jeudi 19 mars 2009
Dadis et les politiques : ça gaze - sous réserve !
Thierno Fodé Sow

Des signes évidents de rapprochement ! C’est ainsi qu’on pourrait résumer un pan du discours du chef de la junte. Le capitaine Dadis Camara, au cours de sa rencontre publique, au palais du peuple, a encore tendu la main aux leaders politiques. Un geste devenu coutumier. Mais cette démarche ne veut nullement dire que les imprudents ne seront pas châtiés, au strict respect de la loi.

En interpellant la classe politique guinéenne, sur la nécessité de souder les rangs, le chef de la junte sait de quoi il parle. La prolifération des partis a en effet, toujours exacerbé les divisions. La plupart des formations se sont construites sur une base ethnique.

À l’exception du comateux Parti de l’unité et du progrès (PUP) du défunt président Lansana Conté, qui bénéficiait de l’appareil d’État et de moyens financiers importants, ainsi que de l’Union des forces républicaines (UFR), les autres formations font en général le plein de leurs voix dans la communauté d’origine de leur dirigeant.

Ainsi, la base électorale du Rassemblement du peuple guinéen (RPG) d’Alpha Condé est malinké, celle de l’Union pour le progrès et le renouveau (UPR) est peuhle, tandis que les fiefs de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG) et du Parti du peuple de Guinée (PPG) sont en Guinée forestière. C’est une vérité de La Palisse.

Après donc vingt-six ans d’ambiance du genre et de dictature, sans aucun réel effet positif escompté, à part une plus grande liberté politique et d’expression qui a donné lieu à des relations difficiles entre le pouvoir et l’opposition, capitaine Dadis Camara, pense qu’il est temps d’inverser la tendance. Sans jamais oublier de rappeler que les politiques aux mains sales seront châtiés selon la stricte application de la loi.

Cellou Dalein Diallo sur la voie du compromis ?

Cette fois-ci, un fait inédit a été observé lors du Dadishow avec le groupe de contact international : une œillade des plus enchanteresses à l’endroit de Cellou Dalein Diallo, le leader de l'UFDG. Ce geste est hautement significatif, à l’heure même, où il y a de l’eau dans le gaz entre cet ancien ministre et le CNDD. Ce, depuis que des éléments incontrôlés (?) sont allés inquiéter le leader politique chez lui, à la recherche d’armes et de mercenaires.

Et comme si cela ne suffisait pas, Cellou Dalein semblait déranger, à cause de sa longévité (synonyme d’enrichissement illégale) dans les gouvernements qui se sont succédé sous le régime de Conté. Ce cauchemar pour l’enfant de Dalein est-il en train de s’estomper comme beurre au soleil ? La question mérite d’être posée, tant l’homme politique était inquiété depuis le passage en début d’année, d’un certain Commandant Aidor Bah, chef de file d’éléments dits incontrôlés.

Pour sa part, le capitaine Dadis a encore marqué des points : çà gaze … dans la nuance avec Cellou Dalein Diallo. Et pour le démonter, le capitaine a d’abord rassuré qu’il ne va jamais braquer une arme contre un leader politique. « Le jour où je le ferai, je demande à tout le peuple de Guinée de se soulever pour me chasser du pouvoir », jure la main sur le palpitant, le capitaine Dadis. Cellou a dû, là où il était assis, inspirer et expirer en un tour de bronches. Comme pour conjurer les vieux démons à l’origine de son angoisse.

Ensuite, le chef de la junte de sourire et de redonner la force au trouillard, aujourd’hui en deuil, suite à la disparition de sa maman : « Quand j'ai vu M. Cellou Dalein Diallo, avec ses militants dans l'enthousiasme à la télé, j'étais vraiment content ». D'interminables cris d’approbation se sont saisis de la salle. Cette profession de foi dénote de fait, que les relations entre les deux hommes semblent se normaliser. Le chef de la junte a, en outre, invité les leaders politiques de le considérer comme un frère.

En brisant ainsi les barrières militaro-administratives, la porte de la Présidence « est grandement ouverte », à Cellou de l’essayer et d’en prendre le pouls. Surtout que son cauchemardesque visiteur – en fin de funestes pérégrinations – du début de l’année, se trouverait en un lieu sûr.

