mercredi 21 janvier 2009
D’encensements en encensements que deviendra le Capitaine Dadis ?
Lamarana Petty Diallo

Quel est notre étonnement lorsqu’on ouvre les sites consacrés à la Guinée, de constater que la majorité des gens n’arrivent pas à rompe avec une certaine tradition de « tout voir en bien » ? Que d’éloges, de louanges formulées à l’égard du premier responsable du CNDD et du nouveau Premier Ministre, par des personnes en quête d’on ne sait quoi ? Que dis- je ? On s’en doute quelque peu !

 

C’est à peine si l’on ne nous annonce l’arrivée de l’Enfant Prodige. Ah non ! Du Messie ! Je sais que vouloir aller à l’encontre de cette vague d’optimisme, plutôt d’opportunisme, ne donne pas forcément bonne image. Que l’on veuille dire « ne glorifiez pas tant le chef » force l’unanimité contre vous, et ne crée pas forcément des amitiés. Mais diantre, dirais- je ! D’image, il vaut mieux avoir celle qui cadre d’avec vos convictions personnelles, votre engagement pour une cause juste, pérenne et historique, que celle qui varie au gré des circonstances ! D’amitié, on n’écrit pas pour s’en faire !

 

Donc, c’est volontairement que je voudrais temporiser certains élans pour me mettre du côté de ceux qui voudraient, j’en suis sûr qu’il y en a, qu’on n’évite de faire du Capitaine Moussa Dadis Camara ce qu’il n’est pas. Qu’il ne voudrait peut- être pas devenir.

 

Des soutiens sans condition, aux louanges interminables en passant par les appels à l’armée guinéenne de certains illuminés et qui seraient enfin entendus par Moussa Dadis et le CNDD, les encensements sont innombrables. A-t-on seulement mesuré, ne serait- ce qu’une seule fois, les risques que l’on fait peser sur une personne qui dit « vouloir remettre de l’ordre et rejoindre la caserne ?

 

De grâce ! Ne faisons pas en sorte que les louanges qui ont conduit, du moins en partie, Lansana Conté et avant lui, Ahmed Sékou Touré à se maintenir au pouvoir aient le même effet sur Dadis ! Ne lui donnons pas d’autres idées que de faire en sorte qu’il s’inscrive différemment dans l’histoire africaine en général et dans l’histoire guinéenne en particulier. Cela, en œuvrant à l’instauration de la démocratie effective dans notre pays. Après l’accomplissement de cette tâche éminemment historique, et seulement après, on lui trouvera tous les noms glorieux ; toutes les comparaisons possibles et imaginables aux grands hommes.

 

Evitons les titres pompeux que l’on gratifiait naguère aux prédécesseurs du nouveau Président guinéen ! Laissons dans les tiroirs les termes de Mandjou, Fama et autre Fory ou Timonier ! Aux lendemains des élections présidentielles libres et transparentes, on ressortira tous les qualificatifs, si hyperboliques soient- ils ! Ceux qui sont pressés pourraient même commencer  dès après les législatives !

 

La seule manière qui devrait prévaloir, c’est dire au Capitaine Dadis ce qu’il ne voudrait pas toujours entendre ! C’est- à- dire, ce qui ne va pas en ce début de gestion et ce qu’il devrait éviter de faire. Donc, la vérité !

 

Il faut avoir à l’esprit « si le chef gronde celui qui lui dit les choses en face et prête plus l’oreille à la voix miauleuse, il fait toujours appel dans les moments difficiles à la bouche qui dit vrai ! »

Par conséquent, sans vouloir être moraliste, disons, dès maintenant, tout ce qui  ne va pas. Cela éviterait les louanges et autre poltronnerie ou léchage de bottes qui induisent en erreur et « fait monter la tête.»

 

Disons au Capitaine Dadis, au Premier Ministre Komara et au gouvernement la vérité qui ne plaise pas forcément. Très certainement, cela leur inspirerait prudence, réflexion et concertation avant toute action, si constructive soit-elle.

 

Disons- leur que la Guinée n’a pas besoin de chasse aux sorcières. Mais, plutôt de justice équitable.

 

La paix sociale passe nécessairement par le respect de la présomption d’innocence de toute personne accusée. Ce principe doit être de rigueur quelles que soient les fautes  qu’elles auraient commises.

 

La restauration de la sécurité des personnes et des biens doivent s’inscrire parmi les priorités actuelles.

