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Depuis quelque temps, l’on constate, avec une pointe d’appréhension, que le chef de la junte, capitaine Moussa Dadis Camara et les Forces vives de la nation ont soudainement cessé de voir les choses de la même façon dans le cadre de la transition politique censée marquer le retour à l’ordre constitutionnel dans le pays.
Au regard de la situation politique qui prévaut actuellement en Guinée, beaucoup d’observateurs s’accordent pour dire que le bras de fer qui vient de s’engager entre l’homme fort du pays et les Forces vives de la nation (partis politiques, organisations de la société civile, syndicats, organisations patronales, confessions religieuses, coordinations régionales) risque de s’inscrire dans la durée et d’avoir des conséquences imprévisibles, au grand dam de tous ceux qui caressaient jusqu’ici l’espoir de voir le navire de la transition guinéenne mener à bon port. Le capitaine Moussa Dadis Camara, au lendemain de sa prise effective du pouvoir, dans les circonstances que tout le monde connaît, avait clairement laissé entendre qu’il est loin d’être un assoiffé de pouvoir et que son ambition était de remettre les civils aux commandes du pays au terme d’une transition apaisée et consensuelle. Le chef de l’Etat, dans un premier temps, a promis de ne pas se porter candidat aux prochaines élections. Tout comme les membres du CNDD et du Gouvernement. Une promesse dont la plupart des leaders politiques et probables candidats à l’élection présidentielle se sont réjouis au plus haut point. Les Forces vives de la nation, dont les partis politiques sont membres à part entière, ont été invitées par la suite à faire des propositions concrètes dans le cadre strict de la transition. En mars, un chronogramme a été proposé au CNDD et à son président, capitaine Moussa Dadis Camara, lors d’une rencontre au palais du peuple. Ledit chronogramme prévoyait entre autres la mise en place du CNT (Conseil national de la transition), la tenue des élections libres et démocratiques au dernier trimestre de 2009. Mais au fil des mois, la donne politique a changé. Les élections ont été reportées finalement en 2010. Aux yeux de bon nombre d’observateurs, la candidature du capitaine Moussa Dadis Camara ne ferait plus l’ombre d’aucun doute. L’on assiste de plus en plus à la prolifération des mouvements et autres manifestations pour demander au chef de la junte, avec insistance, de se porter candidat à l’élection présidentielle. Une perspective qui n’est pas de nature à enchanter tout le monde en Guinée, surtout les leaders politiques qui ambitionnent légitimement de s’asseoir dans le fauteuil présidentiel. Dans une déclaration rendue publique le 23 août, le Forum des forces vives, dont les partis politiques sont membres, s’est ouvertement prononcé contre une éventuelle candidature du capitaine Dadis à la prochaine élection et a rejeté le CNT dans sa composition actuelle. Le 31 août, les Forces vives ont décidé de boycotter la rencontre convoquée par le chef de l’Etat au palais du peuple. La question que beaucoup se demandent maintenant est celle de savoir jusqu’où ira ce bras de fer entre l’homme qui préside présentement aux destinées de la Guinée et les leaders politiques qui caressent l’espoir de lui succéder à la présidence de la République. Le capitaine-président Moussa Dadis Camara ne rate plus aucune occasion pour remettre en cause, de façon implicite, le patriotisme et la légitimité de ceux qui se réclament des Forces vives de la nation, pour le meilleur et pour le pire.
Mamy Dioubaté Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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