vendredi 17 juillet 2009
Dadis le “chaud confusionniste” et les Guinéens
Ibrahima Diallo

Après sept mois de ‘’règne Dadis’’, il est possible de s’essayer à une analyse objective (autant que faire se pourra) de son ‘’magistère’’. Notre Dadis national s’est illustré et s’illustre en ‘’découpant ’’ et en ‘’ décalant’’ (en improvisation coléreuses et démagogiques). Si la politique était une danse, il serait le meilleur danseur de ‘’coupé-décalé’’ tant il déconcerte en terme de irascibilité et de prises de positions incohérentes. Tout comme l’autre Kouyaté, il est arrivé avec beaucoup d’espoir et une ‘’légitimité’’ populaire pour remettre le Pays sur le droit chemin de la bonne gouvernance (dans son sens large), hélas, encore une fois : déception totale ! Il manque totalement de méthodologie. Cela semble lui être une notion étrangère. Et pourtant, l’efficacité d’une armée, autant que je sache, repose sur l’art de maîtriser la ‘’ stratégie tactique’’, équivalent de ‘’méthode’’ pour les non militaires. Le Général Conté avant sa maladie semblait en avoir une au moins ; même si celle-ci reposait en grande partie sur la coercition et l’intimidation.

Après 7 mois de régime Dadis, nous sommes dans du « Conté sans Conté », pour reprendre l’expression d’Alpha Oumar Konaré mais avec la ‘’confusion politique’’ en plus : Dadis sait-il ce qu’il veut et comment l’obtenir ? La seule chose que le CNDD ait réussie avec son opération anti-narcotrafiquants est d’avoir redorer quelque peu le blason de la Guinée sur ce front sans convaincre sur sa volonté d’arriver à l’éradication du trafic de drogue dans notre pays. Autrement, comment expliquer le ralentissement ou à tempérer les enquêtes pour remonter aussi loin que possible ici et à l’étranger toute la filière ? Par contre, l’arrestation d’Ousmane Conte et le bavardage du CNDD a permis de donner une fausse perception d’action : malheureusement, la popularité est plus question de maîtrise de perceptions que d’actes concrets ! S’agiter avec du verbiage démagogique n’a jamais fait progresser un pays (1958- 1984) : cela détourne des vrais problèmes et cache l’impéritie du Pouvoir. Malheureusement, notre Dadis national est issu de la génération de « l’Homme nouveau » voulu par l’Autre (Sékou Toure alias AST) et à ce sujet, il confond ‘’patriotisme’’ et complexes de tous genres qui comprennent ceux d’infériorité intellectuelle et ‘’racial’’. D’où la tendance de certains Guinéens avec lui (ceux pour lesquels la greffe d’AST a pris) à n’accepter aucune critique ou ingérence étrangère ou considérée comme telle quand bien même elle serait constructive. On entend souvent les Lapalissade et stupidité suivantes qui dénotent une vision plutôt singulière du monde dans lequel ces Guinéens vivent : « la Guinée est la Guinée, elle est différente des autres pays » (bien sur ; comme tout pays d’ailleurs !) ou « il ne faut pas comparer la Guinée aux autres pays » (sic). Le Pays va encore payer longtemps son ‘’Non’’ de 1958 qui sert d’alibi à un nombre non négligeable d’ignorants (qui ont mal compris), naïfs et hautains pour s’auto ségréguer des ‘’Occidentaux’’ et du concert des nations qui progressent en brimant la majorité du Pays et font obstacle au progrès de la Nation ; et par la même occasion son développement et progrès économique. Néanmoins, Dadis tout comme Conte avant lui ne sont pas les seuls à blâmer. Ils ne sont que la suite logique du ‘’nettoyage ’’ d’intellectuels civils et militaires initié par l’Autre à partir de 1961, leur fuite salvatrice puis ségrégués après 1984. Encore une fois, nous feignons de l’oublier ou de l’ignorer ! Tout comme avec Conté, il est plus facile pour les critiques et opposants de prendre des raccourcis par ‘’paresse intellectuelle’’ ou par mauvaise foi en accusant les Chefs d’Etat autoproclamés (Conte et Dadis) pour tous les maux de la Guinée en occultant notre contribution active et passive (nous autres Guinéens) alors que nous sommes une part prépondérante du ‘’mal’’. En effet, dans un pays ou ‘’dignité’’ et ‘’courage’’ sont des vains mots, absents des vertus ou qualités des leaders, sans parler des élites (en général) , il est difficile de canaliser les mouvements populaires de contestation et de défiance ou de créer une émulation politique et des porte-parole dignes et courageux indispensables en démocratie : certes, le Pouvoir doit avoir de son côté la légitimité et les forces de maintient de l’ordre mais les critiques et les opposants la force des arguments avec témérité, dans la défiance si nécessaire. Parmi les leaders politiques aujourd’hui en Guinée, seul le relativement jeune Mouctar Diallo (NFD) a un langage franc, sans langue de bois, sans complaisance tactique (politicienne) ni compromission et sans offenser le CNDD. Mouctar Diallo réussit à jouer sa partition tout simplement parce qu’il a apparemment la conscience tranquille, mû pour l’instant par le bien-être du Pays plus que par ses ambitions personnelles (il a le temps de son côté) : il ne semble pas intéressé par les faveurs du CNDD. Pourvu qu’il reste serein et lucide !

