mardi 1 avril 2008
Dans la logique d’un changement de gouvernement
Lansana Kouyaté

Ce ne serait pas surprenant, si le gouvernement Kouyaté était, aujourd’hui, remercié pour son manque de performance, après une année d’exercice maladroit d’une mission qui n’aura pas atteint les résultats attendus. Ce ne sont pas les syndicalistes qui diront le contraire, eux qui nourrissent, peut-être, le sentiment de s’être trompés dans leur choix.

Fatigués d’apporter leur soutien au gouvernement Kouyaté, les syndicalistes n’auront plus qu’à baisser la garde. Pas question de sortir les masses populaires pour revendiquer de meilleures conditions de vie à une équipe gouvernementale qui s’embourbe dans des projets à long terme, quand le quotidien du citoyen reste une préoccupation obsédante. Il faut appliquer les accords, revendiquent, pourtant, ces syndicalistes, aujourd’hui harcelés par la conscience de s’être engagés dans une entreprise  difficile, celle de changer les conditions de vie des populations, sans changer, au préalable, les mentalités qui doivent sous-tendre le mouvement.

Pourquoi le changement a-t-il échoué ? Voilà la question qui mérite d’être soumise à une certaine réflexion. Pour y répondre, nous mettons en évidence des données réelles qui serviront de repères dans la compréhension de la logique de notre réflexion. Comme données, nous notons l’environnement politique, le système de gouvernance en place, l’esprit du pouvoir, les mentalités diverses, l’incohérence de la classe politique, le traumatisme social, la pauvreté, les ambitions diverses, les crises de toutes sortes, l’incompétence des gouvernants, le manque de volonté politique, etc… C’est sur cet espace qu’il est demandé d’opérer un changement à la fois indéfini dans ses objectifs réels, qu’inapproprié par rapport au système de gouvernance dont le fondement reste figé. D’aucuns évoqueraient des préalables, pour non seulement apporter un bouleversement dans le fondement de ce système de gouvernance ayant généré tous les maux dont souffrent les populations, mais aussi et surtout pour réussir un changement des mentalités favorable au nouveau contexte.

Les mouvements syndicaux ne sont que l’expression d’une certaine prise de conscience par rapport aux dérapages du système de gouvernance qui en justifient le principe, sans pour autant apporter la solution attendue. Le compromis que représenterait la mise en place d’un gouvernement dit de consensus - bien qu’il ne le soit pas - avec à sa tête un premier ministre, chef du gouvernement, reste d’autant plus précaire dans sa conception que le principe de nomination à ce poste fictif relève d’une simple délégation des pouvoirs du président de la république légalement installé.

Toutefois, l’opportunité aurait pu, si elle avait été intelligemment exploitée, permettre au premier ministre d’obtenir d’autres concessions du pouvoir. C’est plutôt à un rapport de subordination qu’il nous sera donné d’assister. Or, l’objectif non avoué des forces du changement était d’offrir au premier ministre des arguments de légitimité, pour lui permettre de poser des actes, tout au moins d’user librement des prérogatives qui lui sont reconnues par les accords tripartites. Le sentiment de tout devoir au pouvoir aura freiné les élans. La feuille de route a pris la déroute. La recherche d’une envergure internationale n’aura pas non plus abouti. A défaut d’actes illustres, il sera projeté de laisser des vestiges à travers ces idoles érigées aux différents carrefours de la capitale. Des ouvrages à polémiques. La primature semble perdre de son charme au fil des jours. Une étoile filante qui aura eu, à peine, le temps d’illuminer l’espace d’un changement en gestation difficile. Faudrait-il un autre accoucheur ?

Dans ce cadre, pour signer sa démission, le premier ministre, à travers ses ‘’diplomaties’’, nous fera deviner qu’il est confronté à un blocage par le chef de l’Etat. Un dérivatif plutôt amusant, quand on sait que par ailleurs, le premier ministre aura été particulièrement actif, notamment dans les voyages et les inaugurations de symboles et édifices publics. Une réputation qui lui aura valu d’être invité à inaugurer, tout récemment, une Mosquée à Kampala offerte par le guide libyen. Les informations de la RTG précisent que c’est pour y représenter le président Conté. Sur le terrain national, par rapport aux besoins vitaux des populations, le gouvernement est à l’étape des tâtonnements, le ministre de l’agriculture promène trois de ses collègues et les médias publics sur des espaces à Kankan, qu’on dit aménagés à coût de milliards, en vue d’une relance de la culture cotonnière, alors que les projets des cultures vivrières sont au placard. Un dossier sur lequel nous reviendrons plus en détail, pour une bonne information de nos lecteurs.

Le responsable de la commission chargée de la gestion des fonds déjà sortis - près de 12 milliards - pour la circonstance, sera interpellé pour mieux s’expliquer sur le projet. Ailleurs, sur le marché d’approvisionnement, les denrées de subsistance sont inaccessibles, à cause de la flambée fantaisiste des prix. Le courant et l’eau sont à la case départ, malgré des efforts déployés, en fonction de la précarité des moyens disponibles. Là encore, il faut une vraie politique de prise en charge de ces secteurs. L’éclairage au solaire étant un leurre dans un pays qui veut en finir avec la précarité. Pour ce qui est de la diversité des mentalités, il y a lieu d’en chercher les causes dans les mauvais exemples que ne cessent de donner nos gouvernants. Les faux discours et les promesses mirobolantes sont, en partie, à l’origine de bien des dérapages. Aujourd’hui, il n’ y a pas un citoyen conscient de la dégradation des conditions d’existence dans notre pays qui ne serait pas favorable à un changement de gouvernement. Evidemment, cela ne passe pas forcément par une restauration qui permettrait aux anciens ‘’voleurs et menteurs’’ - selon les qualificatifs du chef de l’Etat - de prendre la gestion du pays en otage. Il serait souhaitable que l’on fasse appel à des Guinéens honnêtes et compétents qui privilégieraient les intérêts supérieurs de l’Etat. Les citoyens s’attendent à mieux.

Thierno Dayèdio Barry, pour www.guineeactu.com  

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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