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Occurrence ou coïncidence ? Peut-on s’empêcher de faire la relation en toute innocence et en toute bonne foi, sans intention de heurter qui que ce soit ?
Le 27 mai 2009, il n’y avait pas que la finale de la Champion’s league entre Barcelone et Manchester, vous vous souvenez ? Il y avait aussi et surtout « l’invitation forcée » de votre plumitif aux services spéciaux où il a passé dix jours dans l’hôtel de luxe « B13 ». Le 27 mai 2010, le patron des services spéciaux, le ministre d’Etat, le lieutenant-colonel Moussa Tiégboro Camara est devant la barre de la cour d’assises pour donner des éclairages à la cour sur les activités concernant certains dérapages constatés de ses services alors que c’est le contraire qui devait l’être. Et figurez-vous qui est l’observateur contrit ?
En toute sincérité les services spéciaux avaient éveillé un grand espoir, comme le CNDD, d’ailleurs mais hélas, des agréments de l’inexpérience ou du peu de respect au droit ont provoqué le retour du boomerang, et voilà : vlan ! La période d’exception est vite passée.
Dans le vif du sujet, il faut faire une remarque importante : Devant la barre, plus le témoin est soupçonneux et ombrageux et trop scrupuleux, plus il crée de problèmes aux avocats qui cherchent à le décharger. Et plus le témoin est sûr de lui, plus il devient hautain, arrogant et bêcheur et plus il présente des brèches et des failles, donc il devient vulnérable. On a déjà vu le gouverneur de Boké Siafa Béavogui, qui avait perdu complètement le nord, et voilà notre ami Tiégboro qui débloque, en ce moment, et ce n’est que le commencement car tout fait dire qu’il sera là pour encore quelques temps par le fait de ne vouloir répondre directement aux questions. En voulant jouer le difficile sous la casquette d’un ministre d’Etat, il ne fera que se faire chercher la petite bête, et il ne le mérite pas.
Tout avait mal commencé dans ce face à face entre Doura Chérif et Tiégboro qui a opposé une fin de non recevoir quant à la question concernant la structuration, le fonctionnement et les chefs des différentes cellules qui composent les services spéciaux chargés de la lutte antidrogue et contre le grand banditisme. La cour n’a qu’à s’adresser au secrétariat du gouvernement, il ne peut rien dire, c’est secret professionnel, point à la ligne! Doura Cherche à le ménager et à lui faire comprendre le bien fondé des questions capitales pour éclairer la religion de la cour, pas moins, il va droit au but :
- Comme vos adjoints Zimolo et Kalonzo disent ne pas connaître les chefs et le fonctionnement des différentes cellules et qui était chargé des enquêtes, vous, en tant que première personnalité et en votre qualité de ministre, à tout seigneur tout honneur, répondez à la question !
Le ton ferme fait des murmures d’approbation dans la salle mais Tiégboro reste sur sa position première et ne veut pas répondre à la question.
- Est-ce qu’il y avait des civils au sein de cette commission ? Doura oriente la question mais Tiégboro répond que les services spéciaux sont du renseignement, il ne rentre pas dans les détails et demande à la cour de poser des questions précises. Pour lui, il était question de savoir comment les narcotrafiquants sont ici et au lieu de poser des questions sur le fond, on lui pose des questions sur la forme. Doura le ménage en disant : Je suis d’accord avec vous, mon colonel.
- Alors, comment Charles Pascal Tolno a été arrêté ?
- La commission d’enquête a fait son travail et elle a abouti à son arrestation, je ne peux pas parler des détails avec exactitude.
-Pascal avait-il été arrêté avec la drogue ? Où il a été arrêté, nous ne vous confronterons pas avec les accusés, répondez, mon colonel, supplie Doura Chérif. Tiégboro pose un postulat et dit que la cour ne l’a pas compris, que la Guinée compte 12 millions d’habitants, et si Pascal est arrêté, c’est qu’il y a quelque chose. Dans le PV il y a quelque chose de palpable, voilà pourquoi il est là.
Pascal avait été arrêté avec l’argent et la drogue ? Tiéboro répond que derrière un narcotrafiquant il y a toujours un bailleur de fonds et que dans ce réseau, on peut être dans la drogue sans toucher à la drogue.
- D’accord, vous avez mis cet argent sous scellé et déposé à quel niveau ? –Au niveau du ministre de la justice qui lui aurait dit de garder à son niveau, en raison de la période d’exception. Et dans le scellé il y avait l’argent,les armes et la drogue.
L’audience a été perturbée par une altercation bruyante entre la police chargée de la sécurité de la salle d’audience et les gendarmes de la garde rapprochée de Tiégboro, qui voulait forcer la rentrée. D’ailleurs, le matin, à l’arrivée de Tiégboro, ce mercredi, la cour avait été investie par les gendarmes armés mais cela n’avait pas été du goût de la cour…
- Le scellé contenant l’argent, les armes et la drogue, vous l’avez déposé à quelle autorité ? Vous avez un registre et qui a déchargé ?
- Au parquet général ! L’argent dont on parle comme ça, il est à votre niveau, non ?
- La drogue que vous avez déposée est contenue dans un carton, un sachet… ?
- Vous n’avez aucune idée de ça ? demande Tiégboro agacé.
Comme vous l’affirmez ainsi,la cour n’a pas vu un seul gramme de drogue mais Tiéboro dit que c’est au niveau du procureur.
- Les 100 millions et les 700 Euros n’ont été déposés que le 15 avril, la drogue a été déposée à quelle autorité ? Tiégboro dit que c’était au niveau du ministre de la justice, d’ailleurs, s’il savait que tout allait se retourner contre lui, il n’allait pas risquer sa vie et celle de sa famille, que tout ce qui tourne autour de Tiégboro, c’est cette affaire de drogue, que son nom est sur satellite, actuellement, qu’il a été bête !