Les autres leaders politiques, eux, ne se font même plus prier, pour rallier à tout va, le QG du CNDD, qu’ils avaient déserté depuis la triste désillusion, faisant suite à la composition ‘’sans consultation’’ du gouvernement Komara : nombreux leaders s’attendaient à appartenir à l’équipe gouvernementale. Mais ceci est une autre histoire.

Le chemin du QG est donc dégagé aujourd’hui. Mais Super Bobo, avec son français approximatif mais très pointilleux dans les situations économiques, émet des réserves quant à l’excès de confiance dont ces leaders-là jouissent : « Est-ce qu'il n’y a pas de narcos parmi les candidats aux élections? », s’interroge Super Bobo, avant d’alerter : « Le pays serait ingouvernable, si des narcos prenaient le pouvoir ».

Quoiqu’il en soit, le leader de l’UFDG est, pour l’instant, remis en scelle. En attendant de répondre à d’éventuels audits, appelés de tous leurs vœux par certains leaders politiques d’une redoutable adversité.

Opposition : ces symboles du dénuement…

« Aujourd'hui, Sidya Touré, Alpha Condé, Jean-Marie Doré, n'ont plus rien. Ils ont investi tout ce qu'ils avaient, en politique, à cause de leur patriotisme ». Cette déclaration de notre Dadis national, sincère certes, a provoqué en revanche, une levée de boucliers, tant au sein de la classe politique elle-même, qu’au niveau des observateurs.

Ce penchant affiché du chef de la junte pour ces hommes politiques, peut affecter dangereusement l’équilibre de la classe politique, déjà minée par des querelles intestines. Peut-être inhérentes à toute activité politique.

Cette opposition traditionnelle inspire plus qu’elle n’affectionne le Capitaine Dadis. « On a toujours véhiculé vos idées lorsque nous étions à l’Université », argumente t-il. En étant très sensible à la paupérisation de ces leaders, le président autoproclamé entend-il venir en aide à ces « indigents » ? Peut être !

Mais comme ils sont « patriotes », eux aussi n’ont pas besoin d’argent. Ils devraient être inspirés par Dadis, préférant s’abstenir à tout … Ils auraient prouvé par là, que, une fois chef de l’Etat, les ressources nationales ne les intéressent point. Malgré la dèche vécue pendant plus de 24 ans. Mais en attendant, on se penche sur le « comment financer les activités du parti », à la veille de la présidentielle et des législatives.

Il y a de quoi y penser car, l’histoire nous apprend que ce sont toujours les leaders politiques qui paient de leurs poches tout ce qui bouge autour d’eux : direction nationale, bureaux politiques, fédérations, sections, comités de base, etc. Le parti vit toujours de ses libéralités. Les militants, analphabètes pour la plupart, sont d’abord enchantés par la prestance, l’appartenance ethnique et la forte capacité de faire valoir les billets de banque.  Les militants ne cotisent donc jamais pour la formation dont il défend « la politique. » Etant entendu que ce ne sont pas toutes les formations politiques qui ont des programmes de société, des visées, etc. Elles sont dans la danse, juste pour légitimer ou se faire légitimer par les rares militants en quête de leaders.

Et le parti de Lansana Kouyaté dans tout cela ? « Il est venu me voir. Il voulait son agrément. Je lui ai dit d'attendre le retour du ministre qui était en mission. Il aura donc son agrément », a rassuré Dadis. Ce qui tranche avec toutes les autres supputations à propos de l’ancien PM, avec une accusation qui plane depuis longtemps à propos différentes affaires douteuses : le projet coton entre autres, et quelque 15 milliards GNF enfouis.

En dépit tout, peut-on dire que ce sont des atomes crochus entre Dadis et la classe politique, laquelle constitue un « maillon fort » dans le processus de transition ? En tous les cas, çà gaze sous réserve tacite du CNDD.

L’angoisse d’un processus de transition.

Les états major des partis politiques sortent de la grisaille. Ils mettent à profit toutes les occasions pour sensibiliser les militants, du reste désemparés dans leur attentisme endémique. Etant plus ou moins situés sur les échéances, les leaders politiques restent tout de même partagés.

