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Eviter la répétition des dérives du coup d’Etat de Robert Guéi et construire une transition assainie vers la démocratie, et procéder au renouvellement de l’actuelle classe politique guinéenne vieille et corrompue.
Au-delà de l’euphorie des lendemains du coup d’Etat, des professions de foi et des critiques exprimées ici et là, le moment est venu pour les nouveaux maîtres de la Guinée de prouver de façon concrète qu’ils sont capables de projeter la Guinée sur la voie de la démocratie et de la modernité.
En m’appuyant sur l’histoire récente de la Côte d’Ivoire avec les errements de Robert Guéi, je voudrais souligner quelques erreurs que les nouveaux dirigeants guinéens doivent éviter. Robert Guéi est arrivé au pouvoir en disant qu’il venait pour “balayer la maison”, combattre la corruption, châtier les corrompus, mais il s’est finalement associé aux mêmes politiciens corrompus de la classe politique et son règne s’est terminé dans la déception, la confusion et le sang.
Je souhaite que la Guinée qui a ouvert la voie aux indépendances en 1958 devienne de nouveau un exemple pour notre région grâce à une transition assainie et efficace qui guérit durablement la Guinée. A cet égard, je souhaite formuler rapidement à l’intention du nouveau Président guinéen quelques réflexions rapides en m’inspirant de la mauvaise expérience vécue par le peuple ivoirien après le Coup d’Etat de Robert Guéi.
1) – Robert Guéi a été prisonnier de son histoire personnelle de Général à la retraite qui a évolué totalement dans le régime d’Houphouët-Boigny et qui ne comprenait rien à la culture démocratique. En ce sens, il y a une grande différence entre lui et le nouveau Président guinéen qui est beaucoup plus jeune et qui est plus ouvert aux idées du changement. Moussa Dadis Camara a plus de chances de succès à condition qu’il évite les errements d’un Robert Guéi qui s’est laissé manipuler par la vieille classe politique corrompue et qui a lui-même cédé aux délices et à la drogue du pouvoir.
2) – Robert Guéi est arrivé au pouvoir en annonçant une opération «mains propres» contre la corruption mais il s’est ensuite allié aux partis corrompus et aux élites corrompues : donc l’opération anticorruption devenait impossible. Comment pouvait-il faire du neuf avec du vieux? En formant un gouvernement avec la même vieille classe politique corrompue de l’opposition et de l’ancien pouvoir PDCI, Robert Guéi s’est condamné à jouer l’ancien jeu de la classe politique corrompue -en devenant lui-même un corrompu- et son entourage qui ont cédé aux mêmes dérives qu’ils dénonçaient. Les vieux politiciens de l’opposition et du régime ont commencé à le manipuler, surtout que Guéi voulait être candidat à la présidentielle avec le soutien du PDCI, parti contre lequel le coup d’Etat avait été fait.
3) – Dès lors, le changement devenait impossible puisque la transition était noyautée par les acteurs de l’ordre corrompu ancien. Guéi a donc commencé tout logiquement à faire des concessions au PDCI dont il recherchait l’investiture pour la présidentielle et il a dû abandonner la lutte anticorruption contre le PDCI puisqu’il était devenu l’otage de certains politiciens du PDCI.
4) – Guéi Robert est aussi apparu aux yeux du public comme très proche d’Alassane Ouattara au point que certains se demandaient si c’était un “coup d’Etat du RDR” surtout qu’Alassane Ouattara répétait que “entre lui et Guéi, c’était comme l’arbre et l’écorce”. Ensuite, d’autres ont dit qu’il était manipulé par un autre leader de l’opposition Laurent Gbagbo. Bref, en s’associant aux vieilles classes politiques corrompues du gouvernement et de l’opposition et de l’ancien pouvoir, en nourrissant lui-même des ambitions présidentielles, Guéi s’est retrouvé balloté dans un sens et dans un autre parce qu’il recherchait les soutiens d’une classe politique corrompue.
5) – Ainsi détruit-il toute perspective de changement en s’associant avec les mêmes vieux politiciens corrompus de l’opposition et de l’ancien parti au pouvoir. Comment pouvait-on faire le changement avec des politiciens si corrompus qui n’avaient aucun intérêt au changement? Comment pouvait-on faire la lutte contre la corruption avec des politiciens corrompus? Pour réussir, Guéi aurait dû éviter de former son gouvernement avec la vieille classe politique discréditée et corrompue des partis des Bédié, Ouattara, Gbagbo car il se soumettait à leur influence.
