lundi 7 septembre 2009
Dadis et les politiques : l’histoire d’une idylle mal perçue !
Thierno Fodé Sow

Dès le lendemain de la prise du pouvoir dans la rue, la première démarche pour le chef de la junte a été de tendre la main à la classe politique et de l’inviter souder les rangs. Un geste, du reste bien apprécié par l’opinion qui n’avait même pas encore fini de pleurer la mort du Président-paysan. Pour tous, c’était le début d’une longue histoire d’amour entre les leaders politiques et les nouveaux maîtres de Conakry.

Mais en fait, ce n’était pas de l’amour à proprement parler, mais une idylle bien maquillée, donc mal perçue par l’ensemble de la classe politique. Laquelle est d’ailleurs toujours vue par le capitaine Dadis Camara comme une grande menace pour le fauteuil. Mais en fin stratège incompris, le chef de la junte harangue les leaders politiques. Il les voue tout le respect digne de leur rang. Il les grandit devant les cameras de la télévision guinéenne. Tout le monde applaudit, tellement que le geste est singulier ; rare comme un aveugle-né.

Chaque leader s’est vu plus grand, plus proche, plus aimé et adulé par le nouveau chef de Conakry. On se mue alors en un sérieux panier de crabes. Les rangs de la classe politique sont rompus. On exacerbe la division et la suspicion. Comme pour renouer avec les vieilles habitudes. Ces tares congénitales acquises sous le défunt régime.

Comme si cela ne suffisait pas pour affaiblir la classe politique faite de loups qui se mangent entre eux, le capitaine Moussa Dadis Camara, lui continue son offensive de charme dans ce fameux milieu politique. Son terrain de prédilection ? Le palais du peuple et son arsenal de lumières et de cameras. Le nouveau chef de la junte guinéenne en gros bavard rend un hommage appuyé à certains grands leaders ; ignorant d’autres et pas des moindres. D’où l’écart creusé et la rancœur dans le ventre des autres.  

Sidya, Alpha, Jean-Marie, patriotes ; Cellou, ... les parias


« Aujourd'hui, Sidya Touré, Alpha Condé, Jean-Marie Doré, n'ont plus rien. Ils ont investi tout ce qu'ils avaient en politique à cause de leur patriotisme ». Cette appréciation du capitaine Moussa Dadis Camara, sincère certes, a provoqué en revanche une levée de boucliers tant au sein de la classe politique elle-même qu’au niveau des observateurs. Ce penchant affiché du chef de la junte pour ces hommes politiques a du coup dangereusement affecté l’équilibre de la classe politique, déjà minée par des querelles intestines datant de Conté. Peut être inhérentes à toute activité politique.

 

Cette opposition traditionnelle inspire plus qu’elle n’affectionne le Capitaine Dadis. « On a toujours véhiculé vos idées lorsque nous étions à l’Université », argumente t-il devant des leaders peu sincères entre eux. En étant ainsi très sensible à la paupérisation de ces leaders, le président autoproclamé s’est fait des amis, en même temps des ennemis.

 

De quoi le renforcer dans sa position de président de la République en quête de légitimité d’abord auprès des siens, ensuite au niveau de la communauté sous régionale et internationale. En fait, ceux qui ont été portés au pinacle devaient le soutenir, en contrepartie. Pendant ce temps, les sorties fracassantes de Dadis à l’encontre des gestionnaires des affaires publiques sous Conté subissent les sauts d’humeurs et autres attaques peu subtiles. Mais aucun nom n’est donné.

 

Seulement, tout le monde savait de qui il s’agissait. Et pour arrondir les angles, comme par enchantement, le capitaine lâche du lest lors d’un ‘’dadishow’’ avec le groupe de contact international, en prononçant le nom d’un autre leader qui venait de rentrer dans l’arène : Cellou Dalein Diallo. Surprise dans la salle de spectacles du Palais du peuple : « Quand j'ai vu M. Cellou Dalein Diallo, avec ses militants dans l'enthousiasme à la télé, j'étais vraiment content ». D'interminables cris d’approbation se sont saisis de la salle.

 

Cette profession de foi dénote de fait, que les relations entre les deux hommes semblent se normaliser. Et pour faire le politiquement correct, Dadis se fait remarquer lors des funérailles de la mère de Cellou Dalein Diallo. Ce paria d’antan semblait revenir dans le cœur du capitaine stratège. Dadis enchaîne sous les applaudissements nourris : « Je ne braquerai jamais une arme contre un leader. Le jour où je le ferai, je demande à tout le peuple de Guinée de se soulever pour me chasser du pouvoir », jure la main sur le palpitant le capitaine Dadis. Cellou a dû, là où il était assis, inspirer et expirer en un tour de bronches. Comme pour conjurer les vieux démons à l’origine de son angoisse.

