dimanche 15 juin 2008
Coplan en Guinée-Boiro : Per il pogno di dollare
Saïdou nour Bokoum

Quel leader, quelle vision claire des objectifs, quel stratège, quel tacticien ! On pense à un de ces hold-up du siècle où je ne sais quel illuminé a vidé telle banque (ou la Poste) en plein cœur de Londres. Des milliards envolés à jamais, malgré Scotland Yard. Mais le génie de Coplan est ailleurs.

Tous les lacourous reconnaissent son leadership. Bien qu’ils soient tous armés comme lui, ils baissent les armes, et se mettent au garde-à-vous volontairement quand il faut trancher. Comme ils feraient de bons militants, de bons citoyens, s’il avait été question du destin de la Guinée.

Hélas, la Guinée est devenue un Self-service.  « Help yourself », disent les Américains. Que chacun se serve !

Les Guinéens n’ont pas vu que ce sont les syndicats qui ont commencé ce western, malgré quelques péripéties où l’on a cru voir l’intérêt collectif national transcrit dans un fameux accord tripartite. On sait comment il a fini dans une décharge publique.

L’intérêt collectif ? Tout le monde s’est mouché avec, à commencer par les leaders syndicalistes. Nous ne reviendrons pas sur les tristes dénégations qui ont ponctué leurs violations répétées par les deux têtes de la dyarchie qui sévissait au sommet de l’Etat.

Après l’inter centrale, la centrale libre des enseignants est en train de jouer son plan Coplan. D’abord la prime des transports, ensuite, les questions indiciaires, reportant au fur et à mesure la menace de grève. Exactement comme Coplan qui vient de prévenir, en dessinant les contours du prochain épisode de son feuilleton qui a été marqué par quelques épisodes sanglants. Mais en Guinée-Boiro, la mémoire, on s’en tape. Donc des têtes gradées doivent encore tomber malgré les satisfactions en espèces glissantes, et les derniers houras en matière de grades, « lacourou tu étais, lacourou en chef tu es devenu... ».

D’ailleurs la fraction des mutins qui avaient eu le malheur d’être justement embastillés pendant (ou après) les évènements de janvier-février et libérés grâce à leurs complices dirigés par Coplan, viennent de  terroriser Kaloum par voie de rumeurs nationales : « nous aussi y en a vouloir des sous », auraient-ils menacé.

Et le calme est revenu dans Kaloum, illico presto. On a dû leur promettre de  remettre en branle la planche à billets.

C’est sûr que le préavis de grève des enseignants qui prévoit je ne sais quoi le 19, n’est qu’un mouchoir rouge qu’on agite juste avant de se mettre à table, dans notre gigantesque cafétéria où  l’on ne sert que des billets de banques taillés dans la peau des singes de Yomou. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’être délocalisés à San Pédro, ferrés comme le bois d’ébène d’antan en partance pour les Amériques. Ici les rafiots d’esclaves sont remplacés par des grumiers qui ont emporté notre forêt pour la vendre aux peuples qui ne sont pas sous la fatwa divine de la malédiction.

Donc la Guinée n’est pas une famille, mais une Cafétéria.

Car « last but not the least », il ne faut pas oublier nos leaders qui ont compris comme Coplan, que la Guinée est comme un grand plat de lafidi sans bonga, avec un seul ngoyo (djakatou, djagaro) au milieu, servi à des aveugles. C’est chacun pour soi pour avoir le morceau de ngoyo qu’on prend pour un morceau de bonga.

A l’aveuglette, si je puis risquer cette redondance.

Donc les Partis politiques viennent d’avoir leurs ministères. En vrac.

En effet, s’ils semblent avoir compris la leçon de Coplan, ils n’en ont pas saisi la substantifique moelle.

Les lacourous ne cherchaient pas « quelque chose en général ».

Ils ont fait un hold-up pour prendre de l’argent.

Ensuite ils ont brandi les armes pour avoir des grades.

Maintenant ils attendent des têtes (de généraux, ils en avaient obtenu quelques unes déjà), arme au poing, balle engagée.

Or que font nos « leaders » ? Ils veulent entrer au gouvernement, « en général ». Ils n’ont pas fait comme l’a fait le Parti communiste français avant de construire l’Union de la gauche avec le Parti socialiste de F.  Mitterrand. Ils ne sont entrés au gouvernement qu’en sachant quels postes leur étaient réservés. Mieux, ils ne sont pas entrés au gouvernement de Mitterrand. Ils ont négocié ensemble la fabrication de ce gouvernement. Cependant nos « leaders », ne sont pas blâmables. La Guinée n’est plus une famille, elle est devenue un self-service. Il y a seulement que les uns se contentent d’une entrée, d’autres d’un petit café, et quelques autres font le tour de la question en commençant par les cuisines, avant de prendre un lourd plateau où l’on trouve tout, à boire et à manger. Gratis. La méthode Coplan. Il suffit de brandir de quoi tenir tout le monde en respect, sous les tables de préférence.

D’ailleurs on vient de servir nos « leaders » politiques. Notez que dans un self, d’habitude, on se sert, mais nos « leaders »… Ils auront une trentaine de plats, de postes je voulais dire. On songe pour eux aux ministères-clés de l’Intérieur, de la politique et des élections, celui des armées, celui de l’économie éphémère et durable, les  secrétariats généraux à la présidence et au gouvernement, le Protocole d’Etat à la Présidence...

Et le Peuple ?

Et la Guinée ?

Je n’ai qu’un sentiment à donner.

Je suis de Dinguiraye. Avant que la Guinée ne fût une famille, comme le prétend la chansonnette des mamayeurs de la world music locale, (les mêmes qui hurlaient « a lan a mulan »), mes ancêtres qui voulaient se rendre au haj, se sont égarés quelque part entre Timbo et Tamba. Alors ils se sont laissé surprendre par les Blancs qui les ont retenus à Dinguiraye.

Comme la Guinée est devenue un self-service, je crois que Dinguiraye va se rattacher à Kita à côté (c’est au Mali). Peut-être que Nzo (en Forêt) cherchera à se rattacher à Man ou à Séguéla, histoire de se rapprocher de son bois sacré exilé à San Pédro. Koundara ira rejoindre Kolda au Sénégal.

Les chasseurs de Kouroussa et de Baro retourneront en Egypte où les textes sacrés des chasseurs bambaras placent leur origine. (1)

Wa salam !

Saïdou nour Bokoum pour www.guineeactu.com

(1) Voir La confrérie des chasseurs bambaras, de Youssouf Tata Cissé, éd. Nouvelle du Sud.

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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