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Je souhaiterais attirer l’attention de mes chers compatriotes sur le danger potentiel qui pourrait découler d’une éventuelle participation de la junte au pouvoir aux prochaines consultations électorales dans notre pays la Guinée. Mon propos ici n’est pas de dénier au Chef de la Junte ou à tout autre membre du CNDD le droit de solliciter le suffrage des Guinéens, mais plutôt de souligner que ceux qui soutiendraient une candidature de Moussa Dadis CAMARA aux futures élections présidentielles sont en train de commettre la plus grosse erreur politique et ce pour des raisons que je me propose d’évoquer tout au long de cet article. Mon analyse se basera essentiellement sur des exemples des histoires récentes de la vie politique africaine. J’inviterais alors ces inconditionnels supporteurs connus ou anonymes du CNDD et de son chef de prendre du recul et réfléchir à nouveau, pour leur propre intérêt et celui de notre nation toute entière.
Ainsi, aider Dadis ou simplement le laisser réaliser son rêve machiavélique de s’éterniser au pouvoir serait une erreur catastrophique pour la Guinée et les Guinéens et ce pour des raisons qui suivent.
Tout d’abord, je rappellerai quelques faits me paraissant importants et non négligeables. Ainsi lorsque la présidence a été volée par M. Dadis et ses amis délinquants au lendemain de la mort du président Lansana Conté, il avait publiquement promis d'organiser les élections présidentielles dans un délai de 1 à 2 ans. Il a en outre déclaré sur Radio France Internationale (RFI) : « Je n'ai jamais eu l'ambition du pouvoir, je n'ai pas l'ambition d'être un candidat à l'élection présidentielle ».
Après environ huit mois d’exercice maladroit du pouvoir, on constate malheureusement un changement de ton et d’attitude du nouvel homme fort de Conakry.
Ainsi, si sa première promesse {organiser des élections} paraît être sur le point d'être honorée, sans grande conviction d’ailleurs, tous les signes récents émanant du CNDD et de son chef - propagande populaire, campagnes de soutien, déclarations publiques, intimidations, arrestations, détentions extrajudiciaires, etc. - sont de nature à faire douter les Guinéens les plus optimistes quant aux motivations réelles des dirigeants actuels en Guinée, notamment de leur volonté politique de respecter leur promesse tenue au peuple, celle de ne pas participer aux élections et de rendre le pouvoir à un Président démocratiquement élu par les Guinéens. Cette crainte des Guinéens est d’autant plus évidente que de mystérieuses associations propagandistes et autres formes de soutien en faveur du maintien au pouvoir du CNDD poussent comme des champignons. Il en est ainsi du soit disant MDDR (Mouvement Dadis Doit Rester). Récemment, dans une entrevue avec les médias, Dadis lui-même avait déclaré que sa candidature est « dans les mains de Dieu ». Il avait ensuite ajouté « Si je me présente, personne ne pourra me juger. La communauté internationale ne pourra pas me juger, aucune justice ne pourra me juger ». De tels propos ne peuvent que corroborer le scepticisme des millions des démocrates à travers le monde, soucieux de l’avenir de la Guinée. Il serait donc maladroit de confier le destin d’un pays à un individu qui n’a aucun respect de la parole donnée, pire encore celle d’un supposé « officier » de l’Armée.
Ensuite, si on faisait un rapprochement entre la situation guinéenne et celle de la Mauritanie, on relèverait une potentielle similitude, c'est-à-dire un président élu qui se ferait renverser par son mentor d’hier et ce dernier organisant des consultations qu’il remporte forcément et que la communauté internationale valide, au mépris du choix réel des électeurs. Si Dadis décide finalement de se présenter, ce qui est très probable d’ailleurs, il gagnera forcément (par voie de corruption et mascarade). Il peut aussi faire élire un candidat de son choix et par la suite le renverser avant de se faire légitimer par des semblants d’élections, à l’image de la Mauritanie. Dans l’un ou l’autre des cas quelles seraient alors les chances de la Guinée de sortir de l’ornière ? Certainement très minces ou simplement nulles, au vu des résultats de ces quelques mois aux commandes de la junte, car les conditions de vie des Guinéens se détériorent de jour en jour.
