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« Un militaire sans formation politique est un criminel en puissance » dixit Thomas Sankara.
Nous savons que la politique se définit comme la relation entre les hommes, se manifestant dans le cadre d’une société organisée.
C’est aussi, dit-on la saine appréciation des réalités. Elle a pour objet, la reconnaissance totale de l’homme par l’homme. Ce qui signifie qu’elle préconise l’égalité entre tous les hommes. Par ailleurs, la politique a pour autre objet, la détermination de ce qui est bon et utile pour la société. Elle détermine en fin les rapports entre gouvernants et gouvernés.
Etant membres à part entière de la société guinéenne et vivant les mêmes réalités que les populations de ce pays, peut-on dire que Dadis et ses compagnons d’armes du CNDD, ignorent ces principes qui doivent guider tout homme politique ? Je ne le crois pas.
Les membres du CNDD, malgré certaines lacunes ou certains dérapages, inhérents à tout apprentissage ne sont pas incultes politiquement pourrait-on affirmer car, ils ont la même ambition de sortir ce pays du gouffre dans lequel l’ont plongé les deux précédents régimes.
Ils dénoncent et combattent les mêmes travers sociaux comme le ferait tout homme politique responsable et patriote s’il se retrouvait à la tête de ce pays. Mais, l’essentiel pour ces hommes, est avant tout de respecter leurs engagements. A savoir la lutte contre la corruption et l’assainissement des finances publiques et de l’administration, la lutte contre les narcotrafiquants et la grande criminalité, la desserte en eau et électricité de la capitale et éventuellement de tout le pays, la restauration d’un véritable Etat de droit à l’issue d’élections crédibles ouvertes à tous. Vaste programme dira-t-on pour une transition. C’est d’ailleurs le lieu de se demander si Dadis sera candidat à la prochaine élection présidentielle ?
Pour les observateurs avertis, tout porte à le croire. Avec la nomination aux postes stratégiques de personnes acquises à sa cause, bien que certaines de ces personnes soient des opportunistes, création de mouvements de soutien plus ou moins spontanés de la part de jeunes et femmes qui lui demandent d’être candidat afin disent-ils de sauver la Guinée. A l’aune de ce constat, c’est aussi le moment de se demander si Dadis en a le droit. D’aucuns se basent sur ses multiples déclarations au cours desquelles, il rejette toute idée de vouloir se présenter, pour lui dénier ce droit. Mais nous savons que les promesses d’un homme politique n’engagent que ceux qui y croient. Sékou Touré ne disait-il pas que sa parole n’était pas une montagne ? C'est-à-dire qu’il peut dire une chose les jours pairs et le contraire les jours impairs.
D’autres aussi soutiennent qu’ayant préservé ce pays de la guerre civile et par conséquent ayant le sens des responsabilités et l’amour du pays, il est le mieux indiqué pour combattre les tares qu’il stigmatise à longueur de temps.
Les partis politiques, les syndicats et la société civile sont-ils de cet avis ? Loin s’en faut.
Eux ne demandent qu’une chose à Dadis ; organiser une élection crédible à laquelle il ne participera pas et passer le relais à un président démocratiquement élu. Ce bras de fer qui s’annonce entre Dadis et les Forces Vives, ne va-t-il pas nous mener à une situation extrême ? Se voyant dénier tout droit à la magistrature suprême, Dadis ne va-t-il pas engager des audits plus ou moins ciblés contre certains adversaires tandis que d’autres se verront forclos à cause de leur âge ? Bien malin qui pourrait y répondre ! En tout état de cause, ce qu’il faut à la Guinée en ce moment, c’est un dialogue franc et sincère entre tous les acteurs politiques, afin de faire des compromis de part et d’autres. Tout cela, sous le regard critique de nos populations qui ne veulent plus et qui ne peuvent plus être bernées par un loup qui se présente en agneau.
Tous, nous le savons, ont pour ambition, si l’on s’en tient à leurs discours, de faire le bonheur de cette population. Si tel est le cas, pourquoi ne pas se donner la main et capitaliser ces intelligences politiques et intellectuelles, pour sortir notre pays de cette misère incompréhensible et inexplicable dans laquelle il est depuis cinquante ans ? Former un Gouvernement d’union nationale dans un véritable esprit patriotique, sans conflit de leadership, pour donner aux guinéens qui leur font confiance et qui sont prêts à leur confier leur destin, le bonheur auquel ils aspirent depuis un demi de siècle. Ce faisant, on réconciliera les Guinéens et on mettra en confiance la communauté internationale, quant à l’avènement d’un Etat de droit et d’une véritable démocratie. Les Guinéens seront-ils capables d’un tel sursaut patriotique et salvateur ? A tous les coups l’avenir nous édifiera.
Elhadj Aliou Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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