Sous les dentelles de ses sorties médiatiques, le chef de la junte ne cache plus son débridement à l’endroit des leaders politiques qu’il a rendu responsables de la « boucherie du stade du 28 septembre ». C’est donc pour les livrer à la Justice internationale qu’il se serait empressé de mettre en place une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur les massacres. Il s’est mis le doigt dans l’œil, commentent certains leaders qui disent ne jamais pouvoir appartenir à une telle commission « taillée sur mesure ».
Rachid N’Diaye, journaliste et patron du magasine Matalana a accordé une interview à nos confrères de Kibarou. Commentant l’acharnement du capitaine sur ses anciens interlocuteurs, notre confrère pense que Dadis et ses hommes risquent d’être poursuivis pour assassinat et meurtres de populations civiles. « Le reste relève de la diversion. Les sorties médiatiques contre les opposants, c’est de la comédie sanglante, dans cette affaire, les morts sont d’un seul côté. En fait, par la violence, Dadis masque la faiblesse de sa personnalité et le manque de densité intellectuelle de son discours, malgré toute l'autosatisfaction sur ses « études académiques » facilement vérifiables. » Avant d’ajouter pour juger le chef de la junte, que le faible masque toujours ces lacunes par la violence, le verbe haut.
Connaissant bien la Guinée et ses régimes qui se sont succédé, notre confrère, plus acerbe que jamais, indique que l’affirmation permanente du fait de ne pas avoir peur, est en fait, « l’aveu d’un homme aux abois et qui cherche à intérioriser ses inquiétudes. Vous avez bien vu qu’en huit mois, il n’est presque pas sorti de Conakry. Pour aller à Labé, il a presque amené toute l’armée guinéenne avec lui, et contraint la population à venir écouter son discours. Mais en même temps, un homme pareil peut commettre des actes irréparables. » Ce qui est sûr, le dialogue est longtemps rompu et rien ne dit qu’il sera rétabli entre la junte et les forces vives dont l’exigence n’est rien d’autre que le départ pure et simple du président du CNDD. Une parfaite surenchère de l’opposition, crie certains. Une constante, se félicitent d’autres.
Dans son expectative, la population elle, continue encore de pleurer ses morts. Et des interrogations subsistent toujours dans la presse étrangère: Dadis Camara avait-il orchestré ce déferlement de haine et de violence, ce dont il se défend aujourd'hui ? Son aide de camp a-t-il surinterprété un ordre de "mater" l'opposition ? S’interroge Le monde. On trouvera probablement la réponse à ces questions quand le président du CNDD mettra ses ‘’menaces’’ à exécution, c’est-à-dire porter plainte contre des leaders politiques.
Mais cela suffira t-il à se faire dédouaner ? Surtout que des ONG de défense des droits de l’homme martèlent sans cesse : « Il y a trop de témoins et, devant l'ampleur du massacre, les langues se délieront, même dans l'armée. Elle est trop divisée entre clans ethniques, trop affaiblie par les ressentiments de certains contre les privilèges de quelques groupes, et beaucoup sont conscients que la justice finira par rattraper les coupables. Parce qu'il y aura une enquête internationale » dixit Mamadi Kaba, de la Raddho.
La partie s’annonce bien croustillante et l’équation est toute simple : trimballer en Justice le(s) présumé(s) commanditaire(s) de carnage qui crie(nt) au carnage ou à la boucherie (c’est selon) ou culpabiliser une foule désarmée – avec à la tête des leaders politiques entêtés et incapables de décommander le rendez-vous fatal du stade – assoiffée de libre expression, le droit reconnu à chacun, d’après la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Thierno Fodé SOW
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