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Alors que les occidentaux sont en train d’étudier comment faire tomber définitivement le pouvoir de Tripoli, en soutien au mouvement insurrectionnel qui a presque gagné la capitale libyenne, les gouvernements de l’Afrique subsaharienne font le dos rond. Et Conakry ne fait pas exception à cette règle, malgré la menace qui guette les ressortissants guinéens vivant au pays du colonel Kadhafi.
Les insurgés sont dorénavant aux portes de la capitale libyenne, après avoir investi les champs pétroliers. A l’allure où vont les choses, les chances du guide de la Jamahiriya libyenne de conserver le pouvoir s’amoindrissent de jour en jour. Et pour accentuer la pression sur le régime, les Etats-Unis sont entrain de prendre position dans les eaux libyennes, avec des bâtiments de guerre. Côté travailleurs étrangers, c’est le sauve-qui-peut. Chacun cherchant à quitter le navire, avant qu’il ne sombre. Dans cette atmosphère délétère, certains pays volent au secours de leurs ressortissants. C’est le cas des pays occidentaux. Mais aussi des Etats comme la Chine, l’Inde et le Bengladesh. Par le déploiement de navires, dont certains sont de fortune. L’essentiel étant de quitter la Libye pour atteindre ne serait-ce que les pays voisins, comme la Tunisie, pour un début. Avant de réorganiser des rapatriements massifs vers les pays d’origine de ces travailleurs étrangers, si jamais les choses arrivaient à s’enliser en Libye. Seuls les africains de l’Afrique subsaharienne sont abandonnés à leur sort, dans cette Libye qui est à feu et à sang. Parmi ces milliers de travailleurs noirs, il y a bien évidemment des Guinéens. En attendant qu’ils puissent providentiellement s’échapper de ce guêpier, ces populations immigrées sont tenues de s’enfermer dans leurs maisons d’habitation pour ne pas faire les frais de la vindicte populaire. Après que des noirs ont été aperçus du côté des forces fidèles à Kadhafi lors d’expéditions punitives, opérées la semaine dernière à Benghazi. En effet, des témoignages rapportés par la presse internationale avaient fait cas de la présence de snipers dans cette ville, considérée comme l’épicentre de l’insurrection. Des mercenaires originaires du Tchad, du Sénégal, de l’Angola et de la Guinée, dit-on. Conakry n’a pas daigné s’exprimer sur ces accusations, contrairement aux autres capitales dont les citoyens ont été mis en cause. Un silence qualifié de troublant voire coupable par bien des gens, qui trouvent que la vie de milliers de personnes pourraient être en danger, à cause de ces allégations. Et que le gouvernement guinéen devait rompre le silence, en adoptant une position claire face à ce qui se passe en ce moment en Libye. En tout état de cause, le silence de Conakry met de l’eau au moulin des détracteurs du nouveau régime, qui rappellent les propos tenus par Alpha Condé, lors de son récent voyage à Dakar. L’Agence de presse libyenne (JANA), avait d’ailleurs exploité ces déclarations du chef de l’Etat à des fins de propagande. Celui-ci ayant marqué son ‘’étonnement que la Jamahiriya libyenne soit assaillie au moment où elle représente une citadelle révolutionnaire qui a servi de support pionner dans la réalisation des aspirations des peuples du monde à s’approprier leur pouvoir et à rester attacher à leurs décisions’’.
Dans la même lancée, nos confrères libyens ajoutent qu’Alpha Condé s’exprimant au cours d’un entretien téléphonique avec le guide Mouammar Kadhafi, aurait affirmé que ‘’le courage de la grande Jamahiriya et la persévérance de son peuple et du guide de la révolution triomphera toujours et inspirera les prochaines générations’’.
Dire que Kadhafi avait été généreux à l’endroit du candidat de l’arc-en ciel, durant la présidentielle est un secret de polichinelle. Et lors de sa tournée de remerciement, au lendemain de son élection, le président guinéen avait pris soin d’inscrire la Libye parmi les étapes à parcourir.
Cette sortie hasardeuse du chef de l’Etat pourrait cependant compromettre les rapports de la Guinée avec le régime qui aura à succéder à Kadhafi dont le destin semble désormais scellé. En attendant Conakry croise certainement les doigts pour le guide, afin qu’il arrive à bout de ceux qui réclament son départ.
Cette insurrection qui dure plus de deux semaines, a jeté un froid dans le dos des dirigeants africains habitués à profiter des largesses de Kadhafi. Etant donné que le guide était passé champion dans la diplomatie du portefeuille, distribuant à tour de bras des liasses de billets verts à des chefs d’Etat et autres politiciens en quête de soutien, qui se pressaient à sa porte. Ce qui fait dire à certains observateurs que le silence des gouvernements africains face à l’imbroglio libyen a quelque chose à voir avec l’argent de Kadhafi. Car un proverbe dit que ‘’la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit’’. A quand la levée de cette ambigüité ?
Au moment où nous allions sous presse, le gouvernement a décidé suite à un conseil des ministres extraordinaires d’affréter un avion pour rapatrier ses ressortissants de Libye.
Dian Baldé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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