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Quand l’Etat guinéen a déclenché le procès des présumés narco trafiquants après toutes les saisies énoncées antérieurement, le monde entier avait cru que la Guinée vient de mettre le grappin sur le plus gros réseau de trafic de drogue international, et sans exagérer, le plus grand cartel à travers le monde.
Avec les avions qui atterrissaient nuitamment à Boké et à Faranah avaient créé l’émoi dans la mémoire collective. Toutes les grandes réalisations industrielles et immobilières étaient vues comme des fruits de ce narcotrafic. Cette idée a été appuyée par la diffusion d’une liste d’interpole pour mieux stigmatiser et flétrir la chose ? Et vint ce 29 mars et l’ouverture des assises. Depuis cette date, de piétinements en piétinements dans des querelles stériles de procédures, l’intérêt commence à se faner comme une rose dans un pot sans eau. Le spectacle de vient de plus en plus désolant et pathétique, non pas que les accusés sont pris dans l’étau de la vérité mais dans celui de la contre vérité. Les pratiques nous rappellent celles du temps de la Cinquième Colonne des années 70.
Tout ce qui est déballé devant la cour présidée par Doura Chérif a un air de déjà vu et entendu. L’on se rappelle que dans un feuilleton intitulé « Dix jours dans les geôles du CNDD », publié en trois épisodes, des révélations se recoupent de façon poignante. Les services spéciaux chargés de la lutte contre la drogue et du grand banditisme, le département qui incarnait de façon illustrative et dynamique les actions du CNDD replongeaient les populations dans la peur et le traumatisme d’un régime militaire d’occupation.
Des voix s’étaient élevées pour la suppression du « bâtiment B-13 » qui abritait ces services spéciaux mais le CNDD était à la recherche d’une certaine légitimité devant l’opinion nationale et internationale, le CNDD avait un besoin vital d’asseoir le putsch et il avait hérité des caisses vides. Devant tous ces besoins plus pressants et plus fiévreux les uns que les autres, tout a été fait dans la précipitation. Rien n’a été fait dans les règles de l’art, la justice était bafouée et la raison du plus fort est toujours la meilleure. Le lot quotidien des Guinéens durement éprouvés par les conditions d’existence se surchargeait de la peur par les exactions :
–Où allez-vous ? –En opération ! –Quelle opération ? –Reprendre les biens volés aux voleurs ! et ces « voleurs » étaient de simples et paisibles populations qui avaient placé tous leurs espoirs au CNDD, libérateur et protecteur. De simples personnes qui se promenaient dans les rues paisibles de Conakry, plutôt, les rues qui étaient censées l’être. Hélas ! Après la désertion des bars et maquis, c’est dans les rues qu’on ramassait les passants pour les dépouiller de tout ce qu’ils avaient : argent et téléphones portables étaient les plus recherchés par les patrouilles des services spéciaux chargés de la lutte contre le grand banditisme, et ce n’est pas ici une métaphore ni d’une paraphrénie.
Ainsi, pour sécuriser le putsch, pour renflouer les caisses vides de l’Etat et pour une légitimité de la prise du pouvoir, il faut mettre hors d’état de nuire tous les généraux et soldats proches du régime déchu.
Et comme les choses se suivent très bien dans cette logique, le premier à comparaître devant cette cour d’assise est Saturnin Bangoura pour trafic de la drogue. Tout sera admirablement bien ficelé dans une coquille vide de toute substance qu’on appelle drogue. Tout sera dit mais de cette substance magique, aucune trace, or pour étayer la culpabilité dans la manipulation de cette chose, il faut être pris enfariné de poudre mais rien ! De l’avion fantôme dont tout le monde avait entendu parler mais que personne n’avait vu au transport de la drogue de Boké jusqu’à Conakry, du camion rempli de poissons pourris venant d’on ne sait où, on a tout vu sauf l’essentiel. Et pour obtenir vaille que vaille la comparution de l’accusé devant un tribunal, les révélations sont choquantes et humiliantes : Enchaînés à trois jours et nuits pendant des lustres pendant le sommeil, pendant les repas, et même pour les toilettes, tout se faisait comme s’ils étaient des siamois jusqu’à l’obtention de la signature. Quand Pascal faisait… c’est Kalo qui lui mettait de l’eau. Et en plus, l’irruption des militaires dans les cellules de la prison centrale de Conakry achevait de briser leur résistance morale et psychologique pour les pousser à signer les procès verbaux afin de sauver leur peau.
Les avocats de la défense avaient clamé sur tous les toits que c’était un règlement de compte. Ont-ils tort ? Attendons la fin pour voir !
Quand Mamadi Kalo est appelé à la barre, encore aucune trace de la drogue pour le montrer coupable, malgré une descente à 4 heures du matin et toute la maison mise sens dessus dessous, la drogue n’a pas été trouvée. Par contre tous les biens étaient emportés. Plus que cela, tous les chantiers de ce dernier ont été dépouillés des matériaux de construction. Les maisons de ses parents n’ont pas été épargnées par la fureur du CNDD. La preuve, si éloquente qu’elle puisse paraître aux yeux des âmes sensibles, c’est que son architecte en personne a retourné sa veste pour participer à ce saccage. Délit d’initiateur ?
Les révélations de Kalo sont poignantes car tout semble dire qu’il a été le plus durement éprouvé dans cette saga judiciaire. De son enfant malade qui avait besoin d’un soin soutenu et dont les médicaments ont été confisqués en passant par ses propres médicaments, car à son arrestation musclée, il avait perdu une dent et que sa bouche enflée nécessitait des urgences, l’on lui avait refusé les soins. Mais ce qui avait semblé le toucher le plus dans cette épreuve, c’est la disparition de son chien, dont aucun mandat d’arrêt n’a été émis.
