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Au plus fort de la crise en Guinée, j’avais écrit un article intitulé : « A LA RECHERCHE DU SOLDAT DE LA DEMOCRATIE ».
A la lecture de cet article, il est aisé de se rendre compte, que ma conviction [comme de nombreux observateurs avertis, ainsi que la majorité des Guinéens] était que : « Seule la fraction républicaine de l’armée pouvait sauver notre pays du chaos », à l’instar de Amadou Toumany Touré au Mali ou de John Jerry Rawlings au Ghana.
Après une analyse sans complaisance de la situation du pays depuis la mort de Lansana CONTE, on peut se demander si le CNDD n’a pas usurpé le pouvoir à la véritable fraction républicaine de l’Armée ?
Pour répondre à cette interrogation, une série d’observations s’impose :
1 - Il est incompréhensible de voir le CNDD et son Président rendre un hommage appuyé à feu Lansana Conté, en sachant pertinemment qu’il fut un Président cupide, cruel et oppresseur du peuple de Guinée. De surcroît, il est démontré qu’il était le parrain des cartels de la drogue, qu’il avait installé les mafieux au palais présidentiel « Sékoutouréyah », avec l’appui de sa famille, d’une partie de l’Armée et de la Police, de certains hauts fonctionnaires véreux, avec des complices zélés dans tous les rouages de la société, y compris les commerçants analphabètes qui se croient devenus des « faiseurs de roi ».
2 - En usurpant le pouvoir en déshérence, le CNDD savait que Lansana Conté avait déclaré devant témoins, que ni les Officiers supérieurs, ni son dauphin constitutionnel, ni les leaders politiques n’auront le pouvoir en Guinée. Dès lors, le coup d’Etat était prévisible en Guinée. Et, on se réjouit qu’il n y ait pas eu de perte en vies humaines. Mais le scénario était déjà tracé par Lansana Conté. Au fond, DADIS n’a été qu’un exécutant testamentaire.
3 – Personne n’ignore que feu Lansana Conté et son système politico-mafieux ont légué au CNDD un pays exsangue, ruiné, pratiquement aux enchères, sous la coupe réglée des narcotrafiquants dont les ramifications remontent jusqu’au sommet de l’Etat fictif et Prédateur. Le CNDD dans sa volonté d’assainir, doit faire le ménage en son sein, pour donner de la crédibilité à son action. La « lutte » contre les narcotrafiquants est-elle une mise en scène ou une réalité ? Bien malin qui pourra répondre avec certitude.
4 – On s’interroge sur la stratégie du Président du CNDD qui imite les traces de son prédécesseur, en immolant des taureaux en plein jour à tous les grands carrefours de la capitale. Ce qui rappelle étrangement les pratiques de Lansana Conté. Pourquoi ?
5 - Le CNDD dans sa volonté d’arracher toute la mauvaise herbe profondément enracinée dans le terreau social et politique du pays, ne devait épargner personne, y compris la famille de Conté. Car, certains prédateurs se déclarant hommes politiques, aspirent à la magistrature suprême. Quelle ignominie ? Lorsqu’on sait, qu’ils appartiennent à cette espèce de parasite criminel, responsable du désastre Guinéen.
6 – L’amélioration des conditions de vie des Guinéens passe par le Développement. Et, le CNDD s’est approprié le mot « DEVELOPPEMENT», jusque dans son sigle. Cette intention est louable. Mais, le Développement suppose obligatoirement le respect de la règle de droit de jeu et reste conditionné par 3 préalables à savoir :
- Une bonne gouvernance,
- Une population bien formée et en bonne santé,
- Un cadre favorable à l’Investissement.
Ce qui permet d’affirmer que le problème du Développement ne peut pas être résolu, par de simples incantations. Il serait opportun que le doyen Ansoumane Doré ou mon ami Mamadou Billo Sy Savané y apportent un éclairage particulier.
7 – C’est la pratique de la règle de deux poids deux mesures. Parce qu’il est inadmissible d’entendre le Capitaine DADIS dédouaner Lansana Conté de ses crimes, en disant qu’il avait été trompé par son entourage, et en sachant qu’il était l’incarnation même du mercantilisme, de l’égoïsme et de la misère du Peuple. De telles déclarations mettent à mal, sa volonté de faire le nettoyage, en oubliant aussi que le poison pourri par la tête.
Hélas ! La Guinée est le pays des grands rendez-vous manqués. Des discours et toujours des discours creux qui ne sont en réalité que de fausses promesses.