Doura insiste : Pascal a été arrêté avec l’argent ou avec la drogue ?
- Le PV de Pascal est clair, l’argent, les armes, la drogue ont été déposés au procureur général
- La cour vous donne acte de vos déclarations, la cour vous en donne acte ! martèle Doura Chérif. La salle s’anime, de nouveau
Sur les arrestations nuitamment, sur les tortures, sur la suggestion de dénoncer Ansou et Ousmane Conté, sur le sac des chantiers et les domiciles de Kalo, sur le »document » qui demandait aux accusés de « coopérer et de collaborer, rien n’est à sa connaissance.
Ce qui fait tiquer l’observateur, c’est que, d’après tous les témoignages des autorités de Boké, l’avion fantôme se serait posé vers 4 heures et avait aussitôt repris son vol, alors comment le pilote champion a été arrêté pas l’OCAD ?
Sur la question de savoir comment la drogue est entrée en Guinée, Tiéboro se sent à l’aise comme un poisson dans l’eau, il fouille dans ses documents et va exhiber un lot de photocopies avec les photos de narcotrafiquants à double nationalité arrêtés dans les autres pays de la sous région, tous des Colombiens, Vénézuéliens, Mexicains, Ghanéens et qui ont des passeports guinéens.
- Kalonzo et Zimolo ont dit ici que vos services n’ont jamais pris de la drogue sur quelqu’un, vous confirmez ?
- Dans quel but cette question a été posée ? Ce que je sais, tous ceux qui ont été arrêtés sont capables de quelque chose.
- Mais est-ce que vous avez pris la drogue sur l’un des accusés présents dans cette salle ?
- Référez vous au PV !
Tiégboro dira aussi qu’il a été invité comme témoin et qu’on n’a pas parlé d’indemnité, qu’il est là depuis le matin sans manger avec son état de santé précaire, mais ce n’est pas grave, l’essentiel c’est le service rendu à l’Etat guinéen, qu’il remercie le président de la transition Sékouba Konate, qui avait eu entièrement confiance en lui : « Confiez ce service à Tiégboro, c’est un homme incorruptible »
Quand le ministère public est entré en scène comme un ouragan, il va marteler que quand on est au service de la république, on n’en attend pas de récompense, c’est un devoir et un privilège mais que des violations et des pratiques ont heurté les sensibilités. Le réquisitoire que le MP prendra au nom de la société, s’il y a lieu de requérir l’acquittement ou la condamnation, il le fera, s’il y a lieu de poursuivre les violations des droits de l’homme, il le fera également, le ministère public poursuivra les auteurs coupables des violations. Il ne voit pas comment en procédure pénale l’on peut adresser les scellés au ministre de la justice, garde des sceaux, et que ces scellés ne sont adressés à la cour que le 15 avril 2010, et qu’il n’y a jamais eu de la drogue dans ces scellés, que c’est pour l’argent que Pascal a été arrêté mais que le MP le poursuivra pour complicité de trafic de drogue. Que les corrupteurs et les corrompus seront poursuivis de la même façon. On doit s’adresser avec élégance et courtoisie à la cour et au ministère public, si la cour accepte certaines indélicatesses, c’est son affaire, mais que le ministère public n’acceptera pas de tels comportements. Doura dira simplement que la cour en tirera les conséquences. Concernant les saisies meubles et immeubles, sur quelles bases les différentes saisies ont été exécutées puisque ce n’était plus pour l’instruction.
Le ministère public rejettera avec ostentation les documents présentant les narcotrafiquants en disant avec dédain :ça n’a aucune importance pour la cour, ce qui a étonné toute l’assistance et du coup, c’est Tiégboro qui est abattu et effondré, lui qui se voyait déjà tresser les palmes par l’opinion générale.
Tiégboro dira que tout est en sa défaveur, il dira au ministère public que c’est bien de faire étalage de connaissance, mais quand il s’agit d’humilier quelqu’un…Qu’ici, on ne juge pas le fond mais c’est la forme qui est jugée, si la cour veut libérer les détenus, lui, Tiégboro veut avoir la conscience tranquille socialement ; que tout est monté pour que les choses se passent de cette façon. Qu’il a tout compris, qu’il n’est pas un enfant, que ce procès est orienté uniquement sur sa personne.
Quand les avocats de la partie civile ont pris la parole, Tiégboro a repris de la couleur avec des questions qui lui flattent bien l’orgueil, il va même se transformer en avocat défenseur lorsqu’un intervenant a fait un lapsus calami, pardon, linguæ. Les avocats de la partie civile se sont relayés pour redorer le blason terni de Tiégboro, et dans cet exercice, c’est Me Doumbia qui va se montrer philosophe en allant dans l’antiquité et au ciel, tout en transpirant abondamment dans ses réflexions. Tiégboro sort de cette séance ragaillardi mais est-ce pour longtemps puisque les avocats de la défense avaient les yeux brillants de satisfaction ? Tout laisse croire que les problèmes de Tiégboro ne font que commencer. Attendons de voir !
Ce qu’il faut ajouter à l’intention de l’Etat qui poursuit, les honoraires de ces avocats ne sont pas toujours tombés et que les gardes pénitentiaires continuent de galérer à cause des atermoiements de la lourdeur administrative. Quant aux jurés,ils ont reçu leurs nèm-nèm, et que même la presse a bénéficié de quelques prodigalités dans cette distribution, et comme on nous a demandé de dire un mot à ce sujet, que la cour en soit remerciée. Voilà !
Rendez vous prochainement pour le grand face à face Tiégboro-la défense, et ils ont tous demandé à intervenir, une équipe de football, presque. Un spectacle en perspective !
Moïse Sidibé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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