dimanche 4 janvier 2009
Dadis face aux diplomates : On a frisé l’incident
Moussa Dadis Camara

Lors de la rencontre qu’il a eue mardi dernier à la Primature avec les diplomates accrédités en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara a plaidé pour une compréhension de la Communauté internationale. Seulement, le ton est monté par endroits avant que la tension ne retombe.

Comme une hystérie sécuritaire

Mardi 30 décembre. Il est 12 heures 30 mn à Boulbinet, Commune de Kaloum. Les grilles de la Primature et du Petit Palais arborent encore le portrait du général Lansana Conté dont la photo est également accrochée sur le mur de la salle de conférence de la Primature. Dehors, on est déjà impressionné par le déploiement impressionnant de bérets rouges dont certains sont postés en snippers sur les bâtiments situés aux alentours. Aucun détail n’est laissé au hasard quant à la sécurité du chef de la junte militaire qui officie en Guinée depuis le 23 décembre dernier, date du coup d’Etat perpétré par le Conseil national de démocratie et de développement (CNDD). A 13 heures 15 mn, le capitaine Moussa Dadis Camara entre dans la salle de conférence de la Primature sous une forte escorte militaire. Mais au paravent, le Sous lieutenant Jean Claude Pivi grinçant de ses gris-gris avait pris soin d’ausculter le siège réservé au nouveau président guinéen, en le soulevant et en l’agitant dans tous les sens sous le regard hébété de la batterie de diplomates accrédités en République de Guinée. L’ambiance frisait donc l’hystérie sécuritaire. Le nouvel homme fort de Guinée qui enfile une jaquette vert olive, salue ses invités d’un garde-à-vous, ôte ses lunettes noires et son béret rouge. Mais, le capitaine Moussa Dadis Camara n’en a pas fini avec ses conciliabules avec ses hommes de main qui lui soufflent des choses à l’oreille.

Dadis sollicite la compréhension du chef de la junte

A 13 heures 30 minutes, le modérateur du jour situe la rencontre dans le cadre « d’une prise de contact avec les diplomates accrédités en vue d’une meilleure compréhension de la situation après le décès du général Lansana Conté le 22 décembre dernier ». Au moment de passer la parole, c’est un bien étrange invité qui entre dans la salle. En effet, accompagné de l’ex-ministre de la Défense Almamy Kabélé Camara, l’ex Premier ministre, le Dr Ahmed Tidiane Souaré qui arbore un complet trois poches est relégué au dernier rang à la loge officielle. Suivra une minute de silence à la mémoire du général Lansana Conté. A présent, le capitaine Moussa Dadis Camara prend la parole et salue la disponibilité des diplomates accrédités en Guinée. Il assure que le CNDD qui a pris le pouvoir par une « autre voix que les urnes » réalise la portée de la responsabilité qui découle de son acte. Il est parfaitement au courant des condamnations de la Communauté internationale qui rejette la prise du pouvoir par la force. Mais, le président de la République invite les diplomates à tirer leur propre conclusion quant à la situation de la Guinée. Pour lui, la Guinée n’était pas loin du spectre de la guerre civile à cause de la déconfiture des lois. Une situation dont les dirigeants ne se souciaient pas, dit-il, faisant se remuer dans son fauteuil le Dr Ahmed Tidiane Souaré. « Notre pays ne mérite pas cette situation », martèle-t-il. D’autant que, ajoute le capitaine Dadis, l’exemple de détermination donné par la Guinée il y a 50 ans n’a pas donné le résultat attendu à cause des classes dirigeantes. Parlant du défunt président, il dira que le peuple et les diplomates ont été témoins du combat du général Lansana Conté contre la maladie qui avait affecté ses fonctions présidentielles durant les cinq dernières années. Selon lui, les falsifications de décrets, les détournements de deniers publics, le caractère éphémère des gouvernements étaient entre autres, la preuve de l’inaptitude du président à accomplir sa mission. « Nos institutions républicaines sont restées inertes malgré les appels du pied faits par le peuple à travers des manifestations de rue sévèrement réprimées », affirme le capitaine Moussa Dadis Camara. Il accuse d’ailleurs ces institutions d’avoir violé la constitution guinéenne de façon répétée.