Les uns estiment en effet, qu’il serait nécessaire que se tiennent tout d’abord les législatives. Parmi eux, Cellou Dalein Diallo, Mamadou Sylla, etc. Deux politiques dans le rétroviseur du CNDD. Il faut donc faire vite, pour échapper à d’éventuelles poursuites, dans le but de bénéficier de l’immunité parlementaire.

Quant aux autres -qui ont tout dépensé dans la politique parce que patriotes, aux yeux du chef de la junte– en l’occurrence Alpha Condé et Sidya Touré, la présidentielle est plus souhaitable.

Raisons invoquées : tout est à reconstruire en Guinée (les institutions, l’économie, les
infrastructures et même les mentalités). Ce n’est pas tout. ‘’Ces tocards’’ cherchent en plus, à se rattraper, après tant d’années de dèche et d’impossible compromission. Pour y arriver, il serait question de se faire tailler une Constitution à leur goût.

De toutes les façons, tous ces leaders politiques ou presque, sont d’accord pour la non limitation d’âge et du nombre de candidatures. Conséquences : chacun d’eux pourra se présenter pour briguer le fauteuil présidentiel.

Que ce soit l’un ou l’autre groupe, le chef de la junte, conscient de la tentation de l’instrumentalisation ethnique, a pour sa part, appelé à l'unité, tout en avertissant qu' « un leader politique qui fonde sa politique sur le régionalisme et l'ethnocentrisme n'est pas indiqué pour diriger le pays » qui, selon lui, « a été déchiré depuis plusieurs années par le tribalisme ». Les politiques sont davantage avertis.

En tous les cas, les Guinéens, longtemps incapables à tirer les leçons du passé pour mieux comprendre le présent afin de mieux s’organiser pour la victoire du bien sur le mal, fatigués de leur classe politique, aspirent à voir émerger, enfin, une nouvelle génération de leaders.


Thierno Fodé SOW
pour www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
Ben Yousouf Camara, mardi 24 mars 2009
Je pense que ce pays nous appartient tous ainsi que le Président soit Soussou, Peul ou Malinké l’essentiel et le bien être du peuple de Guinée. Je crois également que ce que j’ai pu avoir ou obtenir jusqu’à présent pour mon bien être, je les ai pas obtenu grâce à des faveurs mais le travail salvateur. Je ne crois pas qu’un homme réfléchi puisse se réfugier exclusivement derrière son ethnie afin d’accomplir son bien être. On est raciste mais on ne refuse pas de monter dans la voiture parce qu’elle est fabriquée par les blancs, pour notre bien être et lorsqu’on a les moyens on peut s’acheter une voiture sans arrière pensée. Je voudrais que les guinéens choisissent leurs dirigeants en fonction de leurs valeurs intrinsèques et non en fonction de leur ethnie. Ce que chacun de nous doit comprendre est qu’aucune ethnie en guinée ne peut prendre le pouvoir et gouverner toute seule, l’on a dit du régime de Sekou Touré « le pouvoir des malinkés», allez y voir la Haute Guinée ce régime a donné à cette contré comparativement à la Basse Guinée. L’on a également dit du régime de Lansana Conté « pouvoir des soussous », comparez Boffa à Dalaba ou Forécariah à Pita, je ne sais pas comment l’on qualifie le pouvoir de DADIS encore car je n’ai aucune idée de son ethnie mais je pense qu’il est entrain de faire des choses positives pour le peuple de Guinée. En tenant compte de la situation géopolitique de notre pays et de son histoire, je peux me permettre de dire que personne ne soit exclu d’avance à cause de son ethnie et que la possibilité soit donné au peuple de choisir librement ses gouvernants.
Bangaly Traore, jeudi 19 mars 2009
Mr Lansana kouyate n`est pas un homme corrompu,il a ete le premier dans l`histoire de notre administration d`organiser les audits publics.NB:lansana kouyate sera un tres bon candidat pour notre pays.
Mohamed, jeudi 19 mars 2009
Ton analyse est tout simplement tendancieuse. Vas te renseigner sur les partis politiques qui souhaitent les législatives avant la présidentielle, je pense qu`après tu ne vas pas mettre d`un côté Cellou et de l`autre Sidya et Alpha. Toute ton analyse vise simplement à nuire à Cellou mais les jaloux vont maigrir car il accédera à la magistrature suprême INCHALLAH.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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