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Les Guinéens ont pris connaissance du discours programme du capitaine Moussa Dadis Camara et de la composition du Gouvernement de transition dirigé par le Premier ministre Kabiné Komara. Le 14 janvier dernier, notre reporter a recueilli à chaud les réactions de la classe politique par rapport à ces deux faits tant attendus par tout un peuple.
El Hadj Bah Ousmane, président de l’UPR
« Nous nous attendons à ce que nous n’appartenions pas à ce Gouvernement »
« Je commencerai par dire que ce discours programme était attendu, en tout cas dans notre perception des choses. Comme nous le disons, depuis que nous vivons cette situation, nous sommes dans un régime d’exception. Il faudrait que nous fassions de ce régime d’exception un autre régime résultant des élections attendues. Alors, étant donné que nous sommes dans une phase de transition, nous estimons qu’il faut donner un contenu à cette transition, il faut lui doter d’une structure et aussi déterminer les délais de mise en œuvre de cette transition. Dans notre perception des choses tout ceci devrait être défini. Le président du CNDD devrait faire une adresse à la nation comportant des éléments de réponse à toutes ces interrogations. Nous avons eu donc un discours programme comme vous le dîtes bien, mais qui n’aborde pas ces aspects là où tout au moins en les situant dans des intervalles de temps bien précis. Néanmoins, le contenu du discours cadre avec ce que nous avons dans nos textes fondateurs, en particulier notre projet de société. D’ailleurs, répondant à l’invitation du CNDD, nous avons communiqué notre projet de société et en plus, nous avons élaboré un mémorandum portant sur la gestion de la transition. Nous avons tracé les grandes lignes de cette transition qui devaient être conférées à cette transition comme action. Donc ces documents ont été déposés au CNDD et je me réjouis de constater que les éléments du discours programme se recoupent avec ce que nous avons comme élément dans notre projet de société, et, dans le mémorandum que nous avons soumis, ce discours a le mérite de reprendre les préoccupations qui sont celles de nos populations. Ce discours aborde avec force des cas très particuliers qui nous embarrassent ; notamment la moralisation de la vie publique. En effet, le président du CNDD met un accent tout particulier sur la volonté de sa structure de lutter contre la corruption, le détournement des deniers publics et en luttant contre la mal- gouvernance dénoncée par tous. Par ailleurs, il y a des dispositions contenues dans ce discours qui laissent augurer que le CNDD a la volonté de prendre ses responsabilités par rapport aux engagements pris dés les premières heures de la prise du pouvoir. « La grande question que je me pose, est celle de savoir de combien de temps le CNDD disposerait pour réaliser les actions évoquées. Si j’essaie de donner un élément de réponse, puisque nous voulons une transition de courte durée. Je pense que toutes ces actions ne peuvent pas être réalisées maintenant. Mais il faudrait saisir tout de suite l’opportunité pour engager toutes les reformes, poser les bases de toutes les reformes que permettraient de continuer sur les actions contenues dans ce discours programme. Autrement dit je vois beaucoup plus dans cette situation là une amorce qu’on devrait faire de toutes les actions lorsqu’on continuerait après la transition. En tout cas, c’est un discours rassurant. Je crois qu’il correspond aux attentes des populations guinéennes. En ce qui nous concerne, nous avons tiré notre satisfaction, dans la mesure où ce discours cadre avec notre projet de société et le mémorandum que nous avons soumis au CNDD le 5 janvier dernier. Par rapport au gouvernement, je voudrais dire que le gouvernement, sa configuration est le reflet de ce discours programme des objectifs que le CNDD s’est assignés. Ce gouvernement reflète aussi les objectifs que le Premier ministre s’est tracé et plus particulièrement la stratégie adoptée pour réaliser la mission qui lui a été confiée. C’est un gouvernement de mission et comme telle, il y a des tâches précises au gouvernement. Monsieur le président du CNDD et le PM ont certainement mis leurs efforts en commun pour mettre en place une équipe de cadres que nous allons juger à la tâche. Je n’ai pas la prétention de connaître tout le monde, mais pour quelques individualités que je connais, parce que, ce sont des cadres intègres et compétents auxquels il est confié d’accomplir une mission. Ensuite en ce qui nous concerne nous les partis politiques, nous n’avons pas été consultés en tout cas en ce qui nous concerne à l’UPR, nous n’avons pas été consultés pour appartenir à ce gouvernement. Pour autant, nous ne nous sentons pas offusqués, c’est une option que le Premier ministre a prise dés le début. Nous nous attendions à ce que nous n’appartenons pas à ce gouvernement parce qu’il avait décidé à ce que son équipe soit affranchie de toute sensibilité politique. Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas dans un gouvernement que nous n’allons pas apporter notre contribution au débat national. Nous allons toujours comme d’habitude, apporter nos réflexions et suggestions, et aussi, faire des propositions dans le cadre de notre contribution au bon déroulement de la mission qui est assignée à monsieur le PM. Je disais tantôt que nous sommes dans une période transitoire dirigée par des militaires. Il n’est pas surprenant qu’un certain nombre parmi eux soit une partie intégrante du gouvernement. Je pense que c’est une stratégie du CNDD de se rassurer sur la réalisation des actions qu’il s’est fixé. Alors, si la présence de ces militaires et surtout à des postes stratégiques, procède de la volonté du CNDD d’atteindre ses objectifs en matière de moralisation de la vie publique, en matière de sécurité pour les populations, je pense que leur présence est appréciable. Je pense aussi qu’on a droit d’attendre de ces militaires de satisfaire à nos préoccupations. Finalement ça ne serait pas une mauvaise chose que les militaires appartiennent au gouvernement et surtout à des postes très sensibles ».
