mardi 9 décembre 2008
Contribution à l'histoire récente de la Guinée
Ibrahima Diallo

A côté des interventions sur la politique quotidienne en Guinée, il est aussi utile de faire lire, surtout aux plus jeunes, des écrits (l'extrait ci-dessous) de non-Guinéens - a priori sans parti-pris - relatif à l'histoire du Pays. 

 

En plus, la commémoration du cinquantenaire étant toujours d'actualité, il est aussi une opportunité de faire un bref bilan politique.  Cela peut également s'inscrire dans le cadre des témoignages actuels.  

 

En effet, certains compatriotes niant des faits avérés, contribuent à créer la confusion et des polémiques, plutôt que d'admettre les atrocités commises, afin que nous puissions progresser, enfin, vers le pardon et la réconciliation. 

 

Avec l'autorisation des auteurs, voici une vue et analyse que les lecteurs pourront apprécier à leur juste pertinence, et éclairer un peu plus les sceptiques.  Les morts ne reviendront pas ! Mais notre acharnement à dénoncer les crimes de Sékou Touré (et ses complices dont on parle peu) n'a rien de malicieux, sauf de vouloir réconcilier le pays avec lui-même. Malheureusement certains voient dans cette demande de justice à titre posthume pour tous ces innocents, un point d'honneur "communautaire" ou de fidélité (stupides et irrationnels) de nier tout en bloc et défendre le dictateur.  Ils ne semblent pas ou feignent de ne pas comprendre la finalité de notre combat qui n'est pas la vengeance mais la réconciliation.  Un proverbe japonais( ?) dit : « quand tu montres du doigt la lune/ le soleil à l'imbé(…), au lieu de regarder l'astre, il regarde ton doigt ».     

 

Apprécions plutôt cet extrait :

 

« Eviter les choix aventureux des vaniteux !

Apprécier sainement la réalité, c`est avoir une conscience claire des enjeux et forces en présence; c`est surtout avoir la juste estimation des forces en mouvement; car la scène politique est toujours un espace d`affrontements (aussi bien verbaux, idéologiques, sentimentaux que physiques).

 

Félix Houphouët-Boigny avait fait l`option de contourner l`obstacle plutôt que d`y foncer tête baissée, comme le ferait un homme intrépide et d`une témérité suicidaire. Une telle attitude qui a pu paraître pour de la couardise dans l`entendement de certains, quand d`autres y voyaient là, l`expression d`un collaborationnisme suspect; pis : de la trahison - comme l`avaient estimé quelques leaders africains ainsi que des étudiants de la Feanf(1)- tous farouchement indépendantistes et vivant dans l`euphorie d`un combat libérateur et épique à mener contre le colonisateur blanc. Ils lui avaient fait le reproche d`avoir choisi la voie de l`indépendance négociée plutôt que celle de l`affrontement ou de l`indépendance ``arrachée`` (à la Sékou Touré).

 

C`était l`époque des slogans exaltés : " Nous préférons la pauvreté dans la liberté, à l`opulence dans l`esclavage ", disait alors, superbe d`éloquence trompeuse, le légendaire tribun du stade du 28 septembre. On sait la suite de l`histoire : les Français sont partis; la Guinée a eu pour partenaire les soviétiques, et non les Français. Deux décennies après, l`Afrique et les Guinéens ont pu faire le bilan de la santé économique et politique de la Guinée ainsi que celle des pays africains de la ligne de front : la grande désillusion, en comparaison avec les réussites (sociales, économiques, celles dans l`Education et la Formation) de la Côte d`Ivoire.

 

Les Guinéens, quant à eux, ont eu effectivement la pauvreté, mais dans la tyrannie (gras, ndlr). Les cris des suppliciés du camp Boiro résonnent encore aujourd`hui dans le cerveau des rescapés de la potence qui ont pu fuir l`enfer de la Guinée. Bénin, Mali, Haute-Volta puis Burkina, Ghana, etc. Bilan général : le grand désastre(2).

 

Près de trois décennies après, à l`occasion d`une Assise de son parti le PDCI-RDA, Houphouët expliquera aux jeunes générations (que nous étions et qui n`avions pas vécu ces faits) son attitude, en disant, à propos des absolutistes de l`indépendance : " Ils avaient l`audace de ceux qui ne savent pas; moi, j`avais la prudence de celui qui avait vu un peu ".