En essayant de donner des éléments de réponse à cette question, je rappellerai également l'histoire de certains de pays voisins de la Guinée, où des régimes corrompus avaient été renversés par des officiers subalternes. C’était le cas du Liberia voisin avec un certain sergent Samuel Doe dont on se souvient encore, soit pour avoir vécu les faits et soit, comme c’est mon cas, pour les avoir appris. L’examen approfondi de ce passé non lointain permet de relever qu’entre le Capitaine Dadis Moussa Camara et le Sergent Samuel Doe, il y a des similitudes inquiétantes. Ainsi, à l’instar de Dadis, lorsque le sergent Samuel Doe a pris le pouvoir au Libéria, après avoir suspendu la constitution, il avait promis d'éradiquer les maux de son pays dont la corruption et le retour rapide à un régime civil cinq ans au plus tard (1985). Comme Dadis, le sergent Samuel Doe a été protégé par un puissant chef d’Etat d’alors de la région, dans son cas le célèbre Ahmed Sékou Touré (aujourd’hui Abdoulaye Wade pour Dadis). J'espère que c'est là où s'arrêtera la similitude car, en 1985, le sergent Samuel Doe en tant que président de NDPL (Parti démocratique national du Libéria) a été élu avec une majorité de 51%. Ceci lui a permis de diriger son pays d’une main de fer sans partage. Son régime était caractérisé par une dictature ethnocentrique en faveur de l’ethnie Krahn, et la répression de l'opposition politique, en tuant tous les opposants à son régime, sous prétexte de corruption ou de tentative de putsch contre son régime. Et la suite est connue de tous car les promesses n’ayant pas été tenues, le pays a rapidement fini par sombrer dans le chaos et la guerre civile, toutes choses qui ont retardé le développement économique et détruit le tissu social, sans oublier les conséquences néfastes dans la sous-région ouest africaine. Guerre qui a mené à l’arrestation et la décapitation de Samuel Doe, mais aussi à la mort et au déplacement de millions de Libériens sur une période de 10 ans. Elle a également conduit à l'accession au pouvoir d'un autre dictateur malade du nom de Charles Taylor, aujourd’hui devant la justice internationale pour répondre des crimes de guerre et des crimes contre l’Humanité. J'étais très jeune quand cette guerre a commencée, mais je me rappelle encore des cris des mères lorsque leur fils (qui servaient dans l'armée nationale de Guinée) ont été rapatriés sans vie du Libéria. Je me souviens aussi des horreurs et humiliations qui se lisaient sur les visages des réfugiés libériens en Guinée. Maintenant, si vous avez oublié mes frères, moi je n’ai pas encore oublié.
Par ailleurs, rappelons-nous aussi du général Robert Guéï de la Côte d’Ivoire voisine, avec ses bouffonneries et sa chute subséquente dans l'enfer emmenant avec lui son pays. Les violences ethniques et régionalistes sont encore fraîches dans nos esprits. Si fraiches aujourd’hui que nul n'a besoin de lire des livres dans la bibliothèque ou d'aller sur l’Internet afin de rafraîchir son esprit. Ironiquement, comme Dadis, Gueï est arrivé au pouvoir en Décembre, le 24 Décembre 1999, pour être encore plus précis sur le cas de Gueï. Une fois au pouvoir, il a promis de « balayer la maison », il continue en déclarant, « qu’une fois que nous savons que la maison est propre et que les politiciens peuvent danser sans glissement, nous allons nous retirer après la tenue d'élections transparentes ».
Ces promesses ont été vite oubliées par Gueï, en déclarant sa candidature à l'élection présidentielle 10 mois plus tard. Je n'ai pas besoin de vous ennuyer avec les détails sur son sort et celui de sa famille, car je suis sûr que vous êtes au courant. En outre, la Côte d'Ivoire, une fois un modèle de stabilité, a été malheureusement transformée en un endroit dangereux et instable.
Finalement, mes frères et sœurs compatriotes, je vous prie de méditer sur ces quelques exemples vécus dans des maisons voisines, parmi tant d’autres d’ailleurs, avant d’encourager ou de cautionner toute tentative de conservation du pouvoir par Dadis CAMARA et son clan militaro régionaliste du CNDD. Notre devoir en tant que citoyens guinéens est de s’inspirer de ces exemples vécus par nos voisins, afin de prévenir la répétition de leur sinistre passé dans notre beau pays, que nous aimons tous ou faisons sembler d’aimer.
J’espère alors que Moussa Dadis CAMARA fera bonne exception à cette liste des tristement célèbres pouvoirs militaires parachutés au pouvoir politique par un jeu du hasard et ayant constitué des phases sombres de l’histoire politique ouest africaine!!!
Bref, comme tout autre citoyen de la Guinée, Dadis a le droit d'aspirer à la présidence de son pays. Cependant, il a volontairement et publiquement renoncé à ce droit le jour où il a porté l'uniforme de l'armée et il avait réitéré ce renoncement (peut-être sans s’en rendre compte) après que lui et ses amis eurent ramassé le pouvoir au lendemain de la mort naturelle de Lansana Conte. L’armée doit être républicaine, chargée de l'obligation de préserver la quiétude nationale, l’intégrité du territoire et les institutions gouvernementales. Dans l'exercice de son devoir, l'armée ne doit pas être partisane dans le jeu politique du pays, en particulier entre le pouvoir en place et l'opposition républicaine. Cela ne peut pas être possible si la présidence est contrôlée par l'armée elle-même. Le contrôle de la présidence par l’armée est une situation dangereuse pour un pays, notamment la Guinée où les autres institutions (législatif et judiciaire) sont si affaiblis ou inexistants.
C'est pourquoi il est préférable que Dadis respecte sa parole d’officier en laissant la politique aux politiciens. En se retirant de la scène politique, il sera respecté par les Guinéens de tout bord. Il bénéficiera d’avantages matériels et d’une protection honorable. Cependant, s’il se hasarde au contraire en écoutant les vautours et autres caméléons politiques qui gravitent autour de lui, il risquera de subir le même triste sort que les Samuel Doe, Charles Taylor, Robert Gueï, Saddam Hussein ou encore Slobodan Milosevic ou, au mieux, il subirait le jugement sans recours de la population guinéenne et de la communauté internationale.
A Dadis, au CNDD et à leurs supporteurs tous azimutes d’y réfléchir !!
Bonne lecture
Gassimou Barry, Angleterre Etudiant
www.guineeactu.com
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