Jean Marie Dorée, S/G de l’UPG
« On va attendre pour voir si les gens ont été bien choisis »
En tant que tel, c’est un bon discours sur les projections économiques pour le moyen et le long terme. Ce n’est pas le discours qu’on attendait. Pour le CNDD qui est là, ou qui devrait être là pour douze mois, il s’agit de présenter un discours qui porte sur l’installation des structures nécessaires pour conduire la transition. Parce que, j’estime que le programme économique et social, ça serait pour le président de la République qui sera élu et qui va s’inspirer de ce qu’il a dit, pour présenter aux guinéens un programme qui l’engage pour la durée de son mandat. Naturellement cela n’enlève rien au sérieux du programme qu’il a présenté le 14 janvier. Mais à mon avis il s’agit pour le CNDD à travers son président, de faire le discours politique qu’on attend et qui porte sur les institutions qui doivent mener la transition jusqu’à son terme, que les partis sollicitent se limiter à douze mois. Période à l’intérieur de laquelle doivent, se tenir les élections législatives et ensuite présidentielles. On a attendu du gouvernement comme un outil qui permettrait au président de la République de gérer la transition. Je remarque d’abord que cet autre gouvernement est moins volumineux que le précédent dirigé par Souaré. Etant donné que le CNDD est une structure militaire, je ne comprends pas ceux qui mettent trop en évidence le nombre de militaires. Je crois que les militaires qui sont au gouvernement ont été choisis par le président Dadis en fonction de leur profil intellectuel et technique. Qu’un économiste porte la tenue militaire, ou qu’il porte la veste avec cravate, le contenu reste la compétence avérée. Je ne m’arrête pas à la distinction militaire et civile. La question est de savoir si on les a portés en fonction de leur compétence. Il y a des ingénieurs civils et des ingénieurs militaires. Donc je pense qu’il ne faut pas les juger immédiatement. J’ai toujours été prudent pour porter un jugement sur un gouvernement, on va attendre un mois, deux mois, pour voir si les gens ont été bien choisis. C'est-à-dire, si les attributions qu’on leur donne, et si les responsabilités qui correspondent à la définition du département seront bien tenus. S’il y a l’adéquation entre l’affectation et le travail qu’on leur propose aux différents postes de département. C’est en cela seulement, que l’on peut porter un jugement. J’ai écouté les gens dire qu’il n’y a pas beaucoup de femmes. Ce n’est pas une affaire de femme ou d’homme, c’est une question de compétence. Cela est ma philosophie, il ne s’agit de faire une balance obervale, pour dire qu’il faut combien de femmes par ici et combien d’hommes par là. On forme un gouvernement en fonction du besoin. Je ne dis pas qu’on aurait pas trouvé de femme qui puisse être nommée ministre des Finances ou de ceci et cela. Mais je dis que le contexte actuel commandait au CNDD et au Premier ministre choisis de mettre les hommes et les femmes qui tiennent la cadence de la transition. Je crois que la remarque que les féministes font, trouverait une place après les élections présidentielles, quand un gouvernement civil à froid, aura réfléchi à ce qu’il va faire au bout de cinq mois et qu’on ne trouve pas ces femmes. On va poser la question sur cette affaire féministe. »
Dr Mohamed Diané, Secrétaire administratif du RPG
« La lutte que nous menons n’est pas d’être dans un gouvernement »
Vous savez, nous, on a déjà dit notre position par rapport à toutes les déclarations d’intention. Nous estimons que, les déclarations qui ont été dîtes sont une bonne chose. Nous sommes à l’observation, nous jugerons chacun selon les actes posés. Nous pensons que ce qui a été dit est une bonne chose. Par rapport au nouveau gouvernement, même si nous avons déclaré notre intention de contribuer à la réalisation de ce qui a été dit comme programme dans l’amélioration de la gouvernance dans notre pays dans le cadre du processus électoral. La lutte que nous menons n’est pas d’être dans un gouvernement, nous nous battons ici pour vraiment créer toutes les conditions, pour que le pays se retrouve dans une situation de paix dans la démocratie et du bien- être pour tous. Ce qui nous concernent aujourd’hui en tant que parti politique, en tout cas le RPG tient pour prioritaire l’organisation des élections libres crédibles et transparentes. Nous souhaitons aussi la mise en place des institutions républicaines. Seul le peuple a la légitimité de choisir ses mandants. Pour le moment, nous n’avons pas de jugement à faire sur une équipe gouvernementale. Nous voulons que tout ce qui a été dit, soit appliqué, et de façon rapide dans un bref délai au plus tard fin juin pour les élections législatives et les présidentielles au plus tard en décembre 2009. Le gouvernement doit avant tout, parfaire le processus de recensement électoral en augmentant le nombre des machines en donnant suffisamment de moyens à la CENI et aux différentes commissions qui s’occupent de ces opérations. Qu’on essaie de mettre les démembrements de la CENI dans toutes les conditions pour faciliter le travail pour qu’avant juin tous les électeurs soient recensés et que les listes sont faites et acceptées par tous. C’est ce qui nous préoccupe au RPG.