6) – Le nouveau Président guinéen doit éviter cette erreur de Guéi qui a été de soumettre le gouvernement aux desideratas et à l’influence d’une opposition guinéenne corrompue, peu crédible et de l’ancien parti au pouvoir discrédité qui se sont partagé le pouvoir et les gouvernements ces dernières années. Ces gens qui ont une culture politique de la corruption, du pillage des ressources publiques, de l’impunité, sont discrédités dans l’opinion. Ces gens ne sont pas des agents du changement et ils bloqueront tout changement s’ils sont au cœur de la transition actuelle et si au terme de la transition ils devaient se retrouver à la tête du pays. Le paradoxe en Côte d’Ivoire est que le coup d’Etat a été fait contre Bédié, le père de l’ivoirité et de la corruption, mais aujourd’hui Bédié est encore au cœur du système politique et fait même campagne pour la future élection présidentielle. Quel ivoirien l’aurait cru au moment du coup d’Etat? Cela est possible parce que Guéi s’est allié au parti de Bédié et à d’autres partis douteux (Gbagbo, Ouattara) et tout le monde sait aujourd’hui que ni Bédié, ni Gbagbo, ni Ouattara, tous corrompus et controversés, qui divisent le pays sur des bases ethniques et religieuses, ne pourront jamais apporter la réconciliation et l’unité en Côte d’Ivoire.
7) – La Guinée doit mettre en place un gouvernement de transition assainie, avec des personnalités neuves et irréprochables reconnues pour leur compétence et leur intégrité. Il faudrait des gens neutres indépendants des partis corrompus. La Guinée doit éviter un gouvernement de transition dominé par les mêmes vieux partis corrompus qui ont détruit la Guinée, autrement l’échec est garanti comme avec Guéi.
8) – La Guinée n’ira nulle part si au terme de la transition ce sont les mêmes leaders politiques corrompus et leurs partis corrompus qui se retrouvent à gouverner le pays : ou serait le changement? Ce serait un retour en arrière. Or la Guinée doit avancer vers le changement de leadership et de la gouvernance. Si le coup d’Etat ne permet pas la rupture et le renouvellement de l’élite politique corrompue au profit d’une nouvelle élite saine et intégrée il aura échoué. Le Président actuel doit encourager le renouvellement de la classe politique guinéenne en neutralisant la vieille classe politique par une opération mains propres contre la corruption qui doit être menée de façon transparente, rapide et démocratique par le ministère de la justice et le ministère de la lutte contre la corruption.
9) – Pour renouveler la classe politique corrompue, le nouveau Président doit lancer une vigoureuse, impartiale et transparente opération mains propres contre la corruption en ciblant en premier lieu les leaders politiques corrompus toutes tendances confondues qui aspirent à diriger de nouveau la Guinée. Tous ceux qui aspirent à des responsabilités politiques dans la nouvelle Guinée de demain, doivent être au dessus de tout soupçon et les autorités politiques actuelles doivent y veiller en lançant des investigations en priorité sur ces personnes sales qui vont utiliser le tribalisme et les propagandes mensongères pour tromper l’opinion ou la corrompre avec l’argent volé aux Guinéens. Ces investigations doivent être rapides, efficaces, transparentes, médiatisées et répondre aux critères internationaux de l’Etat de droit.
10) – Pour doper la lutte contre la corruption et la rendre crédible aux yeux de l’opinion nationale et internationale, le Président Guinéen doit mettre en place un puissant ministère de la justice et de la lutte contre l’impunité et aussi un autre puissant ministère de la lutte anticorruption dirigé par un homme intègre et sans états d’âmes qui vont investiguer en premier sur la classe politique avec pour objectif d’éviter que les corrompus qui ont détruit la Guinée ne manœuvre pour contrôler la transition actuelle et pour se retrouver à la tête de la Guinée après la transition. Il faut absolument un renouvellement de la classe politique guinéenne.
En Côte D’Ivoire la transition de Guéi a échoué à lutter contre la corruption et à renouveler la classe politique. Au final, Guéi a été tué par cette même classe politique avec laquelle il a pactisé et il a été déçu. Tous les espoirs de changements nés au sein du peuple avec le coup d’Etat de Noël 1999.
La lutte contre la corruption doit être active, massive, transparente, efficace et porter en premier lieu sur la classe politique corrompue qui est responsable de la corruption. La laisser dans le jeu politique serait de perpétuer l’impunité, la corruption et de condamner le peuple guinéen à plus de souffrance.
En guise de conclusion : une transition vers un nouveau leadership intégré.
