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Le peuple de Guinée, son pays et sa nation, sont face à leur destin, tandis qu’un homme, Moussa Dadis Camara, est face à l’Histoire. L’histoire nationale, mais aussi l’histoire universelle.
En effet, on ne peut entrer dans la mémoire des hommes que si l’on peut se fondre positivement dans le devenir de son pays. C’est l’une des leçons que l’Histoire, au sens de l’étude du passé, du présent et du futur, nous donne. Seule la compréhension de cette dimension ternaire du temps, permet à l’homme politique de s’inscrire dans l’universel.
Dadis, pourra-t-il transcender ces paramètres et réussir ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’aura pu faire ? Sera-t-il celui qui rejoindra, de son vivant, nos grands résistants, en œuvrant à l’instauration de la démocratie ?
Nous sommes, toutes et tous, engagés dans le chemin de la réussite ou de l’échec de la nouvelle ère qui s’ouvre en Guinée. Je veux dire que la responsabilité nous incombe et, d’un côté comme de l’autre, aucun écart, aucun faux pas ni aucune erreur n’est permise. La réussite de Dadis ou son échec seront collectif !
Bien sûr, l’Histoire retiendra beaucoup plus la responsabilité du président du CNDD que celle du peuple qu’il dirige. Autant dire qu’il est plus que quiconque, exposé au jugement des générations futures parce que, si la mémoire de temps retient l’action des peuples, elle impute les échecs à leurs dirigeants.
Dadis, devrait tirer les leçons de ceux qui, avant lui, ont manifesté de bonnes intentions pour se révéler, par la force des choses, en cauchemar du peuple qu’ils ont tourmenté et bafoué. Pour éviter de suivre les pas de ces prédécesseurs, y compris ceux qu’il semble affectionner le plus, il doit pouvoir provoquer la rupture. Il doit savoir que les peuples n’ont cure de promesses et de grandiloquence. Qu’ils n’ont aucun scrupule à reléguer le sauveur d’hier dans l’anti-chambre des dictateurs, et d’en faire des accidents de l’histoire.
Certains actes posés par le Président du CNDD font entrevoir sa volonté de rupture. Ce serait très malhonnête de ne pas le lui reconnaître ! Sûrement, très peu préparé à la magistrature suprême, il a droit à des circonstances atténuantes, à une certaine indulgence. Cependant, sa volonté pêche d’un côté ! Le plus sensible étant le manque de cohérence dans les propos, et le défaut d’engagement ferme. Ces erreurs devraient être rectifiées.
Ces conseillers devraient s’y atteler, en lui imposant des discours moins improvisés et plus affinés. Cela est d’autant plus nécessaire, qu’un chef n’a pas forcément besoin de crier pour faire prévaloir son point de vue. Sauf, et je n’ose le croire, si le Capitaine n’écoute pas ses conseillers, ou qu’il ne soit entouré que de béni oui-oui, comme dans bon nombre de cours africaines !
Mon souci : les initiatives du président Dadis sont souvent faites d’improvisation et de mesures à la va-vite, comme s’il ne consultait personne. Comme s’il n’avait pas une vingtaine de conseillers. (Sic)
Ainsi, lors de sa rencontre du 9 février 2009 avec les forces vives de la nation, il n’a pas hésité à se lancer dans des jugements de valeurs, en établissant un distinguo entre les différents leaders de l’opposition guinéenne.
Par ses propos, le Président du CNDD a indexé les mauvais leaders au profit des bons : ceux qui n’ont pas été membres des gouvernements Conté. Cependant, il ne s’est pas soucié de savoir si on leur avait fait une proposition dans ce sens ? Il a omis de dire que lui-même a servi l’homme pour lequel il condamne les autres. N’est-ce pas paradoxal ?
L’armée guinéenne, à laquelle il appartient, était aux ordres de Général-Président, tout comme les anciens membres des gouvernements successifs. Il n’y a donc pas lieu de glorifier les uns sous prétexte qu’ils ont refusé ce qu’on ne leur a pas offert, et blâmer les autres d’avoir servi celui dont il exécutait lui-même les ordres.
Ces incohérences résultent, à mon sens, du défaut de préparation. A l’improvisation. Faut-il savoir qu’on ne devrait improviser, que dans un texte ou un discours préparé d’avance ?
En tous les cas, en prenant position en faveur des uns au détriment des autres, le Capitaine Moussa Dadis prend le risque de ne plus être considéré en responsable de tous les guinéens, mais, plutôt, en sympathisant des leaders en question. En se mêlant, volontairement ou non, aux débats des partis politiques, il instaure un climat de suspicion, d’autant plus qu’on l’accusait d’être très proche de certaines personnes auxquelles il a rendu hommage. Ces maladresses qui auraient pu être évitées, mettent dans l’embarras admirateurs, conseillers et autres citoyens qui croient en la bonne foi du Capitaine et à sa neutralité.
Le Président de la république ayant, de manière délibérée, choisi le dialogue ouvert avec les forces vives, devrait se garder de tout quiproquo, de tout jugement et de toute intention sujette à controverse. Ses conseillers ne pourront jamais justifier, aux yeux de l’opinion nationale et internationale, les futurs faux pas ou les maladresses à répétition de celui auquel le peuple place son espoir.
Les prises de position intervenant au moment où certains partis politiques engrangent de très nombreuses adhésions, sèment d’autant plus le doute. Dans l’avenir, la neutralité devrait être de règle, pour laisser le peuple de Guinée choisir librement ses futurs responsables. Ainsi, la victoire des uns ne sera pas l’échec des autres. Ce ne sera pas la revanche des mauvais sur les bons ou les méchants.
Indexer un leader politique, quel qu’il soit, risque d’être comme de la provocation, de la volonté de dénigrement et d’intimidation. Pire, une campagne à peine voilée de mettre hors jeu certains leaders ou éventuels candidats non déclarés aux futures échéances électorales.
Enfin, faut-il rappeler que toute Guinéenne et tout Guinéen a le droit de se présenter au mandat électif de son choix. Qu’il appartient au peuple, et à lui seul, de choisir, dans le secret des urnes, la manière de le sanctionner.
Le Président devrait mettre en avant le sens de l’histoire, et tirer une fois de plus, les leçons de ses prédécesseurs. Il a été, comme beaucoup de Guinéens de sa génération, le témoin de la fin des deux anciens présidents. Qui ne saurait y entrevoir un conseil ou une morale qui enseigne qu’un bon départ ne préserve pas d’une mauvaise fin ?
Je disais, dans l’un de mes récents articles : « le Capitaine Dadis devrait avoir peur de sa propre ombre. » Je voulais attirer son attention sur le fait que le pouvoir grise, et qu’on n’est jamais à l’abri « des bons amis » : ces vieux caïmans de la politique qui enlacent avant de dévorer !
Espérons que les prochaines rencontres avec les forces vives seront sous l’auspice de la neutralité, et apaiseront les inquiétudes qui commencent à naître. On peut y croire en ce sens que le président du CNDD a souvent montré sa promptitude à reconnaître ses erreurs, et semble témoigner de franchise dans le recadrage des choses.
Les cas de la descente arbitraire chez le Président de l’UFDG, des erreurs d’audits concernant certains entrepreneurs économiques, des explications publiques avec quelques membres du CNDD, semblent empreintes de bonne foi.
Toutes ces preuves pourraient augurer une future neutralité du Président de la République dans le combat entre partis politiques guinéens, et conduire à des élections libres et transparentes !
Lamarana Petty Diallo
pour www.guineeactu.com
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