Elhadj Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG
« Un gouvernement doit être jugé aux actes »
« Je pense que le discours programme essaie de répondre aux préoccupations du peuple de Guinée. Notamment dans les domaines de la Santé, l’Education, les infrastructures, etc... Je pense que tout cela constitue les préoccupations majeures des guinéens. Il a promis et s’est engagé d’aider à régler cela. C’est une bonne chose, le chef de l’Etat est un guinéen qui vit ici et qui connaît nos préoccupations. Maintenant je pense qu’il faudra que le gouvernement essaie de mettre ça en œuvre en élaborant des stratégies et des politiques sectorielles susceptibles de permettre d’atteindre les objectifs. Et bien, cela va demander du temps, car il y a beaucoup de problèmes qui sont des problèmes structurels, qui, pour être résolus, demandent du temps à des projets et des programmes qui ne pourront pas être résolus dans un court délai. Ils demanderont beaucoup de temps, beaucoup d’argent et parfois même de l’assistance technique. C’est bon, surtout qu’il a touché aux vrais problèmes. Maintenant, quant à la manière, le délai dans lequel les problèmes vont être résolus, cela va demander assez de temps pour une période de transition. Il est à noter que le discours n’a pas abordé les questions politiques. Il a parlé du développement économique et social, les problèmes politiques sur lesquels il était beaucoup attendu notamment la feuille de route de la transition, la durée de transition, l’organisation des élections, je pense peut -être que dans une deuxième phase, le président essayera de situer les guinéens sur ces questions qui font partie des préoccupations du peuple de Guinée, notamment de la classe politique. Sur le gouvernement mis en place, je n’ai pas vraiment de commentaire particulier. Je pense qu’un gouvernement doit être jugé aux actes, ce sont des Guinéens qui ont des compétences et qui peuvent jouer le rôle d’un gouvernement de transition. Nous attendons de voir sur le plan pratique, ce que le gouvernement pourra bien nous démontrer. Ecoutez ! Les militaires sont des citoyens, je pense que leur présence dans le gouvernement ne gâte rien. Tout le monde sera jugé aux actes, ces hommes en uniforme ont, eux aussi des compétences. Que les gens soient militaires civils, qu’ils proviennent de la classe politique, de la société civile ou du syndicat, cela n’est pas le problème. Ce sont les actions concrètes par rapport aux responsabilités, que nous jugerons ces guinéens, qui ont des responsabilités. L’UFDG ne s’est pas fixé comme objectif la participation à ce gouvernement. Ce que nous avons recherché et ce que nous attendons de ce gouvernement, c’est une neutralité par rapport à l’organisation des élections et par rapport à la compétition qui va opposer les partis politiques. Nous n’avions pas l’intention ou la volonté absolue d’appartenir à ce gouvernement. Nous avons souhaité avoir un gouvernement qui fera preuve de neutralité et d’impartialité entre les partis politiques qui seront en course lors des scrutins à venir. Nous avons estimé qu’il fallait prendre des hommes et des femmes neutres. C’est vrai que les partis politiques étaient dans le gouvernement Souaré. Souaré en accord avec le président Conté, ont demandé à ce que la classe politique soit pour la première fois dans un gouvernement. C’est un gouvernement de transition dont la mission est vraiment d’être un arbitre impartial entre les partis politiques. Quant à la transparence, monsieur le Premier ministre a pris des engagements formels devant les partis politiques. Lors de notre rencontre, il nous a rassurés de sa neutralité et de l’impartialité du Gouvernement qui sera mis en place. Nous ne travaillons pas par hypothèse, les militaires ont indiqué à plusieurs reprises qu’ils ne sont pas là pour confisquer le pouvoir, mais pour restituer le pouvoir aux civils à la suite d’élections libres et transparentes. Ils avaient fixé au départ une période de deux ans, par la suite, ils ont dit qu’ils sont flexibles, en disant que ça peut être dans trois mois, six mois ou dans une année. Quand nous sommes réunis entre partis politiques, nous nous sommes dit que, compte- tenu des acquis accomplis dans le cadre du processus électoral. On peut organiser les deux principaux scrutins au cours de cette année 2009. Nous pensons que la période de transition peut être limitée à douze mois. Nous pensons aussi que les engagements que les militaires ont pris devant l’opinion nationale et internationale seront respectés pour le bonheur du peuple de Guinée.
