jeudi 19 mars 2009
Course de vitesse ou course de fond ?
Moïse Sidibé

Tous les chemins mènent à Rome, dit cet adage désuet, suranné et caduc, du moins, pour les Guinéens. Après un demi-siècle d’errance politique et après deux parcours laborieux, le pays des sept merveilles vient d’arriver à la croisée des chemins, à bout de souffle, et ils ne mènent pas tous à Rome. Les forces centrifuges et les forces centripètes sont en présence.

Le temps perdu veut être rattrapé coûte que coûte, advienne que pourra. Mais plus pressé que la musique, on dansera mal. A force de vouloir aller trop vite, on risque de perdre plus de temps. Il est vrai que personne n’a envie d’être dans une situation d’exception, sous la loi des bottes, mais pourquoi les Guinéens sont si pressés aujourd’hui, eux qui avaient voté pour un septennat qui ne devait prendre fin qu’en 2010 ? La constitution qui légalisait ce mandat avait été défendue à cor et à cri par bien des Guinéens et par la communauté internationale, si bien que la situation exceptionnelle de la Guinée avait fait assez de vent pour que le groupe de contact international sur la Guinée recommence une navette comme la noria qu’avait effectuée la CEDEAO après les évènements de janvier et février 2007. L’éternel recommencement guinéen ressemble au rocher de Sisyphe ou au tapis de Pénélope. Et comme les organisations internationales ne se lassent jamais d’accourir au chevet de l’éternel malade et grabataire qui est le pays qui a dit Non à De Gaulle, les revoilà, très honorées de l’hospitalité guinéenne. Il faut arrêter cette habitude !

Il faut un échéancier qui permette de mobiliser les ressources, mais au vu d’un chronogramme trop compilé, qui ressemble à une course contre la montre, on se demande à quel jeu veulent jouer les Guinéens. Analysons ensemble les contradictions qui ont jailli de cette rencontre :

 * Deux classes sociales bien distinctes : La jeunesse d’une part et le troisième âge, de l’autre. Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. Cette sagesse ne semble pas respecter la logique en Guinée. Cela s’explique : Les jeunes craignent que leur avenir ne soit hypothéqué une fois encore, ils ont la patience dans la peau, contrairement aux autres plus pressés de se jeter dans un autre inconnu, malgré l’expérience vécue. Si le premier groupe a encore l’avenir devant lui, le second le voit s’éloigner au fil du temps.

Le protocole avait bien agencé (machiavéliquement, pourrait-on dire) les interventions ce lundi 16 mars 2009 pour cette rencontre entre le groupe de contact international, les forces vives, les opérateurs économiques, la jeunesse, les religieux musulmans (sans les chrétiens) la coordination régionale et le CNDD.

·          Les forces vives et les partis politiques font connaître leur proposition et proposent un chronogramme très compilé et surchargé au début et exigent leur application à la fin. On se demande comment on peut faire une proposition et exiger son adoption pour une application immédiate…contradiction ou pas, allez savoir ! Ensuite, les opérateurs économiques : Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on souvent. L’instabilité et l’insécurité qui ont régné pendant près d’un quart de siècle mettent les opérateurs économiques en garde de confondre vitesse et précipitation. Ils souhaitent un nettoyage de fond en comble de la maison Guinée et applaudissent les actions menées par les militaires. Visiblement agacés par les criailleries et les agissements, ils dénoncent la pléthore des partis politiques (une quarantaine). En attendant ils demandent un patronat digne du nom et une chambre de commerce opérationnelle et plaident un temps nécessaire au CNDD et un peu plus de sécurité délaissée et relâchée, en ce moment.

 * Puis, les représentants de la jeunesse fustigent à leur tour le chronogramme et abondent tous dans le même sens que les opérateurs économiques pour exiger qu’on laisse du temps au temps. Le chronogramme ne répondrait pas aux réalités guinéennes.

 Quant à la coordination des quatre régions naturelles : On ne peut pas dire avec exactitude sa position. Elle est avec les forces vives, d’une part et soutient la jeunesse et les actions du CNDD, de l’autre : des courants contraires. Quelle est en réalité sa position, finalement ?

C’est dans ce flou artistique que les religieux musulmans ont cherché à faire connaître leur position en soutenant les actions salvatrices et salutaires des militaires dans la baisse du prix du riz et de la viande. Ils demanderont des efforts dans d’autres domaines pour soulager les populations. Dadis Camara aura droit à un bouquet pour sa culture et son respect des convenances africaines. En résumé de ce que pensent les religieux, le CNDD doit continuer son œuvre, sans plus.

