Avec les dérives verbales et totalitaires devenues quasi quotidiens ces derniers temps dans notre pays, on ne peut que prendre acte du refus du CNDD de respecter les engagements pris pour l’avènement d’un pouvoir civil en Guinée. Et le CNDD, en l’occurrence son président, ne ménage d’ailleurs aucun effort pour renforcer cette conviction. Les fronts multiples (Les Avocats, les Magistrats puis l’union Européenne), ouverts par ses propos incohérents ces derniers temps en font foi. Toute la question est de savoir, où cela va mener notre pays.
La passe d’arme (s’il faut l’appeler ainsi) entre l’ambassadeur Allemand en Guinée qui s’exprimait au nom de toute l’union européenne, et le capitaine Dadis Camara a été ressentie par beaucoup de nos compatriotes, comme une humiliation de notre pays. De mémoire de Guinéen en effet, jamais un tel incident ne s’était produit dans nos relations aussi bien bilatérales que multilatérales.
Néanmoins, si l’incident est grave, condamnable et néfaste pour l’image de notre pays, il comporte tout de même des aspects positifs. A mon avis, et quoi que certains compatriotes comme M. Jacques Kourouma disent, il est impossible de ne pas tenir compte du fait que :
1 La communauté internationale a pris acte de ce que les militaires n’ont pas l’intention de céder le pouvoir. Contrairement à ce qu’ils ont cherché à faire croire, jusque-là. Face aux inquiétudes soulevées par les européens concernant ses engagements relatifs à sa participation ou non aux prochaines élections présidentielles, le chef de la junte a fini par craquer en s’emportant publiquement. La suite, on la connait !
2 Il n’y a plus aucun doute que nous avons à faire à une dictature militaire pure et dure, avec en sa tête, un chef colérique, impulsif, voire agressif. Cela est d’autant plus vrai que, même les diplomates européens accrédités dans notre pays, en l’occurrence l’Ambassadeur de l’Allemagne lui-même, ne sont désormais à l’abri de violences, si non physiques (et pour combien de temps encore), mais verbales.
3 Les expulsions massives de nos compatriotes demandeurs d’asile auxquelles l’Allemagne nous avait habituées pourront dès lors, être efficacement dénoncées et combattues.
Il apparait donc indiscutable que le CNDD a voulu tromper la vigilance de la communauté nationale et internationale. Et, quand Dadis, lors de sa rencontre avec les magistrats, nous fait chanter en brandissant la menace d’une guerre civile au cas où les magistrats les déstabiliseraient, lui et son Ministre de la Défense, on ne peut que se demander, où se trouve le sens de son patriotisme et celui de ceux qui tentent de justifier cette maladresse du chef de la junte à l’égard de la communauté internationale.
C’est dire que les tentatives désespérée de M. Jacques Kourouma visant à justifier (maladroitement d’ailleurs) ce qui n’est pas justifiable, n’y changeront rien. Ceux qui continuent donc à s’égosiller sur la toile doivent le savoir et arrêter de prendre notre peuple pour un imbécile !
M. Karl Prinz, Ambassadeur de la République d’Allemagne en Guinée a beau relativiser l’incident dans une interview accordée à Guinenews, il n’en demeure pas moins que le monde est situé désormais sur les intentions véritables de la junte
Comme ont le voit, ce qui nous est apparu au début comme un incident diplomatique grave, fut en réalité une occasion exceptionnelle d’apporter une certaine lisibilité dans une période de transition dont les contours et l’issue ne cessent d’échapper à nos compatriotes, ainsi qu’à nos partenaires au développement.
En se mettant la communauté des bailleurs de fond à dos, Dadis vient d’aggraver une crise politique déjà intenable. Et, du coup, la voie aux troubles socioprofessionnels est désormais ouverte. Inutile de dire que dans les quelques Mois à venir, nos compatriotes vont devoir se serrer la ceinture encore et encore ! Les services sociaux de base qui n’étaient d’ailleurs assurées qu’en partie, risquent encore de prendre un sacré coup. Le fonctionnement de l’Etat Guinéen reposant à plus de 70 % sur l’aide extérieure dont justement l’Union européenne reste la principale pourvoyeuse, va également en pâtir, créant ainsi une situation favorable aux remous sociaux ; une situation dont les nouveaux tenants du pouvoir se seraient bien passés.