Elhadj Momo Bangoura S /G adjoint PDG-RDA
« Nous n’avons jamais sollicité du CNDD une place au sein du gouvernement. »
La direction nationale du parti ne s’est pas encore prononcée là-dessus. Je donne mes impressions personnelles. C’est un constat d’une situation extrêmement délicate du pays que le nouveau responsable du CNDD, a eu à faire le 14 janvier 2009. Il s’agit de l’état de l’économie de la société, en un mot l’état actuel de la Guinée en tant que tel. Sur le plan social, ce qu’il faut reconnaître, nous avons connu un recul dans ce que nous avons toujours appelé l’unité nationale. Pour quelle raison ? C'est-à-dire, ce mouvement d’ethnisation à la faveur de la création des partis politiques. Nous avons fait un constat d’ethnisation. Nous nous réclamons de tel parti, parce que tel leader est de mon ethnie. Ce que j’ai remarqué dans ce discours le plus souvent, est que j’ai eu à dénoncer cela, soit dans les journaux, soit à l’Assemblée nationale, quand j’étais député. Même quand il s’agit des groupements que tout le monde réclame, à savoir les unions régionales (Basse Guinée, Moyenne Guinée, Haute Guinée ou Guinée Forestière), je dirais que c’est une tentative d’ethnisation d’une Guinée qui était unie, une Guinée dont on ne se réclamait pas d’une ethnie. On parlait de la Guinée tout court. Le président a eu à dénoncer cela. Dans le discours, j’ai entendu parler de l’économie, elle est effectivement délabrée. Dans ce délabrement, j’ai eu à constater que ce que j’ai toujours dénoncé à l’Assemblée nationale, il s’est appuyé sur ça. Il a touché aux conventions minières. Le constat m’amenait à dénoncer sans pitié les cadres guinéens notamment les ministres des Mines quant ils sont entourés de leurs collaborateurs. Je leur disais que j’ai honte, je leur en veux. Et je prenais des exemples précis sur le cas de la CBG. Quand on négociait le cas de la CBG, il y’avait combien de diplômés supérieurs en Guinée ? Il n’y avait pas plus de dix. C’est dans ce cadre là que la négociation avec la CBG a eu lieu. A l’époque ce que la Guinée avait comme intérêt était incommensurable. Aujourd’hui avec des centaines de diplômés et docteurs, la Guinée pleure la convention avec la même compagnie. Quand j’entends Dadis dire que toutes les conventions minières seront révisées, je ne peux que m’en réjouir. Et bien la nouvelle équipe est enfin connue. Nous ne pouvons faire de jugement qu’à la tâche. En nous invitant au camp Alpha Yaya, le président Dadis nous a exposés les motifs de la prise du pouvoir par les militaires le 23 décembre 2008. Il nous a dit en substance les préoccupations du CNDD quant à l’avenir du pays. A ladite rencontre, nous avons assisté plutôt à un meeting qu’à une rencontre de cadres. Il nous a été demandé d’aider le CNDD en lui fournissant des propositions de sortie de crise. Du coup le PDG RDA s’était réuni pour élaborer un projet de feuille de route que nous avons déposé à qui de droit. Nous n’avons jamais sollicité du CNDD une place au sein du gouvernement. Ce n’est pas une surprise, à plus forte raison une déception pour nous du fait de ne pas se retrouver dans le gouvernement de M Komara Kabinè. Dans mon entendement, le CNDD est là pour une transition, c’est pour assainir la situation de la Guinée dans son ensemble. Il est là, c’est pour organiser des élections transparentes, crédibles et acceptées par tous. Je vois mal que les partis candidats ou futurs candidats aux élections prochaines soient dans un gouvernement de transition. Depuis le 23 décembre 2008 tous les discours qui ont été dits constituent la feuille de route pour ce nouveau gouvernement, la lutte contre la corruption, le vol, la drogue tout comme d’autres travers sociaux, doit être le combat permanent de tous les guinéens. En tant que PDG RDA, nous ne sommes pas qu’observateurs, nous avons une participation dans l’atteinte des objectifs pour le développement de la nation même si nous ne sommes pas du gouvernement.