C’est avec ce large blanc-seing de continuer le nettoyage avec le temps nécessaire que Dadis Camara va entrer dans la danse, un autre show, pour demander qu’on leur laisse le temps de nettoyer avant de laisser le pouvoir. Ce faisant, il se dit parfaitement en accord avec les forces vives, avec les opérateurs économiques, les représentants de la jeunesse, la coordination régionale, les religieux. Il est avec les forces centrifuges et avec les forces centripètes ! Mais au-delà de cet embrouillamini, les observateurs peuvent voir le problème guinéen sous différentes formes. Dadis dit qu’il ne connaît pas le Machiavélisme mais on n’a pas envie de le prendre au mot. Quel est son avis sur le chronogramme ? S’il plaide un temps nécessaire pour terminer son nettoyage et qu’il suive les desiderata des forces vives, il y a à chercher à comprendre dans sa logique. Si les forces vives restent campées sur leur chronogramme pour se mettre face à l’autre mouvance, que va-t-il se passer ?

Ce qu’il faut dire, c’est qu’actuellement, les forces centrifuges sont actives. Celles-ci répandent dans la cité que les actions du CNDD ne sont que poudre aux yeux de la population. L’insécurité revient au galop et la cherté de la vie se fait bien ressentir sans compter que l’eau et l’électricité se raréfient. Après près d’un quart de siècle d’un pouvoir déchu, il ne peut pas ne pas avoir des survivances tenaces et coriaces, comme ces herbes vivaces qui poussent entre les pavés des changements malgré les piétinements. L’histoire est ainsi sous tous les cieux. Le machiavélisme a toujours existé. C’est l’éternelle lutte des classes ! Machiavel disait que tous les moyens sont bons pour prendre ou pour garder le pouvoir : Ceux qui ont le pouvoir feront tout pour le conserver, et ceux qui ne l’ont pas feront tout pour l’avoir. Ange Rajoelina, ce petit Machiavel, ne vient-il pas de prendre le pouvoir par la rue, et Ravalomanana n’avait pas tenu jusqu’au bout avant de s’en fuir ? Si le CNDD veut que le temps lui soit accordé, il lui faut d’abord et surtout résoudre les problèmes brûlants et urgents comme le niveau de vie des populations, les services de base qui sont l’eau et l’électricité, la sécurité, la lutte contre l’impunité dans tous les domaines dont il est fastidieux de faire ici la nomenclature. Le moindre dérapage ou la moindre négligence dans ces domaines peut constituer une arme contre la junte dans sa profession de bonne foi. Comment le gouvernement Kouyaté a été limogé sans qu’une mouche n’ait bronché ? Mais on pouvait comprendre les blocages divers qui ont fait capoter son gouvernement. Actuellement, ces blocages n’existent plus mais les choses avancent toujours au pas de caméléon. Seul le colonel Maturin Bangoura est vraiment actif dans son domaine. A part les audits et la lutte contre les narcotrafiquants, une action positive, rien d’autre, et cela ne joue pas directement sur les urgences quotidiennes des populations confrontées à une misère noire.

Au-delà des problèmes sociaux, il faut revenir sur les problèmes politiques. Il parait à certains que les élections sont en ordre dispersé. Il y a deux voies au choix : Procéder de la base au sommet ou du sommet à la base. Pour ces observateurs, commencer par les communales et communautaires cumulativement peut faire connaître les bases politiques et la légitimité de chaque leaders sur l’échiquier national pour lui permettre de monter en grade au niveau des législatives et ensuite des présidentielles. C’est en tout cas la voie la plus démocratique pour gagner l’adhésion des populations aux programmes des élus. Un président véritablement démocratiquement élu, stricto sensu et lato sensu, ne peut sortir que d’un tel processus : de la base au sommet et non l’inverse. Dans le cas inverse, ce ne sera qu’une légitimité de façade, quel que soit le suffrage exprimé. Dans un passé récent on a vu des maires qui n’étaient connus que dans leur quartier, et même pas par tous les habitants, et qui prétendent parler au nom de toute une commune et des chefs de quartier sans aucune audience populaire. Ils n’ont jamais conduit à bien leur mandat.

Actuellement, des candidats à la présidence se bousculent mais n’ont aucune base politique, cooptés seulement par un parti qui n’est jamais sorti au grand jour et qui désire suivre le happening politique, mécaniquement. Au moins une vingtaine de candidats auront à en découdre sur le terrain politique, prochainement.

Mais dans la pratique et dans le bon sens, satisfaire tout ce beau monde dans l’organisation technique et financière des élections relève d’une gageure aux dates indiquées dans le chronogramme. Soyons réalistes et raisonnables !

Course de vitesse ou course de fond ?

La question reste en l’air !

A la revoyure !


Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
Bangaly Traore, jeudi 19 mars 2009
Merci mr pour votre analyse,la solution de notre pays,c`est la justice et la verite.le peuple de guinee ne demander que la justice.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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