 |
Longtemps pris pour mort mais sans jamais le démentir par voie de presse ou autres canaux, Dadis Camara, comme un miraculé, a fait subrepticement signe de vie en ce début de semaine, en débarquant subtilement à l’aéroport militaire de Ouaga. Cela, conformément à la demande expresse formulée à cet effet par Rabat.
Et le ministre burkinabé des Affaires étrangères Alain Bédouma Yoda d’expliquer à l’AFP: « Le Maroc nous a demandé, avec insistance que comme Moussa Dadis Camara a fini son traitement, si nous pouvions l'accueillir et nous avons accepté parce que le président du Burkina Faso Blaise Compaoré assure la médiation en Guinée. Si Dadis Camara estime que sa convalescence est terminée, notre rôle sera aussi terminé. » Mais comment le chef de la junte guinéenne a-t-il pu atterrir à Rabat ? Le ministre marocain des Affaires étrangères au micro de nos confrères de l’AFP est formel : « Le capitaine Moussa Dadis Camara aurait pris, sans consultations préalables, un avion mis à sa disposition par le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, pour se rendre au Maroc. Face à cette évolution, et pour des considérations strictement humanitaires, le Maroc recevra le président Dadis Camara, afin de lui prodiguer les soins nécessaires en milieu hospitalier marocain. » Une fois donc les soins obtenus, Dadis a eu sa vie sauve car il est « lucide et parle ».
C’est dire que la mission est terminée pour l’hôpital militaire de Rabat. Et comme tel, il faut libérer le malade que tout le monde qualifie peut être à tort, de gênant. Surtout que les autorités marocaines avaient été surprises d’accueillir le chef de la junte. Rabat a été en effet mis devant un fait accompli d’où les raisons strictement humanitaires qu’évoque « diplomatiquement » le Royaume chérifien. Comme pour faire le retour à l’envoyeur - Blaise avait mis un avion à la disposition de Dadis pour ses soins à Rabat ; le roi met un jet à la disposition de Dadis pour Ouaga -, une fois guéri, Dadis Camara, comme une patate chaude sera jeté contre toute attente dans le pays des hommes intègres. Et là aussi c’est la surprise nous dit-on. Sans aucun accroc, Ouaga reprend alors le « colis indésirable ». Médiation de la crise guinéenne oblige ! Les pérégrinations du chef putschiste aux abois donnent des choux gras à la presse internationale mais inquiètent tant à l’intérieur de la Guinée qu’au-delà des frontières. Surtout lorsqu’il s’agit d’envisager un retour au bercail.
Pour autant, pour certains analystes de la situation politique guinéenne, le retour de Dadis Camara n’aura aucune incidence sur le processus en cours. Selon eux, l’homme rentrera complètement diminué. Au-delà du fait qu’il trouvera sa place déjà occupée. Qui a dit que qui va à la chasse perd sa place ? Contrairement à d’autres observateurs, assurément plus alarmistes, le retour de Dadis au bercail est synonyme de chaos, d’incertitudes et d’escalades. Le tout aggravé par les courtisans presque résignés et autres proches issus parfois de la même région que l’ancien malade de Rabat. Parmi ces courtisans, des noms comme Papa Koly Kourouma sont souvent listés à tort ou à raison.
Des tristement célèbres et d’autres qui ont une forte capacité de nuisance, rappelant de fait l’ère du vieux général Lansana Conté à la fin de son règne. Une fin de règne qui était caractérisée on se le rappelle, par une historique cacophonie au sommet de l’Etat, des flagorneurs rendus forts faisant et défaisant des hauts cadres de la Républiques, des intrigants infestant inexorablement le cercle présidentiel, qui ne misent que sur des rallonges de mandats avec à la clé des raisons farfelues du genre : « parachever l’œuvre entreprise », etc. S’ils n’exacerbent pas tout simplement les clivages ethniques. C’est donc conscient de toutes ces manœuvres congénitales restées encore vivaces dans la mémoire collective que des Guinéens ont bien peur du retour possible de Dadis Camara. Mais, véritablement, y a-t-il lieu de s’inquiéter ? Pas à ce point pourrait-on dire...
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
|
 |