Propos recueillis par Aly Badara Condé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
Le discours programme
Guinéens et Guinéennes,
Le peuple de Guinée a enregistré le 22 décembre 2008 à 18 heures 50 le décès d’un de ses valeureux fils, le Général Président Lansana Conté. Suite à l’organisation d’obsèques dues à son rang, le peuple et la communauté internationale l’ont accompagné à sa dernière demeure. Au nom du peuple de Guinée, je saisis encore une fois l’occasion pour adresser à sa famille et à toute la nation guinéenne mes condoléances les plus attristées. Que son âme repose en paix.
L'Armée guinéenne consciente de la gravité de la situation politique et socio-économique du pays a décidé de prendre en charge la destinée du pays sans effusion de sang. Guinéens et Guinéennes,
Le peuple de Guinée a vécu une série de crises économique et sociale sans précédent : vous en avez été les témoins.
Il vous a donné la preuve du besoin de changement qui l'anime : vous en êtes les interprètes. Notre jeune démocratie, a été mise à l'épreuve pendant ces moments difficiles, mais, grâce à la vaillante Armée guinéenne elle a retrouvé sa vitalité et démontré sa maturité : vous en serez les garants. Assurément, les Guinéens ont tenu à rejeter sans ambiguïté une pratique dépassée du pouvoir. Ils ont aussi exprimé un choix porteur d'espoir, mais pétri d'exigences.
Exigence pour l'Armée d'honorer et de respecter les engagements pris devant le peuple guinéen pendant les moments difficiles.
Exigence d'efficacité, de progrès et de maîtrise, inscrite dans la durée, par la méthode de travail que je vais assigner au gouvernement, parce qu'à mes yeux, elle conditionne l'efficience de mon action.
Exigence de compréhension, car, notre attitude à l'égard des Guinéennes et des Guinéens doit être du dialogue continu, de l'attention scrupuleuse, de la disponibilité constante.
Exigence de changement enfin, car l'avènement du CNDD a été approuvée par les Guinéens parce qu'elle leur paraît le mieux à même d'incarner leurs aspirations et à amorcer un changement précis, dont il importe de tracer les contours.
L'histoire de notre pays a vu se succéder des phases de confiance et des moments de doute. Le chemin suivi fut incertain, douloureux parfois, exaltant. Chacun de nous sent qu'aujourd'hui nous traversons une période de difficultés. Il nous faut les surmonter. J'entends à cette fin me saisir pleinement de mes prérogatives pour redonner à notre pays une chose précieuse entre toutes et qui, pourtant, lui a progressivement échappé : un sens - pour conforter son identité et son image mises à nul - et une orientation - pour aboutir à un véritable progrès socio-économique.
Aux Guinéens et aux Guinéennes que vous êtes et qui, au-delà des frontières nous écoutent, je propose un pacte :
- Un pacte fondé sur la préparation des conditions idéales d'organisation des élections libres et démocratiques afin de garantir des libertés individuelles et la solidarité nationale.
- Un pacte de développement économique et social fondé sur la valorisation du travail et la reconnaissance du mérite.
Aujourd'hui, tirant les enseignements de notre expérience du passé, il convient de faire retour à l'esprit d'honnêteté et de solidarité, c'est un état d'esprit.
Cet état d'esprit, il nous faut le conforter chez tous les Guinéens qui servent la nation afin de rétablir les règles de l'éthique et de la morale.
De la base au sommet de l'Etat, du fonctionnaire au ministre, une seule façon d'être, d'agir et de décider, doit prévaloir : celle du service de la nation. Nous sommes des citoyens responsables de l'Etat au service des Guinéens nous leur devons compte, nous leur rendrons compte. C'est ainsi que l'Etat peut être véritablement l'expression de la nation guinéenne.
La nation guinéenne est non seulement la réalité vivante à laquelle nous sommes tous attachés, mais surtout le lieu où bat le cœur de la démocratie, l'ensemble où se nouent les solidarités les plus profondes. Elle reste le cadre naturel des réformes essentielles dont notre pays a besoin.