L’an dernier, critiquer et tout mettre sur le compte de Lansana Conté était la norme pour être populaire sur le Net. Au point que nous (avec d’autres) qui relativisions cette analyse en incluant la grande responsabilité des autres Guinéens complices du système Conté passions presque pour des ‘’illuminés’’ qui n’y comprennent rien. Le Général est mort depuis plus de 6 mois, la situation sociale et politique est pire ! Conte avait installé la pagaille mais au moins chacun ‘’se débrouillait’’ : il fichait la paix aux gens. Par contre, le CNDD crée l’anarchie politique (avec plus de 80 partis politiques : diviser pour rester le seul recours) et entrave l’activité économique par ses volte-face et décisions arbitraires selon le caractère lunatique de son/ses chefs. Conte, au moins, n’exigeait pas par exemple qu’on applaudisse à chaque évocation de son nom. Il n’a jamais demis quelqu’un pour manque de ‘’remerciements à Conte et/ou au CMRN/gouvernement’’ comme l’a fait Dadis (Cf. Président Cour Suprême).

Tout comme sous Conte, ceux qui entrent au gouvernement semblent mettre leur fierté personnelle et surtout leur dignité d’homme/femme dans leur poche – je dirai même dans une corbeille-, au point que garder le ‘’titre’’ de Premier Ministre ou Ministre prime et transcende toutes les humiliations révélées ou publiques. Quant à nous (les Guinéens), nous endossons et répétons toutes les aberrations du Pouvoir comme qualifier le PM de chef du gouvernement alors qu’il est à peine responsable de son propre département (cf. bande sonore de Dadis contre son PM). Les « forces vives » (pour utiliser le terme consacré) ne font pas des compromis mais de la compromission avec le CNDD de Dadis pensant à tort qu’ils vont l’amadoué : Dadis sait mieux qu’eux ce qui l’arrange et a les arguments de la force de son cote ! Nous avons entendu des « père de la Nation » (sic ! Pour quelqu’un qui est né dans les années 60 alors que la Guinée existait déjà !) et « Président de la République » alors que la constitution (qui régit la république) est suspendue avec un régime d’exception (équivalent d’arbitraire car aucune entité légale ou non ne contrôle les actes et actions du CNDD). Toutes ces inepties rapidement mentionnées, finalement qui est responsable des 50 ans de politiques meurtrières, de divagations économiques puis anarchiques de la Guinée ? Pas seulement les différents Pouvoirs successifs mais beaucoup d’autres Guinéens complices actifs pour certains et passifs pour beaucoup d’autres (approbation tacite ou peur ?). Ces derniers collaborent et font même du zèle au service du Pouvoir et une fois renvoyés, nous accueillons en exile (USA principalement et Europe) comme des victimes au lieu de les acculer et de leur rendre la vie très difficile. Tant que nous ne changerons pas notre comportement hypocrite et/ ou naïf le système en Guinée se perpétuera : les mêmes causes produisent (invariablement) les mêmes effets ! Tout ‘’ collabo’’ de la répression doit être combattu pendant et après ses services rendus aux oppresseurs. Aucune dictature n’est viable et durable sans ces individus qui mangent à tous les râteliers, avec le Pouvoir puis avec le peuple une fois renvoyé.