 

L`homme avait donc su faire une ``saine appréciation de la réalité`` au cours de ces années 1950 où, entre les légitimes aspirations autonomistes des peuples asservis, et l`appréciation lucide des faits, il avait préféré la seconde voie, quitte à être incompris sur-le-champ et obtenir, plus tard, l`absolution de l`Histoire. Et la réalité était que les régimes communistes étaient moins soucieux des Droits de l`homme, du respect de la vie, de la garantie des libertés, que les régimes de l’Ouest libéral.

 

La réalité était que ces indépendances étaient vite arrivées(3), et que le destin d`un peuple qu`on a à diriger est plus important que l`orgueil vaniteux d`avoir dit un ``Non`` circonstanciel qui faisait de vous, un héros de circonstance et non pas forcément un homme utile à son peuple (gras, ndlr). La réalité, enfin, ce sont ces milliers de Guinéens, de Maliens, de Ghanéens, de Voltaïques, de Burkinabè, de Béninois etc. qui fuiront leurs pays respectifs pour trouver asile, prospérité, sécurité, paix et justice en Côte d`Ivoire; la Côte d`Ivoire de Félix Houphouët-Boigny qui avait donc eu raison sur les passions entêtées et vaniteuses. »

 

Venance Konan - Triburce Koffi : par Tiburce Koffi


Pour le compte du Mouvement pour le néo houphouétisme (MNH) in « Venance Konan (journaliste, écrivain et néo-houphouétiste) : "Mon pays et moi, quinze ans après Houphouët"


Source: Abidjan.net, 6-7 décembre 2008

 