Sans attendre, le gouvernement, sous la direction du Premier Ministre, Chef de gouvernement, doit mettre fin à certaines situations intolérables et inextricables, qui résultent des pratiques actuelles qui ont conduit à la détérioration du tissu économique et à la crise sociale dans notre pays.
Guinéens et Guinéennes,
Le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) s'est engagé à travers un programme de réformes politiques, sociales, économiques et financières, à redresser l'économie nationale, moraliser la vie sociale et moderniser l'administration de notre pays. C'est dans cette optique que je me propose de vous livrer dans les grandes lignes notre vision sur le devenir de notre nation.
Guinéens et Guinéennes,
Le CNDD a hérité d'une situation caractérisée par des indicateurs macroéconomiques qui sont au rouge et dont on ne peut donner qu'une valeur approximative à travers le diagnostic qui suit :
- Un important déficit budgétaire,
- Une forte progression des dépenses publiques
- Un secteur des entreprises parapubliques et des sociétés minières inefficace qui présente globalement des résultats négatifs,
- Une réglementation minière légère et défavorable à l'accroissement des revenus de l'Etat et à une croissance soutenue,
- Une politique de bradage systématique des actions de l'Etat dans nos sociétés minières,
- Un déficit de la balance commerciale due à une baisse des exportations se traduisant par une diminution sensible des réserves de changes et une dépréciation de la monnaie nationale.
- Une pratique d'exonérations abusives entraînant des manques à gagner importants des recettes intérieures.
- Une dette extérieure importante dont le service est mal assurée du fait du manque cruel de devises.
- Un chômage endémique des jeunes entretenu par une administration publique vieillissante et dépassée.
- Une corruption généralisée et des détournements importants de deniers publics.
Face à cette situation difficile doublée d'une crise internationale, il est impérieux de prendre des mesures correctives dans les meilleurs délais.
Dans ce cadre, j'ai décidé de créer et de rattacher directement à la Présidence de la République, un Ministère du Contrôle d'Etat afin qu'il procède dans les prochains jours, à un audit approfondi de la gestion publique, identifie les coupables de malversations et mettre en recouvrement les montants éludés, sans préjudice des poursuites pénales qui en découlent.
Aussi, la révision des accords et conventions minières doit être engagée en accord avec les partenaires et dans l'intérêt de toutes les parties. Des actions seront entreprises par le gouvernement dans les meilleurs délais afin de résoudre le problème d'approvisionnement des populations en eau et en électricité.
Guinéens et Guinéennes,
L'Etat doit être impartial. Cet impératif s'appliquera aux nominations individuelles qui seront décidées, mais, au-delà, il inspirera l'ensemble des comportements individuels et collectifs des responsables publics. L'Etat doit être plus proche des citoyens, plus accessible, plus efficace.
Guinéens et Guinéennes,
La crainte de l'avenir se fait toujours plus forte. C'est cette spirale qu'il faut briser. C'est ce changement-là que les Guinéens attendent. C'est à cette aspiration que nous voulons répondre. Là encore, l'action du gouvernement s'inscrira dans la durée.
- dans le sens du développement et de la croissance, d'une part,
- dans le sens de la solidarité et de l'égalité, d'autre part.
Trouver sa place dans la société, c'est d'abord avoir un emploi, aujourd'hui, l'emploi est notre priorité. Pour faire reculer le chômage, nous devons retrouver une croissance durable et imaginer ensemble un modèle de développement plus solidaire et plus riche en emplois. Certes la croissance ne se décrète pas elle se prépare, elle se gagne. Nous n'y parviendrons pas seuls. L'atonie de la croissance est un problème que nous examinerons avec nos partenaires au développement notamment le FMI, la Banque Mondiale, l'Union Européenne et les autres partenaires multilatéraux.
C'est dans cette perspective que nous réaffirmons notre volonté de réaliser à brève échéance, la réforme de la Banque Centrale et la mise en œuvre d'une nouvelle politique monétaire restrictive combinée à une politique budgétaire rigoureuse.
Nous devons réunir les conditions d'une croissance plus vigoureuse dans notre pays.
Pour engager cette politique, il faut d'abord connaître l'état réel de nos comptes publics. Nous procédons à leur évaluation. Les informations déjà reçues laissent penser que la corruption et les détournements de deniers publics ont atteint un seuil préoccupant et qu'il faille les traiter avec dextérité.
J'ai déjà mon attachement à la stabilisation économique et à la réforme fiscale car la fiscalité intérieure et la fiscalité de porte ont fortement fait les frais d'importantes exonérations injustifiées qui ont obéré les finances publiques. Mon objectif est de mettre un terme à ces pratiques et de fiscaliser progressivement le secteur informel tout en réduisant le nombre des impôts.
