun se voit plus méritant que les autres. Un gouvernement commun dans lequel certains despotes, dictateurs, rivalisent d’ardeur et d’orgueil et qui doivent céder une partie de leur souveraineté si ce gouvernement voit un jour le jour. Autant dire quand les poules auront des dents. C’est cela qu’on appelle » être dans la quadrature du cercle vicieux.

Devant une possibilité d’entente pour accorder les violons, l’hôte du sommet de Syrte, le colonel Kadhafi, le grand frère de notre Dadis Camara, avait boudé la conférence pour un instant. Cela rappelle un peu la grève de la faim observée par Evo Morales quand les parlementaires de son pays avaient refusé de le suivre dans son vœu de faire voter une résolution biscornue. La Guinée était absente et n’a pas été dans ses petits souliers devant un tel fait. On ne sait pas aussi ce que le « père » de Dadis, Me Abdoulaye Wade avait comme position vue qu’il a aussi un autre boulet chaud entre les pieds avec le cas d’Hissen Habré, au sujet duquel le silence avait été admirablement observé.

On n’a pas ou peu parlé du Niger où Mamadou Tanja est aux prises avec toutes les forces vives de son pays dans sa tentative de réviser la constitution, sous prétexte que le peuple le lui demande. Devant une levée de boucliers contre son projet d’aller aussi loin, Mamadou Tanja ne peut plus reculer et le référendum est sa seule sortie sans trop perdre la face, au cas où il perdait, s’il ne bourrait pas les urnes. Devant une situation dont la turbidité est troublante, la France, dont on attendait un mot a fini par broncher : Elle est déçue et inquiète. La démocratie est menacée au Niger mais cela est balancé au pôle nord par les chefs d’Etats réunis au sommet de l’UA de Syrte, ils avaient des chats faméliques à fouetter.

Ainsi, la « Commission » s’est transformée en « Autorité » pour parler d’une même voix dans les domaines de la politique étrangère et de la défense. Un gros os ! Les alliances et politiques étant différentes et contraires, quels secrétaires désignés ou élus pourront parler au nom des autres ayant des vues opposées ? Les résolutions ne seront jamais acceptées par les différents pays en conflit direct. Ainsi, le Tchad accepterait-il les résolutions dirigées par un secrétaire venant du Soudan ?

Mais, le sommet de l’UA de Syrte a montré au moins une convergence de vue presque à l’unanimité, sauf le Botswana et un peu le Tchad, de ne pas livrer Omar El-Béchir à la CPI.

Comme on le voit bien, la démocratie et la concorde sont loin des préoccupations des dirigeants africains.

Devant de tels problèmes, comment rendre possible un développement harmonieux du continent ? Le MEDN (le mouvement pour l’émancipation du delta du Niger) menace de s’en prendre aux puits de pétrole et à l’oléoduc trans-saharien qui va coûter une bagatelle de 13 milliards de dollars. Le gouvernement du Nigeria, qui a du pain sur la planche semble jouer à la politique de l’autruche. En tout cas, le MEDN, lui, se fait entendre et de façon assourdissante. Au nord, le Mali, après les Touaregs, ce sont les combattants d’Al Qaïda qui viennent de prendre la relève.

Devant autant de problèmes, comment parler d’une même voix ?

Revenons au pays car, aussi loin que voguent nos idées, elles finissent toujours par rejoindre le bercail pour toucher du doigt les problèmes qui ont besoin d’être débattus.

Ainsi, le capitaine Dadis a reçu la semaine dernière les délégations des jeunes venant du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, qui ont demandé avec force et animation à Dadis de rester jusqu’en 2010 pour nettoyer complètement les écuries d’Augias mais, l’homme qui veut faire l’histoire a compris les leçons de l’histoire : Les chants des sirènes ne conduisent qu’au naufrage ceux qui les écoutent. Il leur a demandé de ne pas se fâcher et d’accepter qu’il obéisse au chronogramme des forces vives.

Mais ce chronogramme est-il réaliste pour 2009 ? Ce qu’il faut dire d’abord, le recensement n’est pas exhaustif et a mal été fait. La CENI avait-elle procédé à un véritable recensement ou s’est-elle basée sur les anciens recensements ? Certains décédés sont sur la liste électorale, certains mineurs à l’époque des anciens recensements et qui ont atteint la majorité mais qui ne se sont pas présentés aux bureaux de recensement, ne sont pas sur les listes. Des déplacés demeurent sur les anciennes listes et sont sur les listes de leurs nouveaux quartiers. A tout ce lot, il faut ajouter que les problèmes de retard dans les recensements ont fait éloigner beaucoup d’électeurs pour ne pas être recensés. Il faut revoir et corriger à la hausse le nombre d’électeurs.

En dehors ceci, il y a que le Conseil national de transition n’est pas encore composé pour définir un chronogramme pour 2009. Réviser la constitution, expliquer cette constitution aux populations et leur demander son adoption exigeraient du temps pour ne pas bâcler les opérations. Ensuite, les législatives, puis les présidentielles avec quelle intervalle ? La question doit être posée car les décaissements sont parfois problématiques. Toutes les forces vives concourent actuellement pour le chronogramme de 2009, mais plus pressé que la musique…

Si toutes ces difficultés sont résorbées, il faut songer surtout à un plan de retraite des membres du CNDD. On avait entendu parler d’un statut particulier pour les chefs d’Etat qui acceptent de partir quand il faut, c’est-à-dire exemptés de toutes poursuite et d’une retraite décente. Si le CNDD se retire, comme il a promis, c’est une première dans l’histoire et cela mérite une certaine considération. C’est une proposition qui mérite que l’on y réfléchisse, et ce n’est pas de la démagogie.