Que faire au point où nous en sommes ?

- D’abord, n’appeler Dadis que ‘’ Chef de la junte ‘’ ou ‘’Président du CNDD’’, se mettre mentalement dans l’état d’esprit de défiance que nous avions face à Lansana Conté (après tout, Dadis revendique être son « fils » spirituel) : nous avons abdiqué en plein milieux de la bataille sans avoir acquis une position de force pendant que le camp opposé (système Conté) renforçait la sienne d’où ces 6 mois de latence et d’errance de l’opposition, encore une fois!

- Exiger de Dadis s’il veut la coopération et aide des « Forces vives » de rendre au PM (de préférence un autre avec plus de cran et d’amour propre) ses prérogatives quitte à superviser ses actions et que le CNDD se concentre sur la restructuration et assainissement de l’Armée : laisser la gouvernance de l’Etat aux civils qu’il surveillerait et qu’il s’occupe de ce qu’il maîtrise ; c'est-à-dire les militaires et assimilés et de l’intégrité territoriale du Pays. Si Dadis refuse, il faudrait le laisser tout seul avec ses amis gérer la Guinée tout en utilisant tous les moyens pacifiques à notre disposition pour le combattre.

- Appliquer les critères qui existent de création d’un parti politique pour éviter l’anarchie actuelle (plus de 80 partis) : à ce sujet, ne sommes nous pas sensés être en période de suspension des activités politiques et de la Constitution ? Pourquoi donc accepter d’agréer d’autres formations politiques si ce n’est une façon machiavélique de nuire aux ‘’grands’’ partis ? Le CNDD veut créer une pagaille et la zizanie dans l’opposition afin de rester le seul recours ! Diviser pour régner ; n’est-ce pas mon Capitaine ?

Il est certes impossible d’organiser des élections présidentielles en 2009 maintenant car il y a de nombreux préalables à régler (éligibilité, audits, etc.…) mais par contre les législatives peuvent l’être en décembre de cette année, en pis-aller, pour que les représentants du peuple s’attèlent au retour de l’ordre constitutionnel. Que les constitutionnalistes ne fassent pas le jeu du CNDD en parlant de nouvelle constitution avant toute consultation électorale !

Pour finir, il faut ajouter que l’eau, l’électricité et tout ce qui est lié au développement de la Guinée ne doivent pas faire partie de la mission du CNDD. Que Dadis se cantonne à initier les audits aussi loin qu’il veut en s’assurant que cela soit une loi avant de rendre le Pouvoir et qu’il s’occupe de son armée en l’éduquant et en la disciplinant (s’il ose ! Nous verrons alors s’il est vraiment un homme). C’est tout ce que nous lui demandons : pas de zèle ! Qu’il laisse la bonne gouvernance à ceux qui en ont la culture (s’il en existe encore au Pays), la compétence et la vocation.

Que Dadis arrête de puiser dans les maigres caisses de l’Etat pour sa politique ‘’officielle’’ et autres contingences personnelles sous prétexte de « budget de souveraineté » dont le montant est à sa discrétion. Puisqu’il parle d’audits et de transparence qu’il donne l’exemple en révélant le montant et leurs domaines utilisation.

La balle n’est plus dans le camp du CNDD maintenant que nous savons ses limites mais bien dans le nôtre, aux Guinéens qui aiment la Guinée avant eux-mêmes ! Ce qui est plutôt rare au Pays !

 

Ibrahima Diallo - ‘’Ollaid’’