 

Et Lansana Kouyaté dans tout cela ? « Il est venu me voir. Il voulait son agrément. Je lui ai dit d'attendre le retour du ministre qui était en mission. Il aura donc son agrément », a rassuré Dadis. D’ailleurs ce diplomate  reconverti en homme politique s’est vite introduit au QG de la junte. Connu et reconnu pour son rapprochement et son soutien manifeste à la junte, Lansana Kouyaté, le leader du PEDN a vite changé l’ordre établi : notamment lors du boycott des forces vives.  Véritable partisan de 2010, cet homme devait absolument penser à implanter son parti avant toutes autres élections.

 

Pendant ce temps, l’angoisse gagne du terrain chez Mamadou Sylla (UDG), l’autre témoin de la fureur de Dadis vis-à-vis des pillards de l’économie nationale.  C’est ainsi qu’il y a eu des partisans pour 2009 (ennemis de la junte) et ceux de 2010 (partisans de la junte).  

 

L’horizon s’assombrit...

 

Que ce soit l’un ou l’autre groupe, le chef de la junte, conscient de la tentation de l’instrumentalisation ethnique, a pour sa part appelé à l'unité, tout en avertissant qu' « un leader politique qui fonde sa politique sur le régionalisme et l'ethnocentrisme n'est pas indiqué pour diriger le pays » qui, selon lui, « a été déchiré depuis plusieurs années par le tribalisme ». Les politiques sont davantage avertis.

 

En tous les cas, les Guinéens, - longtemps incapables de tirer les leçons du passé pour mieux comprendre le présent afin de mieux s’organiser pour la victoire du bien sur le mal - fatigués de leur classe politique, aspirent à voir émerger enfin une nouvelle génération de leaders. Comme le cas du jeune Mouctar Diallo, nouvelle recrue de la politique certes, mais incarnant les espoirs les plus fous de toute une génération.  Si, bien entendu, le virus de ses aînés ne le prenne pas à la fleur de l’âge.

 

Ce qui est sûr, la classe politique actuelle semble complètement détraquée. En effet, personne d’entre eux n’a bien compris le dessein du chef de la junte. En lieu et place d’un combat civilisé pour le retour à l’ordre constitutionnel, ils se mettent à se donner des coups de pattes, à opter pour la politique « du pays vide », à soutenir prestement la politique du CNDD, etc. dont on évoque déjà la naissance d’une formation politique appelée PNR. Pendant ce temps, les médias d’Etat leur sont bannis (radio et à la télévision guinéennes), les radios privées interdites de débats politiques par le CNC.

 

Que reste t-il alors à la classe politique guinéenne ? Rien si ce n’est pas se regarder et ressasser des souvenirs. Le chef de la junte, lui l’invite à voir autrement les choses: « Venez (NDLR : les leaders politiques) me consulter, je vais vous donner le secret de la politique et de la gestion du pouvoir ». C’est dire que les leaders politiques avaient eu tort au départ de jubiler. Ils rivalisaient de lyrisme, exultaient et applaudissaient la junte. Sans jamais se soucier que la plupart des apprentis sorciers qui avaient soutenu dans les années 60 Mobutu et Eyadéma, en croyant pouvoir ensuite prendre leur place, ont fini par être liquidés, au propre ou au figuré.

 

C’est sur ces champs de ruines abandonnés par tous les « faux combattants »’ pour la démocratie, que le Parti national pour le renouveau (PNR), la formation politique de la junte (?) entend prospérer, en reconquérant le terrain... miné. « Mais il resterait de cette volte-face, comme quelque chose de malsain, comme un arrière-goût de malaise, d’inachevé, d’amertume même, car on se rappellera toujours que Dadis avait promis, et qu’il a failli à sa promesse. On garderait toujours en mémoire qu’il avait dit qu’il ne se présenterait pas, et qu’il avait juré qu’il tiendrait promesse. Et on se demanderait alors si, en dépit ou malgré les apparences, on peut vraiment faire confiance à un homme qui s’amuse à penser noir, alors qu’il vote blanc », explique un commentateur étranger. Quoiqu’il en soit, Dadis, président ? On vous l’aura dit.



Thierno Fodé SOW

 

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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