Mais aussi, faut-il que le CNDD tienne à toutes ses promesses de restructurer l’armée, l’administration, poursuivre la révision des conventions minières et continuer dans les audits.

Finalement, on vient d’apprendre que le CNDD vient de revenir sur terre pour relancer de plus belle les audits, qui remonteraient aux 24 ans de gestion du feu Général Lansana Conté et aux six mois de gestion de la junte. Beau spectacle en perspective !

Les différents chefs des partis politiques sont nombreux, et ceux qui ont été mêlés à la gestion des deniers publics sont tous présents sur la scène politique comme Premier ministres, à part Lamine Sidimé et Ahmed Tidiane Souaré, qui, lui, est dans le grappin pour 12 milliards.

La question qui mérite d’être posée est pourquoi tous les anciens Premiers ministres, tant soit peu décriés, ont-ils choisi de revenir sur la scène pour briguer cette fois la présidence ? Certains pensent que c’est pour éviter d’être rattrapés par un passé louche. D’autres ne s’empêchent de penser que le fait qu’ils aient été obligés par Lansana Conté de jurer sur la bible ou le coran de ne pas mentir ni de voler et que leur parjure leur a fait revenir dans les griffes du CNDD. En tout cas, l’étau se resserre sur nombre d’entre eux. Le CNDD aura le temps de voir clair en moins de six mois une gestion touffues et sombre de 24 ans et 6 mois ?

Le nouveau président élu de la Guinée prochaine aura-t-il assez de poigne pour mener à bien toutes les zones d’ombre que les militaires auront laissées ?

Ce que les Guinéens doivent désormais comprendre, c’est qu’aucun autre président ne ferait plus peur aux Guinéens que Sékou Touré, aucun autre ne serait plus chanté que le « Fama » mais était-il venu à bout de l’esprit contestataire et retors des Guinéens ? D’ailleurs, les étudiants d’une promotion de l’ISIG (ou quoi-là ?) ont contesté le fait que leur promotion porte désormais le nom de Dadis Camara. Ils affirment que c’est une décision démagogique et politique alors que d’autres personnalités bien méritantes sont passées sous silence.

Parlant de cela, on en vient à la décoration à grande pompe de Dadis Camara par l’Unesco. Selon Chantal Colle, la directrice de Alo-Guinée et actionnaire d’Areeba, c’était du bidon, et cela est fait pour mettre Rougui Barry dans ses petits souliers. A-t-on vérifié cette affirmation de la PDG d’Alo-Guinée ? On imagine mal que l’on ait pu atteindre un tel niveau de superfétation et d’artifice. Actuellement l’ex-égérie du général Lansana Conté fait feu sur toutes les gammes. Elle joue bien les Don Quichotte de la Manche. Aucune fourberie, aucune magouille ne semble passer inaperçue de cette Janus aux yeux d’Argus. Des surfacturations et combines de Mamadou Sylla Futurelec en passant par les prévarications des différents ministres des finances pour aboutir aux panneaux solaires surfacturés et aux groupes électrogènes hyper chers, rien n’échappe aux deux visages de cette Janus aux cent yeux d’Argus. Si toutes ses affirmations se vérifient, le CNDD gagnerait énormément à lui confier le poste de ministre chargé des équipements et des infrastructures. En cette période de vaches maigres, une petite économie servirait à boucher bien des trous béants.

Mais également, dans le domaine des fausses décorations, faux diplômes et des satisfecit à la gomme décernés au feu général, et il y en avait à profusion, on s’était demandé à un moment si Conté avait de la place pour accrocher tous les cadres et cartons qu’on lui décernait à longueur de journée. Si madame Chantal Colle n’avait pas pipé mot pendant cette période, n’y a-t-il une raison à cela ? En clair, on se demande si elle n’a pas été aussi à l’origine ou instigatrice d’une décoration factice quelconque du général ? Du faux et usage du faux, il y en avait eu. Des doctorats sans étude, aussi.

En tout cas, elle faisait partie de la phratrie, de la Nomenklatura ou de l’Establishment, bien qu’elle ait tenté d’empêcher certaines malversations de la part de ses adversaires du palais, n’a-t-elle pas aussi provoqué des dysfonctionnements au sein des gouvernements passés dans ses suggestions de remplacer tel ou tel ministre qui n’étaient pas dans ses grâces ?

Quoi qu’il en soit, les anciens adversaires ou ennemis de cette dame ont des soucis à se faire.

Les Guinéens sont coutumiers du fait. Pendant le cinquantenaire, l’on avait décoré une cinquantaine de « personnes alitées » dont certaines se sont retrouvées dans tous les liens de la malversation. Cela a servi à quoi ?

Ce qui importe, ce ne sont pas les diplômes et les décorations mais la probité morale doublée de compétence. Or, en ce moment, la Guinée a besoin des compétences en gogo. Si les enseignants parlent de tolérance zéro en fin d’année sans parler de tolérance zéro dans les inspections des éducateurs en situation de classe pendant l’année scolaire, il faut dire qu’il y a deux poids, deux mesures car, on n’évalue que les élèves sans savoir exactement si ce que les maître ont dispensé est bien dispensé. On a dû entendre des élèves collés dire n’avoir pas vu ce qu’ils ont eu à traiter, comme sujet. A qui la faute ?

Enfin, tout le monde semble s’accorder sur 2009. Les partis qui étaient sortis du rang ont été vertement ramenés à l’ordre pour parler en chœur. Peut-on effectivement aller aux élections à la date de choix des forces vives ? Au vu de tous les problèmes qui pointent, c’est une gageure. Et, selon toute vraisemblance, c’est là que le CNDD attend les forces vives. Et si les élections n’arrivent pas à se tenir à la date indiquée par les forces vives, qui perdra la face ?

La question reste en l’air !

A la revoyure !

 

Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

 

 

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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