 

Les audits dont on parle tant ne sauraient se limiter à un secteur donné. Ils doivent englober tous les secteurs de la vie nationale et s’appliquer à tous les gouvernements et non pas au Premier Ministre de telle ou telle période. Ils doivent concernés également tous les hauts cadres civils et militaires de l’administration.

 

Le Président de la République défunt ne saurait être exclu dans les audits qui doivent couvrir tous ses mandats. Par conséquent, il ne doit s’agir de règlement de compte mais bien d’état de lieux d’une situation à un moment donné.

 

Il ne peut y avoir de commissions d’audits crédibles, justes et équitables sans la restauration réelle de la Commission d’Enquête sur les massacres des trois dernières années : Mars 2006 ; janvier, février, mai et juin 2008. Sinon, qui ne dirait pas, sauf s’il était opportuniste, pire, lâche, que « c’est parce que ce sont les militaires qui sont au pouvoir qu’il n’y a pas eu  de commission d’enquête ? » Pourtant, on sait que tous les militaires ne sont pas coupables !

 

L’impartialité et la cohérence dans la prise de décisions, notamment, dans les nominations en cours doivent trancher d’avec le passé. Ce dont beaucoup d’observateurs mettent en doute.

 

La consolidation de l’unité nationale est une urgence absolue qui devrait primer sur toute action à envisager.

 

 Enfin, l’organisation d’élections libres et transparentes est la seule condition qui vaille pour notre pays. Seule un tel acte, sans précédent, inscrirait le CNDD, notamment le Capitaine Dadis dans la page d’or de l’histoire de la Guinée.

 

Sans ces élections, le pouvoir de Moussa Dadis risquerait, hélas, d’être une parenthèse dans l’histoire de la Guinée. Tout au plus, le président actuel ne se serait en rien distingué de ses prédécesseurs. Ce serait fort dommageable, si l’on tient compte de la chance qu’il a eue et qu’il n’aurait pu saisir. Ce serait encore plus regrettable au regard des espoirs qu’il a suscités et de l’exemple qu’il pourrait représenter pour les jeunes générations et des générations futures.

 

Aux uns et aux autres, à nous qui nous faisons lire sur le net, fuyons les recettes du passé qui pourraient faire d’un homme qui affiche une bonne volonté, un futur président à vie ou un dictateur éphémère ou durable.

 

Disons lui : "Capitaine Dadis, écoutez donc plus votre cœur en pensant au 23 décembre 2009 ! A ce qu’il vous a apporté et à ce que vous comptez que l’on retienne de vous ! Pensez à la situation du guinéen et à la vôtre à la veille et en ce jour !"

 

Cela vaut beaucoup plus que tous les encensements !

 

Lamarana Petty Diallo
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Ansoumane Doré, samedi 24 janvier 2009
Mon cher Laarana, c`est une nécessité de poursuivre ce genre de réflexion.Nous, Guinéens devrions savoir nous référer à notre douloureuse expérience politique des cinquante dernières années.Le type de modération dans l`appréciation des changements politiques en cours dans notre pays que vous appelez de vos voeux,n`est ni une critique encore moins une opposition systématique mais une salutaire mise en garde.Le pouvoir corrompt, c`est connu mais chez-nous, les éléments corrupteurs sont toujours légions.Ce n`est pas toujours facile de rappeler ces réalités.Mais continuez, Lamarana et bravo!
Naby Laye Camara, mercredi 21 janvier 2009
Oui M.Lamarana! Les louanges ont toujours poussé nos chefs d`Etat à l`éxagération. A se croire comme des intouchables, des "élus de Dieu". Il est temps de critiquer ces actitudes du moyen-âge. Toute la Guinée doit se lever et combattre ce type de comportement qui a caractérisé les régimes antérieurs. Que toute la presse guinéenne en fasse une priorité pour que ces adeptes "populistes" disparraissent à jamais. Naby Laye Camara. Bruxelles.
tierno saliou diallo, mercredi 21 janvier 2009
bonne analyse, avec les louanges on risque de tranformer un chat en un tigre. Alors faisons attention pour ne pas transformer l`homme naturel en dictateur sanguinaire.MERCI KOTO,
diallo, mercredi 21 janvier 2009
je crains qu`on se fabrique nous meme un robert guei à force de flatter quelqu`un qui n`est là qu`il y a meme pas un mois.esperons avec la pression internationale qu`il tiendra ces promesses sinon le pays est mal partis..

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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