Pour favoriser cette option et arriver à une justice sociale, il faut moins taxer les revenus du travail et supprimer les privilèges indus dont bénéficient d'autres catégories de revenus. Nous passerons progressivement à la généralisation de la sécurité sociale à la Fonction publique et à toutes les autres catégories d'emploi qui ne sont encore pas affiliés.
Pour soutenir la croissance, il faut une fiscalité plus favorable à la consommation et à l'investissement. Je demanderai au Premier Ministre d'intégrer ces perspectives.
Désormais, toutes les marges budgétaires disponibles seront consacrées à encourager les créateurs d'emplois et d'activités, à renforcer la solidarité nationale et à soutenir les couches sociales les plus fragiles.
Guinéens et Guinéennes,
Je m'engage à mettre en œuvre ces différentes réformes, sans délai, dans les directions suivantes :
L'agriculture et la sécurité alimentaire. Un programme rizier sera mis en place dans le pays afin d'atteindre une autosuffisance dans la production locale du riz. Il sera appuyé par une action d'investissements dans toutes les localités aptes à la riziculture avec bien entendue l'assistance et l'expertise de nos partenaires au développement. La Guinée dispose de tous les atouts naturels pour ne pas continuer à rester dépendante de l'importation de riz. En concertation avec les organisations internationales, le gouvernement conduira les travaux nécessaires à l'élaboration d'une loi d'orientation sur l'agriculture. Dans le même esprit, une stratégie de recherche des investissements agricoles et aides sera poursuivie en vue d'une grande équité dans leur répartition. Le gouvernement poursuivra avec détermination la politique d'installation et d'appui aux jeunes agriculteurs
L'énergie, l'eau et les télécommunications. Le déficit énergétique, celui de l'eau et des télécommunications sont les conséquences de deux faits conjugués : la mauvaise gestion des ressources humaines, techniques et financières et l'absence d'un cadre réglementaire approprié. J'engagerai un programme de privatisation des trois entreprises qui gèrent ce secteur à compter du mois de mai 2009, les Ministres en charge de ces secteurs prendront toutes les dispositions afin que les dossiers soient présentés à temps pour un appel d'offre internationaL.
Les Mines. La Guinée est un pays qui possède les plus grands atouts miniers lorsqu'on compare son potentiel minier à sa population actuelle. Cependant des conventions particulières ont été signées pour l'exploitation de ces mines contre l'intérêt du peuple de Guinée. La quasi-totalité des sociétés minières se sont servies de ces conventions pour abuser des ressources de notre pays avec, bien sûr la complicité de certains membres du gouvernement et cadres du Ministère des Mines et de la Géologie. Cette situation a conduit à la captivité de nos mines et à la sclérose des revenus importants attendus de ce secteur. Aujourd'hui ces conséquences se chiffrent en centaines de millions de dollars de manque à gagner pour le Trésor public guinéen ; c'est pourquoi, je m'engage à procéder à la révision du Code Minier et des Conventions Minières en vigueur. Cette action sera précédée d'un Audit technique, financier et fiscal des Sociétés Minières sur les cinq dernières années et ceci par l'entremise de Cabinets de réputation internationale. De même, la gestion des infrastructures minières fera l'objet d'un bilan détaillé par le Ministère des Mines afin que l'on apprécie objectivement la capacité financière de ces immobilisations et partant, que l'on mette en place un organisme qui en assurera la gestion efficace en partenariat avec des actionnaires et investisseurs étrangers.
L'éducation. Les Guinéens doivent à présent bénéficier d'une couverture sanitaires adéquate et de soins de santé de plus en plus performants. La nécessité de la vulgarisation des soins de santé auprès de toutes les couches sociales reste une priorité du gouvernement. Ce défi m'oblige à prendre en compte tous les aspects du problème qui se rattache aussi bien aux infrastructures et équipements hospitaliers qu'à la formation des médecins. Je m'engage à mettre fin aux pratiques médicales illicites qui coûtent la vie à plusieurs Guinéens par an.
Les infrastructures routières. Un nouveau programme d'investissements routier va être élaboré par le Ministre des Travaux publics avec comme toile de fond le tracé d'une autoroute transnationale à péage et le bitumage des voies d'accès aux principales Préfectures de la Guinée avant la fin 2010. L'entretien routier sera décentralisé au niveau de chaque Préfecture pour faciliter la réalisation des voies secondaires et rapprocher la gestion financière à son objet. Toutefois, la responsabilité des entrepreneurs, et des Bureaux de Contrôle sera désormais engagée pour les dix (10) années qui suivent la réalisation.
