mercredi 30 mars 2011
Corruption, pots-de-vin et mal-gouvernance : une menace pour la paix et la prospérité
Thierno Aliou Bah

Dans son modèle d'équilibre de la croissance endogène, Isaac Ehrlich (1999) stipule que la croissance équilibrée est dérivée d’un acte d'équilibre entre l'accumulation du capital humain, qui engendre la croissance, et l’accumulation du capital politique, qui n’assure que le pouvoir bureaucratique. La corruption en Afrique, un processus dans lequel les individus sont incités à lutter pour obtenir des privilèges bureaucratiques pour un gain personnel, provient de la concentration du pouvoir entre les mains de quelques politiciens, bureaucrates ou chefs d’entreprises. Cependant, comme Lui (1999) suggère, ''si nous définissons la corruption bureaucratique comme l'intervention de l’Etat dans l'économie, quelle qu'en soit la raison, alors la preuve de cette forme de corruption existe dans toutes les sociétés sous différents régimes politiques et économiques''. Ainsi, la notion que la corruption et les pots-de-vin sont une particularité des pays sous-développés ou non démocratiques est naïve. Il existe dans les pays occidentaux des formes sophistiquées de corruption publique (ou en entreprise) différentes de celles que nous connaissons en Afrique. Bien que ces formes illicites d’intervention de l’Etat/entreprises ne perturbent généralement pas le fonctionnement de leurs sociétés, elles restent d’actualité et font l’objet de sévères sanctions pénales. Par contre, la corruption institutionnalisée comme nous la connaissons en Afrique contribue à l'effondrement de nos sociétés lorsque l’élite politique et leurs amis arrachent ‘‘le pain’’ de la bouche du peuple. La corruption de toute nature (légale, illégale, publique, politique, organisée ou sophistiquée) n'est pas un jeu à somme zéro où l'intervention du gouvernement se traduit par un gain pour l'économie tout entière. En général, la corruption frappe de plein fouet les plus pauvres, menace la paix et entrave la croissance économique et la prospérité.

Nous aspirions au changement ? Nous avons un nouveau gouvernement civil pour la deuxième fois de notre histoire. Les retombées financières des investissements directs étrangers ainsi que les apports en capital ou en dons de la communauté internationale ayant généralement un impact positif sur l’économie locale, comment assurer une gestion saine et efficiente de ces ressources pour améliorer les conditions de vie de nos populations ? Il convient de souligner que l'objectif des investissements c’est la création de richesse en termes d’infrastructure (urbaine et rurale) et de revenu (issu de la croissance économique ou des royalties). La croissance se révèle donc bénéfique car elle est nécessaire au développement d'un pays pour satisfaire les besoins essentiels à la survie. En d’autres termes, la croissance économique a pour principal objectif de réduire la pauvreté et non d’accroitre le train de vie de l’élite. Selon le principe utilitariste, l’action moralement bonne c’est celle qui contribue au plus grand bonheur du plus grand nombre de personnes. Par conséquent, il faut mener des actions utilitaires garantissant le bonheur collectif. La clé du développement c’est tout d’abord avoir une vision prospective et une politique volontariste cohérente par la participation active, la transparence, l’adaptation, l’organisation, la régulation, la modestie et le contrôle. Elle « consiste aussi à engager une démarche générale de décentralisation qui rapproche l’Etat du peuple » (Stiglitz, 2003), c’est-à-dire un Etat modeste où les dirigeants (leaders) se confondent au peuple et où personne n’est au dessus de la loi. C’est cela la gouvernance citoyenne/démocratique. Le projet de société de la nouvelle administration, pour la nouvelle Guinée à bâtir, doit s’inscrire dans la mouvance des transformations sociales et économiques nécessaires suite aux limites des systèmes de gouvernance communiste et militaire, et un système capitaliste sauvage tel que nous l’avons connu en Guinée depuis 1984. Les valeurs, les principes, l’inclusion et la gouvernance démocratique citoyenne doivent porter le germe d’un autre sens à la vie de notre société.

La concentration des pouvoirs posent des problèmes de contrôle démocratique. Nous devons travailler dans l’unité, la concorde, la fraternité et la paix pour restaurer notre dignité. Aujourd’hui, tout le monde reconnaît qu’un demi-siècle de dictature absolue a pourri le pouvoir, généré la corruption, l’injustice et le désordre social. La mal-gouvernance, l’exclusion, l’instrumentalisation de l’ethnie, et l’égoïsme nous ont fait régresser davantage ces dix dernières années. La troisième république est sensée redonner un regain de vitalité à l’unité et à la solidarité nationale car le développement repose sur le brassage des communautés et une transformation profonde des mentalités, particulièrement dans une société multiethnique. Cet article, qui peut servir de support de réflexion, s’assigne pour principal objectif d’ouvrir un débat d’idées civilisé et courtois (en anglais ou en français) entre concitoyens sur les méfaits de la corruption institutionnalisée et la mal-gouvernance sur nos économies et sur le bien-être des populations, d’une part et, de l’autre, d’identifier des pistes pour y remédier. Pourquoi la croissance économique dans nos pays riches en ressources naturelles renforcent-elles les inégalités plutôt que de réduire la pauvreté comme c’est le cas en Occident ou dans les pays d’Asie orientale ? Est-ce un problème de leadership, d’opportunisme et de culture de l’égoïsme, d’intolérance, etc.? Dans le climat politique et socioéconomique actuel de la Guinée, la nouvelle administration peut-elle changer la donne et relever le défit de la lutte contre la pauvreté? Quels sont les vrais enjeux et quel est le rôle de chacun d’entre nous dans le processus de développement de notre pays ? Nous pouvons tous être utiles à notre pays (où que nous soyons), à condition, bien sûr, que nos dirigeants aient une large ouverture d’esprit et adoptent une approche inclusive du développement. Nous devons tous ensemble, gouvernés, gouvernants et opposants, agir dans le sens de l’apaisement et de l’unité nationale pour sortir notre pays de l’ornière. En commun accord avec l’administrateur du site, j’ai décidé d’inclure la version anglaise de l’écrit pour donner l’opportunité aux lecteurs plus à l’aise dans cette langue de s’exprimer librement.


Thierno Aliou Bah


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Thierno Bah, jeudi 31 mars 2011
M. Camara, vous n`avez peut-etre pas compris l`objectif de l`ecrit. Il ne s`agit pas de critiquer telle ou telle partie. Priere de relire. Cordialement
Camara, jeudi 31 mars 2011
Ach,Tranquilisez les gens,laissez les gens travailler dans les circonstances positives.Que Dieu benisse la Guinee et les Guineens.vive la democratie, vive le developpement en Guinee.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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