Extrait présenté par I. Diallo "OLLAID"
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Issiaga DANSOKO, mercredi 10 décembre 2008
Merci M. Diallo de votre réponse à mon invitation. Très brièvement, je voudrais vous dire que, en ce qui me concerne, il n`y a aucune ambiguité sur le principe la prise de l`indépendance de la Guinée par Sékou Touré et ses compagnons en 1958. Ce qui peut faire l`objet d`un débat, par contre, est de savoir ce que nous avons fait de notre indépendance. Sur ce plan, la Guinée et toute l`Afrique au sud Sahara ont échoué, certains Etats moins que d`autres bien sûr. Pour le cas de la Guinée, le paradoxe est que, ceux nient le rôle de leadership de Sékou Touré dans l`acquisition de l`indépendance de notre pays sont ceux là mêmes qui le tiennent pour l`unique responsable de notre malheur d`hier et d`aujourd`hui. Or, en réalité, il a été le leader d`un groupe de personnes qui ont porté haut les aspirations du peuple de Guinée à la dignité et à l`honneur. Tout comme il a été le responsable suprême d`une révolution sous laquelle beaucoup de valeureux fils et filles de Guinée sont tombés. Il a ses responsabilités individuelles pour des actes qu`il aurait commis en son nom propre, et collectives entant que maillon- bien que le plus important- d`une chaîne de commandement que constituaient le gouvernement, le BPN, l`APN etc. Vous, par exemple, ne trouvez en Sékou qu`un vulgaire "monstre", "sanguinaire" qui a décimé l`élite intellectuelle de son pays pour sauvegarder son pouvoir. Par contre, des millions de Guinéens trouvent encore en lui, au-delà d`un héros, un ange! C`est tout l`intérêt de dépassionner le débat pour rétablir les faits tels qu`ils se sont déroulés sous le premier régime. Pour ma part, je prends ma distance des extrémistes des deux bords, avec la conviction que Sékou n`était ni ange, ni "monstre". Il était un être humain avec ses qualités et ses défauts. Ce qui est important pour moi, singulièrement en ce qui concerne le rétablissement des victimes de son régime dans leurs droits et dignité, est de mener un débat serein, débarrassé de tout "a priori", qui nous permette d`écouter tous ceux qui ont quelque chose à nous dire sur le régime Sékou, ses complots, réels ou fictifs. On ne peut pas d`emblée, jeter l`opprobre sur un Facinet Touré ou un René Gomez pour prendre les témoignages de Sidiki Kobélé ou autre Galéma (et vice versa) comme des paroles de Dieu, si l`on veut savoir la vérité dans sa globalité, et non uniquement celle que l`on veut entendre. C`est pourquoi, je le répète à chaque fois que l`occasion se présente, que chacun de nous doit savoir relativiser "sa vérité" et lutter pour le départ de Conté qui empêche le jaillissement de la VERITE. Ce serait une auto-condamnation pour lui de permettre aux Guinéens de savoir ce qui s`est réellement passé sous les deux régimes. Pour le moment, lui et ses clans mafieux ne font que se frotter les mains en continuant à piller tranquillement nos ressources quand nous nous chamaillons entre " pro et anti-Sékou". La preuve, vous avez bien dit que c`est regrettable que le CMRN ait exécuté tous ceux qui pouvaient témoigner sur la Guinée du PDG. Pensez-vous qu`il s`agissait d`un acte fortuit? Qu`on se détrompe! Chassons d`abord Conté, et mettons en place un gouvernement qui émane de nous. D`un tel gouvernement, on peut tout exiger, y compris, l`établissement d`un organe judiciaire ou politique pour faire la lumière sur les 50 ans de la Guinée indépendante. Très fraternellement. Issiaga
Ibrahima Diallo, mercredi 10 décembre 2008
Mr Conde et Camara, vous n`etes pas obliges de lire ce que j`ecris et surtout reagir pour etre "tetu" car vous ne savez pas lire un texte: le message pas les phrases qui comptent! Ce texte s`adresse a ceux qui ne sont pas alignes. Je ne devais meme pas repondre mais.... Sujet clos! Vous nous faites perdre du temps!
conde, mercredi 10 décembre 2008
Mr diallo tu ne trouveras jamais de remede a ta maladie ,Le president SEKOU le disait bien que la jeunesse a toujours raison c`est pas de la demagogie mais c`est juste un constat. Quand on a ete eleve dans sa prime jeunesse avec pour valeur le refus de la VERITE eh bien on ira dans la tombe avec ce sentiment. Tes parents n`ont peut etre pas demander l`independance mais les notres l`ont fait et ils ont eu raison de le faire. L`Histoire retenu que SEKOU TOURE a ete la pierre angulaire de l`independance de l`afrique le reste n`est que des verbiages qui ne servent que ceux qui sont frustres par notre independance. En tout cas nous nous vivons bien notre independance.
Mamadou Sow, mercredi 10 décembre 2008
Merci Mr. Diallo Sekou Toure n`a pas du tout etait utile a son peuple. La Guinee boite aujourd`hui parce que Sekou et ses freres ont elimine les gens qui pouvait donner une bonne fondation de development a la guinee. Ils ont tue l`elite militaire, l`elite commercial, et surtout l`elite intellectuel. Avoir l`independence "vide" en tuant les gens qui pouvais construit la nation est inutile. Je constate aussi que des que un ancien locataire de camp boiro essaie de parler de ses experiences ils y a de gens qui commence a l`intimider. Mais petit a petie tout le monde saura ce qui a du reelement passe a camp boiro. Je crois que queq`un qui a passe a camp boire n`a plus peur d`intimidiations. Merci
Ibrahima Diallo_"Ollaid", mardi 9 décembre 2008
Mr Dansogo, vous n`avez saisi le point: ce n`est pas l`indépendance qu`il est question ici mais la maniere et le choix fait qui ne justifie en rien toutes ces pertes de vie humaine. Et ce constat vient de quelqu`un qui n`est pas Guinéen, neutre a priori . Donc meme des non-Guineens reconnaissent que Sekou Touré n`a pas été utile a son peuple et mentionne le fameux camp Boiro. Malheureusement le CMRN a eliminé sans jugement les tortionnaires en chef (qui auraient tout dit)avec peut etre d`autres innocents encore.
Issiaga DANSOKO, mardi 9 décembre 2008
Merci M. Diallo, J`ai bien lu et relu ce texte, mais ne comprends pas quel intérêt avez-vous de nous le présenter. Peut-être que Sékou Touré avait tort de réclamer l`indépendance de la Guinée en 1958? Je vous dirai mon impression après votre réponse. Bien à vous. Issiaga

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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