C’est certainement ce qui a amené l’archevêque de Conakry, Monseigneur Vincent Coulibaly, à déclarer après sa visite au CNDD : « Vous savez, les promesses du début sont toujours alléchantes, mais il faut attendre la suite…»
Le Président du CNDD sera-t-il ce soldat de la démocratie tant attendue ? Ou tentera-t-il de conserver le pouvoir, comme ses frères d’armes Robert Guei de la Côte d’Ivoire ou encore Ibrahima Baré Maïnassara du Niger, dont on connait les fins tragiques ?
La problématique Guinéenne est toujours dominée par la question du leadership. En effet, c’est bien connu qu’un « Peuple sans modèle » est une masse sans orientation, ni ambition. Son avancement est laissé au courant des vagues dangereuses des alternances et son évolution se trouve entre les mains des flagorneurs.
Des comités de soutien surgissent « spontanément », ici et là. Par conséquent, il n’est donc pas surprenant de constater que depuis son accession à l’indépendance, la Guinée évolue dans cette atmosphère, qui est dominée par l’incivisme, l’inconscience et l’irresponsabilité érigée en système de gouvernement. Pourtant, il est généralement admis que toute Société Humaine [de la famille à la nation entière] a forcement besoin de « modèles » qui façonnent son mode de vie, dirigent son comportement et bien sûr, orientent son développement.
Mais malheureusement pour les Guinéens, ils sont tombés depuis l’indépendance, dans les filets de « mauvais modèles » : c’est-à-dire des charlatans de la pensée, des fanatiques politiques et des vampires économiques. Et c’est à juste titre que Montesquieu disait : « Lorsque Dieu, dans sa colère, veut châtier les peuples, il permet que les flatteurs se saisissent de la confiance des chefs».
Actuellement, la Guinée se trouve véritablement à la croisée des chemins.
Cependant, nous devons avoir à l’esprit, une évidence à savoir que : « Les peuples qui n’ont pas compris leur histoire, sont condamnés à la revivre».
Mais, il ne faut pas oublier que le monde a changé et la Guinée aussi. Les évènements de Janvier-Février 2007 ont prouvé, s’il en était besoin, que plus rien ne sera comme avant.
Il s’agit pour notre pays d’en finir définitivement avec la mauvaise gouvernance, les crimes crapuleux, les humiliations permanentes et toutes sortes de violations, pour lui permettre de bâtir un véritable Etat de Droit, pour en finir une fois pour toute, avec « le temps des fripouilles » pour prendre le titre du bestseller écrit par Sako Kondé.
Le Président du CNDD, au regard des évènements, joue le rôle d’ELIOT NESS dans le film « Les Incorruptibles ». Car, il a commencé le nettoyage partiel des écuries d’AUGIAS. Pour sa crédibilité, son action ne doit pas toucher qu’une frange des antivaleurs, en ignorant les autres, alors qu’il est démontré qu’ils sont responsables au même titre que leur parrain Lansana Conté, de la déchéance du pays. Et si le parrain dont parle Ousmane Conté, se trouvait au sein même du CNDD ?
Pour être ce soldat de la démocratie tant attendu par tous les guinéens, le Capitaine Moussa Dadis doit nécessairement rompre avec le système Conté, et surtout, tenir sa « parole d’officier » que ses nouveaux étranges « amis » lui demandent de renier.
Ainsi, les maux qui gangrènent la société guinéenne étant diagnostiqués, il lui suffit de s’en tenir au débat engagé avec les forces vives et les compatriotes de l’extérieur pour mener à bien une transition apaisée.
En reconnaissant que les guinéens non résidants sont des citoyens guinéens comme les autres, il a marqué une différence qualitative d’avec ses prédécesseurs. Sa démarche est inclusive alors que celle de Lansana Conté visait à opposer les guinéens, du simple fait que certains vivent en dehors des frontières de notre pays.
Mais le CNDD court des risques en s’étant entouré de flagorneurs, avec leur cohorte de mouvement de soutien et autres, dans le dessein inavoué de profiter des balbutiements et de l’incohérence à son sommet, pour s’offrir une virginité politique et continuer, dans la plus parfaite impunité, l’œuvre de destruction de feu Lansana Conté. Ce qui serait une restauration dramatique aux conséquences incalculables.
Nous savons tous que l’histoire est le récit véridique des évènements passés, donc, tôt ou tard, chaque acteur de la tragédie guinéenne, à l’instar des criminels nazis, répondra du rôle qu’il a joué dans la tragédie du peuple de Guinée.
Pourquoi ? Parce qu’en réalité, le tribunal de l’histoire est impitoyable.
Docteur Abdoul Baldé, (Rouen) France pour www.guineeactu.com
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