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« Il ne faut pas déshonorer la loi qu’imposent les dieux » (Le Coryphée dans « Antigone » de Sophocle)
Ce n’est pas une question de morale, de droit humanitaire, ni de chauvinisme. C’est un principe de droit universel. C’est le droit des peuples à disposer de leurs criminels. Même ceux qui sont passibles de crimes contre l’Humanité, comme M. Dadis Camara. « Dadis ne doit pas rentrer en Guinée au risque d’une guerre civile », ou « Dadis transféré à une résidence privée, sous haute surveillance… ». On croit entendre le roi Créon, de la célèbre tragédie grecque ou Ramsès II le Nègre !
Le droit d’ingérence ne relève pas du droit positif, et le droit humanitaire qui le fonde ne relève que d’une certaine éthique des relations internationales. Et il y a un principe général de droit qui dit bien « no poenia sine legi », pas de peine qui ne soit prévue par une règle de droit. Les latinistes corrigeront mon latin de réminiscence.
Nous savons gré à la communauté internationale d’avoir condamné le carnage du Stade et d’avoir dans une enquête approfondie, identifié la plupart des criminels et leurs principaux commanditaires. Nous souhaitons ardemment qu’elle mette en œuvre les procédures juridiques prévues pour les faire passer devant les tribunaux prévus pour cela. Pour autant, je récuse les « procédures » rampantes, celles-là mêmes qu’on reproche aux bandits sans foi ni loi qu’il faut juger. Je suis profondément choqué par la méthode Noriega, ce hold-up du siècle dernier qui nous est revenu à la mémoire lorsqu’on a vu un Saddam Hussein extirpé d’un trou de rat, hirsute, marchant quelques jours après, dignement si je puis dire, vers le gibet dressé par une force étrangère. Les quelques centaines de saints ont dû se retourner dans leurs mausolées éparpillés des deux côtés du Tigre. (1)
Nous sommes de la génération de ceux qui ont vu la « fabrication » de Saddam par une certaine Amérique, qui, après avoir aidé la SAVAK et le Shah d’Iran à museler les fondateurs d’une des plus vielles civilisation du monde, était heureuse d’aider le cancer à terminer l’ancien ami devenu encombrant, quelque part vers les berges du Nil. Elle avait fort à faire avec un certain Ayatollah devenu « ami » de nos amis de l’Hexagone qui l’avaient accueilli en banlieue parisienne. Mais Khomeiny comme le Mollah Omar d’Afghanistan savent les tours pendables du Grand Satan. Ben Laden était bon pour jouer les marionnettes anti soviétiques, et Saddam pour contrer « l’intégrisme » d’un Khomeiny. Des millions de morts et des milliards de pétrodollars pour sauvegarder des intérêts géostratégiques, au terme de huit ans d’une atroce guerre entre peuples qui n’avaient vraiment rien l’un contre l’autre.
Saddam méritait d’être pendu par son peuple. L’Occident devait l’y aider. Je dis l’Occident, ce qui peut paraitre court, mais la planète est devenue unipolaire. La guerre froide est loin derrière le mur effondré de Berlin. L’Oncle Sam d’Obama ne ressemble pas à l’Amérique de Reagan. La France sarko-kouchnérienne n’est pas tout à fait la Françafrique de Foccart. L’UA et la CEDAO du Groupe de contact se sont assurément démarqués depuis l’affaire Dadis, des réflexes de ce syndicat de Chefs autoproclamés, souvent intronisés après des élections soviétiques, si ce n’est après des coups d’Etat. J’ai, ailleurs, rappelé le silence coupable, voire bavard de nos amis lors des élections frauduleuses qui ont émaillé les 24 ans du règne de Lansana Conté.