Toutefois, s’il faut s’attendre à un éventuel affaiblissement du CNDD qui résulterait de l’aggravation de la crise sociale, elle-même consécutive au gel de toute aide au régime militaire, on ne peut ignorer l’éventualité d’un affrontement entre militaires. Une situation dont personne ne peut prévoir l’issue !
Une certitude cependant, c’est qu’à partir de maintenant, tout est possible. Le besoin d’une lisibilité dans l’exercice du pouvoir en Guinée se faisant de plus en plus pressant, tous les scenarios sont possibles. Car, il faut le rappeler, l’une des difficultés auxquelles la transition se heurte aujourd’hui, c’est que, l’on ne sait pas avec exactitude, qui exerce véritablement le pouvoir. De sorte que les engagements pris par les uns, n’obligent pas nécessairement les autres ! Nous savons que Dadis ne cesse de revendiquer le pouvoir. Or, comme on le sait, « le tigre ne crie pas sa Tigritude, il bondit sur sa proie ». Son irritabilité, dès lors qu’il a le sentiment que vous voulez remettre sa qualité de chef en doute, montre bien qu’il doute de l’effectivité du pouvoir dont il se vante avoir pris, sans avoir eu « à humilier Lansana Conté ».
Mais qui peut ignorer aujourd’hui l’omniprésence et l’omnipotence de Sekouba Konaté et Claude Pivi au sein nouveau pouvoir ?
Une constellation que mon frère Ibrahima Kyle Diallo, qualifiera à juste titre de « trident » Et c’est justement là le problème ! L’existence d’un trio au pouvoir en Guinée, de par les temps qui courent, ne peut favoriser une transition paisible. Dans ces conditions, nul ne peut non plus garantir que les engagements pris par Dadis obligent véritablement l’ensemble du CNDD. N’a-t-il pas d’ailleurs avoué prendre des décisions sans consulter qui que ce soit ? Ecoutons-le plutôt ! « J’ai dis que je suis d’accord avec les élections en 2009 sans consulter les membres du CNDD, les membres du gouvernement, les guinéens de l’intérieur et ceux de l’extérieur». Et quand il ajoute que ses «Décrets ne sont pas des montagnes », on ne peut que se demander, à quoi servent ses engagements par rapport au chronogramme proposé par les forces vives.
Mais qu’on ne s’y trompe ! Ce qui apparait comme un pouvoir à trois têtes, n’est en réalité qu’un duo. Dadis apparaissant de plus en plus, comme une marionnette entre les mains des deux autres. Ses incessantes références à Sekouba Konaté et le retour inexpliqué de dernières minutes de Pivi dans un Gouvernement où, ni ce dernier, ni son poste n’avaient été prévus, ne peuvent que conforter cette opinion. A mon avis, aussi longtemps que les rapports de forcent ne se déséquilibrent pas en faveur de l’un ou de l’autre, nous ne pouvons nous attendre à une orientation et des engagements clairs et précis de la part de cette junte. Et seule une pression intérieure et extérieure sans relâche, forcera les militaires à respecter leurs engagements. Pour y parvenir, nous devons tous œuvrer à la cohésion entre les forces sociales et politiques du pays afin que la dissolution du CNDD, la création d’un Conseil National Transitoire (CNT), le toilettage de la Constitution et l’Organisation rapide d’élections libres et transparentes soient une réalité en Guinée. L’objectif principal demeurant le renvoi des militaires dans leurs casernes, pour éviter que ce pays ne retombe dans 25 autres années de dictature militaire.
Ismael Souare, Rep Fed. d'Allemagne
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