Plus loin, le chef de la junte en Guinée a réitéré l’intention du CNDD d’organiser des élections crédibles. « Nous n’avons été formés pour la gestion du pays mais pour éviter l’instabilité et le désordre », marque-t-il. Jurant que c’est un serment de soldat que les membres du Conseil national de la démocratie et du développement respecteront. « Nous allons conduire la transition dans les meilleurs délais », prome-t-il aux représentants des pays amis et des institutions internationales. Avant de demander « votre contribution » pour la réalisation de cet objectif. Le capitaine Dadis Camara est convaincu que « les sanctions ne sont pas la solution. Accompagnez-nous » plaide-t-il. S’agissant des élections, s’il est conscient que cette question polarise l’attention des leaders politiques, il ne manquera pas de souligner que les conditions d’organisation sont plus déterminantes que le vote lui-même. Interpellant l’Union Européenne, le Fonds monétaire international (FMI), l’Union africaine et la CEDEAO auxquelles institutions il renouvelle l’attachement de la Guinée, le président de la République leur demande de les « juger à la tâche ». «Notre disponibilité à dialoguer avec vous est totale. J’espère que ce message recevra l’attention de nos partenaires qui en tiendront le plus grand compte », a conclu le capitaine Dadis. Qui, aussitôt, arbore ses lunettes et serre la main à ses invités sous l’œil et l’haleine du Sous-lieutenant Jean Claude Pivi. Des échanges et puis, le capitaine invite le public à se rassoir pour une partie de questions réponses. « Je suis ouvert à vous », dit-il aux ambassadeurs.

Une pointe de colère chez le capitaine Dadis

Et dans la foulée, c’est la Chargée d’affaires de l’Ambassade des Etats-Unis qui veut connaître la date exacte des élections. « Je réitère que nous avons pris le pouvoir pour organiser des élections. Il n’est pas question de s’éterniser au pouvoir. Ça peut-être dans 3 mois, 6 mois. En fait, ça dépendra du peuple, des pauvres populations », indique le chef de la junte militaire.

L’Ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone M. Jean-Michel Berrit a, pour sa part, lu la déclaration de l’Union Européenne qui condamne toute prise du pouvoir par la force. L’UE souhaite que les élections législatives et présidentielles aient lieu au plus tard au premier semestre de l’année 2009. Il est question également que le CNDD soit élargi aux civils et aux religieux estime les 27 pays membres. Quant aux membres du CNDD et du gouvernement, l’Union Européenne pense qu’ils ne doivent pas être candidats à ces élections. La réponse du capitaine Moussa Dadis Camara tombe comme un couperet dans la salle de conférence de la Primature. « L’UE peut condamner la Guinée ? En vertu de quoi ? Elle devrait plutôt nous remercier parce qu’on a pris le pouvoir sans effusion de sang. L’Union européenne est-elle supérieure aux aspirations du peuple ? Vous avez vu la population dans la rue. Nous avons respecté la mémoire du défunt président à travers les obsèques. Au contraire, vous devez nous aider à mettre en place les principes démocratiques. » a-t-il martelé sur un ton empreint de colère. Quant à l’Ambassadeur d’Allemagne en Guinée, il a insisté sur le fait que cette déclaration engage toute l’UE et que c’est une « réaction positive et une offre de coopération ». Le capitaine Moussa Dadis Camara qui a rappelé avoir passé sept (7) ans en Allemagne, un pays qui a été détruit lors de la seconde guerre mondiale et qui, grâce à la conscience et au patriotisme est devenue aujourd’hui une grande puissance. Montrant du doigt l’ex Premier ministre, il a affirmé que les dirigeants trouvés en place n’ont pas été inquiétés. « Il faut alléger les sanctions. Si vous sanctionner le peuple, l’histoire pourrait condamner. Encouragez-nous En nous sanctionnant, vous allez endurcir le désespoir du peuple de Guinée. On ne restera pas au pouvoir. On veut éviter la guerre. S’il n’y a pas de structure, dans trois mois, le pays va se déchirer. L’Europe ne connaît pas l’ethnocentrisme mais l’Afrique y est imbibée, enracinée », déclare le capitaine Moussa Dadis Camara. La rencontre s’est terminée sur un échange non moins important entre le nouveau président guinéen et la représentante du Système des Nations Unies, le représentant de la Banque islamique de développement (BID) et l’émissaire de la junte au pouvoir en Mauritanie.

Talibé Barry
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Oumar Bah, dimanche 4 janvier 2009
L`Europe ne connait pas l`ethnocentrisme? Et les conflits entre Wallons et Flamands en Belgique, entre Serbes et Albanais au Kosovo, le conflit au Pays Basque? Que les Africains arrêtent donc de se singulariser et de se minimiser par rapport aux autres êtres humains!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011