 www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Ollaid, lundi 20 juillet 2009
Non! Je n`ai pas demissionne mais la lutte est "multi-forme" pour reprendre l`expression de l`Autre. De temps en temps, le silence est preferrable au verbiage. J`observe et regarde avec amusement les errements de certains sur le Net; et puis en Guinée, le temps et les conditions ne sont pas propices au Net.
conde, lundi 20 juillet 2009
Oullaid D`accord sur tout sauf a dire qu`il est impossible d`organiser les elections en 2009. Les exemples sont legions pour contre dire cela,le madagascar,le gabon,guinee bissao et j`en passe ,IL N"Y A PEUT ETRE PAS DE VOLONTE REELE pour les elections mais les contingences citees, -les Audits c`est de la diversion -eligibilte ,tout guineen l`est meme DADIS eventuelement. -l`enrollement nous sommes a plus de 70%. ceci dit il faut savoir qu`une minute de dadis au pouvoir est une marche vers le bas sur la route de l`abime etc....SA LEGENDAIRE COMPLEXE D"INFERIORITE est la pour nous orienter . le reste est tres LUCIDE.
Couleur-Tropicale, dimanche 19 juillet 2009
M. Diallo, j`aurais bien voulu dévorer votre regard critique sur le "règne Dadis" mais malheureusement ... ne me permettent pas ... le papier est kilométrique. Les textes condencés et riches sont mieux ... Soyez donc prévenus !
Moussa Konate @ Toronto, Canada, samedi 18 juillet 2009
Ollaid! j`avais cru a une demission de ta part et meme si c`etait le cas, j`aurai compris car la deception est immense mais l`espoir est encore permis. Dadis a toujours la chance de bien se retirer en organisant des elections credibles au second trimestre de 2010 (ma suggestion) et le peuple lui sera reconnaissant. Quant à Mouctar Diallo, nous devons le soutenir par tous les moyens legaux . Il incarne aujourdhui, le prototype du leader moderne, temeraire et democrate
alseny camara, samedi 18 juillet 2009
Demamdons aux jeunes universitaires pourquoi ils s`engageraient dans l`armee guineenne? Ils cherchent tous le pouvoir pour un sois disant mettre de l`ordre dans la cuisine apres 50 annees de dictature. Demander aux jeunes militaires de rendre le pouvoir aux civils alors que beaucoup de leadeurs politiques ont leurs enfants dans les rangs est paradoxale. Les guineens ne croient pas aux vertus de la democratie. Normalement apres 50 ans de dictature, avant toute chose on devait soigner les plaies. Une conference justice et reconciliation, identification de tous les charniers et les rehabilites a travers des monuments sur lesauels seront graves les noms des victimes par fosses communes.Ces grands meritent d`abord une rehabilitaion avant toute action politique ou autres. La situation actuelle est une fuite en avant, nous devons soigner nos plaies, pertes de vies des guineens par les deux regimes de terreur. Vive la Republique de Guinee.
Barry Abdoulaye, samedi 18 juillet 2009
CONTE ET SEKOU TOURE POUR MOI C`EST UNE GENERATION PASSEE. MAIS MOUSSA DADDIS CAMARA, C`EST LA NOUVELLE GENERATION. DONC DADDIS POUVAIT ETRE UN HERO NATIONAL, MAIS IL A TENDANCE A ETRE UN ROBERT GUEI, C`EST LUI MEME QUI SERA TEMOIN DE SON FUTUR PROCHE, ALORS MOI JE CROIS QU`IL A INTERET A ORGANISER LES ELECTION ET S`EN ALLER AVANT QU`IL NE SOIT TROOOPPP TARD. LE cndd PENSE QUE NOUS AVONS PEUR DE MARCHER ET DE GREVER POUR INSISTER LEUR DEPART, MAIS NOUS SOMMES TOUJOURS EN TRAIN DE LES OBSERVER, VOIR LEUR VRAI VISAGE ENSUITE TOUS LES GUINEENS SE LEVERONT POUR SAUVER LE PAYS PRIS EN OTAGE PAR UN groupe D`ASSAILLANT APPELLER cndADIS. NOUS OSERVONS TOUJOURS ET TOUJOURS
A.T. DIALLO, samedi 18 juillet 2009
Analyse tres fine, mes compliments! Le probleme de la complicite passive depuis 1958 en Guinee est toujours tabou, et pourtant la "solution" a ce probleme sera indispensable pour freiner notre descente aux enfers...
Bangaly Traore, samedi 18 juillet 2009
Dadis n`est pas en mésuré d`organiser l`armée,car la compétence n`est point en place au sein de cndd.La solution,Dadis doit partir le 13 décembre 09.
Koundouno Fatoma, samedi 18 juillet 2009
Puisse Dadis entendre le cri de ton coeur qui est aussi le mien. Dadis est dépassé par l`empleur de la situation qu`il a lui même créée. A quand le bout du tunnel?

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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