Les cris d’indignation unanimes des mêmes risquent de ressembler à des cris d’orfraie si l’on déploie le scénario qui se profile à l’horizon. Sékouba Konaté, de plus en en plus encouragé par nos amis, est en train de s’installer « tranquillement ». M. Konaté qui se trouve en « bonne » position sur la liste des responsables directs ou indirects des horreurs du Stade. De deux choses l’une. Ou bien on diligente les procédures et actions commencées et alors notre intérimaire devra interrompre son « coup d’Etat » et aller répondre de son silence coupable, ou bien on cherche un autre intérimaire et on cesse de prendre le peuple de Guinée pour des singes pleureurs. J’emploie cet exécrable vocable qui nous conduit vers cette guerre civile qu’on ne veut pas voir venir. Je dis tout haut ce que les satellites et les (dés)informateurs du Système d’écoute mondialisé savent très bien. Les « Forestiers » de nos faubourgs disent que les Peuls ont laissé Sékou Touré faire d’eux des Navetanes depuis leur « complot ». Ils ont laissé Lansana Conté faire d’eux « la Partie Utile du Parti » (PUP). Voilà que pour une fois que le Pouvoir est entre leurs mais, les Peuls retrouvent des accents unitaires dans la rage à contrer leur « fils ». D’ailleurs ajoutent certains « forestiers lambda », actuellement, c’est la chasse aux mangeurs de singes hors des entrées-couchers de nos faubourgs largement aux mains des propriétaires et coxers peuls croient-ils.
« Jamais !», lancent-ils, « nos miliciens sont là, venus de Koulé et d’ailleurs pour empêcher cela. »
Et ce ne sont pas là des propos d’illuminés de tambanya. Le rapport de HRW mentionne bel et bien des quartiers à forte concentration peule ciblés par nos troufions en mal de boucs émissaires du « Notre tour ».
« Lansana Béavogui, mangeur de singe. »
« Gbago Zoumanigui, mangeur de singes. »
« Eugène Camara, mangeur de singes. »
« Ca suffit ! »
Ici aussi je dis fissa, les ricanements qui égayent les soirées dans certaines chaumières ou certains salons cossus de Guinée et d’ailleurs.
Pour faire court, je dis que Dadis doit revenir en Guinée pour que les militaires se disent ce qu’ils ont à se dire. Ce sont eux qui l’on désigné. Ils doivent eux-mêmes nous dire clairement ce qu’ils pensent du carnage du Stade. Dadis ne doit pas disparaître comme cela. Sékouba Konaté et les autres hauts gradés de la hiérarchie doivent dire haut et fort ce qu’ils pensent du séjour de Dadis au Maroc, de son retour au pays. A commencer par celui qui est censé avoir pris sa place. Après tout M. Konaté ne fait qu’assurer l’intérim. Il n’y aura pas besoin d’un référendum pour savoir si le peuple a le droit de réclamer ce qui reste de son auguste criminel. Pas besoin d’avoir lu Sophocle pour savoir que ce droit est au-dessus des lois humaines, seraient-elles redevables du droit international humanitaire.
Je ne doute pas des bonnes intentions du French Doctor, ni de celle de Tonton Sam. Mais si nos amis veulent prouver leur sincérité, qu’ils aident nos acteurs politiques à rentrer au bercail, en sécurité, pour mettre en place les organes d’une transition sécurisée. J’ai beau tourner et retourner cet adoubement précipité de Sékouba Konaté, je ne puis refouler l’idée opportuniste qu’on redoute le retour de M. Dadis parce que cela risque de mette les bâtons dans les roues d’un service intérimaire décidé par-dessus la tête du peuple de Guinée. Evidemment, le silence assourdissant de certains « acteurs politiques » nous amène à nous poser la question qui fâche : Qui a armé Toumba ?
Bonnes fêtes, wa Salam !
Saïdou Nour Bokoum
Note 1 : lieux saints scrupuleusement inventoriés par les autorités militaires étrangères que les troupes
devaient respecter.
Lire plus, lire mieux Voir www.manifeste-guinee2010.org
www.guineeactu.com
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