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Créanciers ou débiteurs, délinquants économiques ou opportunistes rampants. Ces requins qui se sont toujours requinqués à tort ou à raison sur le terreau rendu fertilisant – misère noire – du pauvre contribuable guinéen amorcent aujourd’hui une ère difficilement respirable avec la publication par l’Etat d’une cohorte de personnes et de sociétés qui restent devoir à ce même Etat.
Signe des temps, la publication de cette liste a provoqué dans certains milieux, un enthousiasme sans précédent qui rappelle étrangement l’audit explosif initié par Lansana Kouyaté, alors fraîchement promu au poste de Premier ministre suite aux convulsions sociales de janvier et février 2007. Plus récemment, cette liste de débiteurs rappelle aussi l’autre démarche d’un certain Moussa Dadis Camara au lendemain de la prise du pouvoir par l’armée en décembre 2008. Les contextes diffèrent certes, mais les mêmes causes produisent les mêmes effets. A la seule différence pourrait-on dire, celui qui incarne actuellement le changement – Alpha Condé – est face à une obligation de résultats tant vis-à-vis de la communauté des bailleurs de fonds que du peuple. Surtout que le slogan de campagne peine encore à prendre ses marques, près de trois mois après l’investiture. C’est comme si la rupture sans cesse attendue semblait avoir foutu le camp et à jamais. Du moins, c’est la conception populaire la mieux partagée entre des Guinéens englués entre continuité et changement. Reste que l’assainissement des finances publiques qui est une exigence des bailleurs de fonds crée la panique: les requins ont la trouille et se demandent quel dieu faut-il voir pour étouffer ou ébranler le système en cours.
En attendant donc de goûter aux délices du changement qui passent aussi par là, les nouvelles autorités épinglent, affichent, exposent ceux qui faisaient croire qu’ils étaient le nombril du monde. Ceux-là mêmes qui narguaient la Justice et le peuple. Ceux-là mêmes qui ont cannibalisé l’Etat, phagocyté la Présidence d’alors, traumatisé, fait et défait des hauts cadres de l’administration. Bref, ils ont enraciné la culture à outrance du copinage et de l’amateurisme. Le tout, au nom d’un prétendu rapprochement avec le cercle présidentiel. Que dire aujourd’hui du DG de la société Hamana qui a d’ailleurs travaillé avec Lansana Kouyaté ? De Mamadou Sylla Futerelec (allié de l’Arc-en-ciel), dont on pensait déjà avoir fini avec ses peines ? De Laye Keira, directeur du fonds minier et frère des ex ministres Isto et Alpha Ibrahima Keira, ce dernier également un allié de l’Arc-en-ciel ? Ce qui pourrait laisser croire que personne ne sera à l’abri ! L’essentiel est à notre avis, de poursuivre la démarche dans les règles de l’art et sans aucun goût d’inachevé comme cela a toujours été de coutume chez nous. Souvent sans raison valable. Déjà, si l’on en croit le ministre du Contrôle économique et financier, Aboubacar Sidiki Koulibaly, quelques 11 milliards ont été recouvrés, alors que l’ensemble des créances de l’Etat répertoriées se chiffrent à 303 milliards de GNF, soit 226 millions USD et 15 millions d’Euros. Jusqu’où ira donc Alpha Condé dont l’effet d’annonce fait déjà trembler plus d’un habitué des affaires louches ?
Si donc le changement n’est pas perceptible encore ailleurs, dans le contexte précis du mauvais comportement jusque là admis au pays comme une devise est en passe d’être anxieusement redoré. Et pour cause. Il semble que la crainte habite désormais tous les délinquants économiques voire les faiseurs de roi qui peuplent le cercle présidentiel. D’où l’incontournable nécessité de faire preuve de retenue et de subtilité dans la gestion des affaires. Les imprudents, eux, seront tout simplement poussés vers la porte. Pour l’heure, on voudra bien voir qui, d’Alpha Condé ou des débiteurs de l’Etat, y laissera les plumes. Pour sa part, Alpha Condé avait rappelé que : « Nous allons prendre diverses mesures législatives et réglementaires, ainsi que des dispositions pratiques pour faire respecter à tous, les intérêts supérieurs de la nation et singulièrement, la chose publique.» Du bluff ou de la fermeté ? On attend tout de même les premières sensations.
L’œil de Guineeactu.com
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