L'emploi. La priorité est de créer beaucoup d'emplois en Guinée. C'est la raison d'être de toute l'action gouvernementale. C'est à la fois une exigence immédiate et une œuvre de longue haleine. Tout salarié ayant travaillé 30 ans devrait pouvoir cesser son activité dans des conditions satisfaisantes. Très vite, l'Etat ouvrira une négociation avec les organisations syndicales et patronales pour élargir les possibilités existantes afin de donner des meilleures garanties de retraites et faciliter l'accès des jeunes aux emplois publics et privés. L'emploi doit surtout bénéficier aux jeunes. Quel avenir se donne une société lorsque ses enfants ne peuvent s'insérer dans la vie professionnelle après leur scolarité !
Je m'engage à lancer un programme dénommé emploi de « 10.000 jeunes » qui va répondre à cette priorité absolue. Le Premier Ministre, en liaison avec les autres Ministères concernés et les Sociétés publiques, parapubliques et privées, sous l'impulsion et avec l'aide de l'Etat, seront mobilisés pour que les engagements pris soient tenus. Il faut, dans le même temps, entamer une amélioration significative du niveau des salaires en privilégiant les employés de plus de (20) ans de service qui sont proches de la retraite.
Relations internationales. Au-delà de notre espace national, changer notre avenir, c'est aussi prendre part à l'avenir du monde. Il nous faut partout agir en faveur des droits de l'homme et de la démocratie. La Guinée se doit d'être la voix de ceux qui en sont privés. Rappelons avec force la valeur universelle des droits fondamentaux de la personne humaine. Le gouvernement procédera à un réexamen attentif de tous les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme en vue d'y adhérer. Je voudrais ici rendre hommage à tous ceux qui, militaires, diplomates, médecins ou simples volontaires de l'action humanitaire, contribuent - comme encore tout récemment au moment de la grève générale des syndicats - à la protection des nos populations et à la sauvegarde des droits de la personne. C'est par notre engagement dans le respect de la personne que nous forcerons l'admiration et la collaboration des grandes puissances de ce monde.
La coopération pour le développement. Notre coopération doit désormais avoir pour vocation le développement et la croissance économique éclairée, elle s'appuiera aussi pour ce faire sur les organismes internationaux et régionaux, notamment le FMI et la Banque Mondiale, l'Union Européenne, l'Union Africaine, la CEDEAO, l'UMEOA et les pays ACP. Mais la Guinée engagera l'indispensable réforme de son dispositif de coopération que cette nouvelle ambition appelle.
Défenses et sécurité. La sécurité, la production de notre communauté et de nos intérêts nationaux constituent l'ambition première de notre défense. Notre Armée est un pilier essentiel de l'édifice républicain dans l'exercice de cette mission, mais aussi en raison des nombreuses actions d'intérêt général qui lui sont confiées. Je vais engager un processus de professionnalisation de l'Armée guinéenne ainsi que l'obligation du service militaire pour les étudiants en fin de cycle.
Guinéens et Guinéennes,
En m'adressant à vous, je mesure le poids de ma responsabilité personnelle et de celle de mon gouvernement. Cette responsabilité, je l'accepte, je la revendique même, car elle est au cœur de la relation démocratique et citoyenne que j'ai voulu nouer avec les Guinéens. Mais je tiens à en préciser les termes
J'entends dire ici ou là que, selon une expression connue, « nous n'avons pas le droit à l'erreur ». Telle n'est pas ma conception, ni mon langage. Nous serons confrontés à des problèmes et à des situations très difficiles, dont l'appréciation et la résolution comporteront des risques et des incertitudes. Ce que les Guinéens attendent de nous, ce n'est pas le discours artificiel et lénifiant de la certitude : c'est la conscience de nos engagements, c'est la fidélité à nos objectifs, c'est l'authenticité de notre parole, c'est l'explication sans faux-fuyants de nos actes.
Nous sommes un peuple adulte, mûri par les épreuves, désireux d'entendre, de comprendre le langage de la vérité. Je serai toujours prêt au dialogue, toujours attentif aux critiques d'où qu'elles viennent, pourvu qu'elles soient inspirées par l'intérêt national. Je négocierai sans doute mais je ne me laisserai pas dévier de mon but.
Guinéens et Guinéennes
Telle est notre vision du devenir de la nation guinéenne. La tâche n'est pas facile, mais elle n'est non plus impossible, car je suis convaincu qu'avec votre soutien et votre engagement nous pouvons réussir ce programme du CNDD dans l'intérêt supérieur de notre pays.
Je vous remercie.
Vive le CNDD, Vive la République.
Conakry, le 14 janvier 2009
Source : Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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