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Aucun présumé coupable de crimes, y compris des massacres du stade du 28 septembre, ne sera poursuivi par la Justice internationale ou guinéenne. C’est ce qu’a laissé comprendre Alpha Condé lors d’une interview accordée récemment à France24. Ce déni de justice assorti d’amalgames en dit long sur la supposée vérité et réconciliation sans cesse prônée par le nouvel homme fort de Conakry.
Peut-on engager une politique vérité-réconciliation sans Justice, à l’heure même où le tissu social est en lambeaux ? Il y a fort à parier que l’on veut encore nous bâtir des châteaux en Espagne avec un savant dosage de complaisance et de sacrilège. Quand le Pr. Alpha Condé confond sa poursuite par contumace sous le règne de Sékou Touré, son emprisonnement sous Lansana Conté, lorsqu’il a été cueilli à Piné, alors que les frontières étaient fermées, avec les massacres de jeunes élèves guinéens réclamant des professeurs, la chasse à l’homme en Haute Guinée, les viols collectifs, les arrestations arbitraires, et au pire des cas, la disparition de civils ou de militaires, etc., l’on se demande bien si on peut construire la Guinée nouvelle sur la rancœur et la dénégation. En tout cas, Alpha Condé, lui, a pardonné ses bourreaux. « J'ai pardonné à ceux qui m'ont condamnés à mort (Ndlr: Sékou Touré et compagnie). J'ai pardonné ceux qui m'ont mis en prison (ndlr: Lansana Conté). C'est pour montrer aux Guinéens qu'il faut pardonner. » Mais il oublie qu’il est question d’individu et de groupe d’individus : il est seul contre tous. En revanche, les pendus et disparus de Sékou Touré, les violées du temps de Dadis Camara et les indésirables de Siguiri, Kouroussa sous Sékouba Konaté, etc., ont besoin de vérité, de justice puis de réconciliation.
Sauf que la sortie d’Alpha Condé sur France 24 brise le rêve des victimes ou parents de victimes de voir les présumés coupables répondre de leurs actes. « Beaucoup de crimes ont été commis. Il faut tout pardonner (...). Ce n'est pas seulement le 28 septembre 2009 que des crimes ont été commis en Guinée. Il faut que les Guinéens pardonnent les massacres du 28 septembre 2009. Il faut qu'on tourne la page du passé et qu'on regarde vers l'avenir. Il n'y a pas qu'en Afrique que des crimes ont été commis. Je n'accepte pas que le Tribunal Pénal International ne vise que les crimes commis en Afrique. Quand donc les Américains aussi seront soumis au TPI pour rendre des comptes ? A ce moment, j'accepterais que mes citoyens guinéens aillent au TPI rendre des comptes. »
L’œil de Guineeactu.com
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