Mais pourquoi un tel acharnement sur Kalo ? Me Bérété nous dira qu’il a perdu plus de 14 milliards dans ses différents chantiers et dans le sac de ses domiciles. Donc, il fallait presser le citron pour obtenir le maximum de jus mais tout semble que ce jus sur et aigre veut tourner au vinaigre. La question qui va se poser est le problème de dommage et intérêt, si tout doit se passer comme il se doit dans un pays de droit, c’est du moins la question qu’on est en droit de se poser et de la poser au procureur général, qui doit veiller à ce que tout se passe dans la plus grande clarté. La Guinée vient de donner l’assurance à la « Communauté internationale » qu’elle est en mesure de montrer une justice digne du nom devant la CPI pour juger les auteurs du massacre et du carnage du 28 septembre 2009.
Quant à Charles Pascal Tolno, son histoire ne ressemble presqu’à rien qu’à un peu trop d’audace pour avoir voulu engager ses partenaires d’affaires dans une république bananière. Ce « brocanteur » voulait vendre coûte que coûte tout aux militaires. C’est lors d’une venue au camp Alpha Yaya qu’il avait vu Kalo : Hééé, Kalo ! Qu’est-ce que tu fais ici ? –Je suis arrêté ! –Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? – Apporte-moi de l’eau et du jus !
Le voilà accusé de manipulation de drogue et le commerce qu’il voulait faire avec le CNDD tourne en rond depuis.
Les 150 millions payés pour leur libération n’ont pas suffit, et les 250 millions de dollars promis par les Américains pour la lutte contre la drogue ne sont pas obtenus, les différents sites soi disant de fabrication de la drogue à Gbéssia, à GBougoum ou quoi-là, à Bantama où la société Mosmart qui devait entreprendre de produire du biocarburant, et dont nos fameux spécialistes avaient formellement identifiés comme lieux de fabrication de la drogue avaient contribué à provoquer plus de peur dans les esprits des populations vivant dans les parages, tous ces sites n’ont rien apporté de concret dans la recherche et l’identification de la drogue.
Quant aux « petits poissons » Jean Tamba Ouèndouno, Mohamed Lamine Camara et Seydouba Camara, ce ne sont même pas des »petits poissons », comme les a qualifiés Dadis en personne, ce ne sont que des sardines, qui n’ont vraiment pas de quoi à voir dans cette affaire, ils ont bénéficié de la mise en liberté provisoire sous contrôle judiciaire et remis aux avocats de la défense. Mais le cas de Jean Tamba Ouèndouno est plus émouvant, et Sidi Souleymane N’Diaye, si rébarbatif et si tranchant dans ses réquisitoires, a été l’un des émus de la salle, une salle d’audience complètement bouleversée par le récit de ce pauvre ère qui est venu de loin chercher à être gendarme et qui avait échoué au test. Il devait chercher 1 à 2 millions pour soudoyer les recruteurs et étaient allé se prêter au service de Moussa Traoré comme suppléant en gardiennage pour pouvoir rencontrer ce dernier. Les gardiens ne surveillaient qu’une maison hermétiquement fermée parce que le maîtres des céans était fréquemment en déplacement. Quand les militaires sont venus, ils ont ramassé tout ce qui bougeait… Même Doura Chérif, lui qui a tiré les vers au nez à plus d’un dur à cuire, même s’il n’a pas laissé transparaître son émotion, l’œil du Cafard a remarqué qu’il a fait un petit effort pour rester de marbre mais les accesseurs et jurés de gauche comme de droite étaient ramollis par tant de révélations sur les violations en tous genres du droit de l’homme et de l’arnaque à grande échelle digne d’un Etat voyou.
Ce que les téléspectateurs d’Abdoulaye Djibril Diallo ne pouvaient voir, c’est que pendant tous ces interrogatoires choquants, Zimolo et Kaloga (ou Kalonzo) dormaient ou faisaient les dormeurs. Fatigue, lassitude ou abattement, on ne saurait le dire avec précision. Mais pendant les réquisitions tonitruantes u ministère public, ils avaient l’air incroyablement attentif mais la défense finit toujours par battre en brèche toutes les charges articulées contre leurs clients.
A la fin de l’audience, nous avons pu accrocher Me Dinah Sampil, bien dans les grâces du président Doura Chérif, pour nous dire qu’il vous dise ce que les avocats de la défense ont ressenti sur la mise en liberté sous contrôle des trois « sardines » : Sentiments de satisfaction à double signification : le droit est en train d’être dit, et s’il est dit jusqu’à la fin, leurs clients seront libres parce que c’est un e coquille vide.
Mais pour autant, tout n’est pas encore dit car Zimolo, Kalonzo et Tiégboro n’ont pas dit leur mot et que la défense n’a pas encore dévoilé toute sa batterie et son plan de bataille. La balle est dans le camp des demandeurs. Mais pour l’observateur, il n’y aura pas match puisque l’Etat qui engage ces poursuites n’a pas payé les avocats de la partie civile pour leur permettre de boire, ne serait-ce qu’un coca dépourvu de cocaïne. Ils ont chômé l’audience qui a permis la mise en liberté provisoire des précités.
La séance du lundi, si elle ne se transforme pas en scène du défendeur qui va pourfendre le demandeur, on se demande à quoi elle va ressembler.
Moïse Sidibé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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