Le problème majeur de nos Etats africains n’est pas nos peuples mais notre leadership politique criminel. Aussi longtemps que les politiciens africains penseront que le pouvoir ne sert pas à servir mais plutôt à s’enrichir illégalement et à tuer les opposants qui les dénoncent, nos populations perdureront dans la pauvreté et dans la misère. « Voler et tuer », « tuer et voler » sont souvent le seul leitmotiv, le seul programme, la seule motivation des classes politiques criminelles africaines qui bloquent ensuite la justice pour s’assurer une scandaleuse impunité. Il faut casser ce cycle du «voler-tuer» et «tuer-voler» et de l’impunité qui dominent notamment dans un pays comme la Côte d’Ivoire du fait de l’échec de la transition de Robert Guéi.
Tous les Etats qui veulent avancer doivent résoudre d’abord la question fondamentale de la qualité du leadership. Un leadership corrompu et criminel provoquera toujours des catastrophes et s’épuisera de se protéger par l’impunité tandis qu’un leadership vertueux, intègre, et démocratique permettra à nos pays, à nos populations et à la démocratie de renaitre et s’épanouir.
L’enjeu fondamental de la transition guinéenne actuelle est donc l’émergence d’un nouveau leadership honnête, intègre, compétent, crédible et digne de confiance auprès des populations guinéennes totalement dégoutées par des politiciens corrompus de l’opposition comme du régime défunt. Seul ce leadership intègre pourra véritablement servir le peuple guinéen et la démocratie, telle sera le critère déterminant de la mesure de son échec ou de sa réussite dans les prochains mois. L’échec sera absolu si les politiciens corrompus actuels de l’opposition et du régime défunt ne sont pas l’objet d’investigations sérieuses pendant la transition actuelle et se retrouvent encore demain à gérer le pays parce que la transition actuelle n’aura pas été suffisamment rigoureuse, vigilante et courageuse pour approfondir la lutte contre la corruption.
Si l’actuel Président Moussa Dadis Camara devait, à l’issue de cette transition qu’il a déclarée vertueuse, remettre demain les clefs de la présidence à un président corrompu qui perpétuera la vieille culture politique de la corruption, des pillages et de l’impunité, il aura totalement échoué et aura lancé la Guinée sur des voies périlleuses et dangereuses pour le peuple guinéen et les générations futures. Il se retrouvera lui-même dans les poubelles de l’histoire, comme Robert Guéi en Côte D’Ivoire, manipulé puis finalement neutralisé et assassiné par ces mêmes politiciens véreux et notoirement très corrompus de l’opposition avec lesquels il avait pactisé et par lesquels il s’était laissé manipuler. Robert Guéi les aurait neutralisé dès le départ à travers la lutte anticorruption qu’il annonçait et joué la carte de la démocratie et de l’anticorruption. San nul doute, Robert Guéi serait probablement vivant aujourd’hui et classé parmi les héros dans la mémoire collective ivoirienne et africaine et la Côte D’Ivoire ne continuerait pas à avoir aujourd’hui cette même classe politique dangereuse, corrompue et pilleuse, constituée par les mêmes vieux loups, Gbagbo Laurent, Alassane Ouattara, Konan Bédié et leurs sous-produits comme Soro Guillaume, Blé Goudé et consorts, des gens qui deviennent milliardaires sans avoir jamais travaillé de leur vie.
La transition ivoirienne a échoué parce qu’elle n’a pas réussi à mettre à l’écart tous ces politiciens corrompus qui constituaient depuis longtemps le problème de la Côte D’Ivoire et qui continuent toujours à l’être. La transition de Robert Guéi a échoué parce qu’elle a été incapable de renouveler sur des bases vertueuses et démocratiques, une classe politique corrompue et démocratique.
Par contre, si le Président Dadis peut véritablement «balayer la maison», renouveler en profondeur la classe politique guinéenne, neutraliser les politiciens affairistes corrompus et protéger la Guinée de ses élites politiques criminelles de l’opposition et de l’ancien régime, s’il peut réussir là où Robert Guéi a totalement échoué, il aura offert à la Guinée une véritable renaissance et enverra au monde et à l’Afrique un extraordinaire message d’espoir.
Le Président Moussa Camara par ce succès fera honneur à l’Afrique et à la Guinée. Et l’Afrique et le monde lui en seront reconnaissants. L’histoire écrira alors son nom en lettres d’or. Et le Capitaine Moussa Dadis Camara redonnera à la Guinée ses lettres de noblesse, cette Guinée qui a dit courageusement non au Général De Gaule et arraché son indépendance dans l’honneur et la dignité alors que la plupart des leaders de l’Afrique de l’Ouest, à l’exception de Kwame Nkrumah, préféraient ramper devant le colonisateur Français.
Dr. Tiemoko Coulibaly, Washington DC Historien Candidat à l’élection présidentielle ivoirienne Président de l’Alliance Nouvelle Vision (ANV) pour www.guineeactu.com
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