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« La tâche de cette commission n’est pas de réconcilier les Guinéens, mais de réfléchir et de faire des propositions sur les meilleurs moyens d’organiser un vrai cadre de rencontre et de débat franc et sincère entre tous les Guinéens, condition sine qua non pour une vraie réconciliation nationale », a affirmé, en substance, le professeur Sidiki Kobélé Kéïta, lors de la réunion de la Commission de Réconciliation nationale, le 10 mai 2010.
Je voudrais d’abord féliciter Madame la présidente de votre Commission qui a eu la civilité de répondre à ma correspondance du 31 mars 2010 et la remercier pour m’avoir invité à participer à la présente réunion.
Introduction
Mon intervention se fondera uniquement sur cette conviction que j’ai exprimée dans ma lettre sus-signalée et qu’une proposition concrétisera en fin d’intervention.
A mon avis, la tâche de cette commission n’est pas de réconcilier les Guinéens, comme le pensent certains membres du CNT dont les prises de position partisanes sont néfastes pour le pays et ont toujours choqué ceux qui militent pour cette noble mission; mais elle est de réfléchir et de faire des propositions sur les meilleurs moyens d’organiser un vrai cadre de rencontre et de débat franc et sincère entre tous les Guinéens, condition sine qua non pour une vraie réconciliation nationale
Ce que l’ordonnance du 5 mai 2010 précise désormais en affirmant que l’une des taches confiées au CNT est de « contribuer à réconcilier les Guinéens » ; votre commission n’est donc pas chargée de réconcilier les Guinéens, mais de « contribuer à les réconcilier » d’autant plus que l’on s’est rendu compte aussi que les prises de position et les vues simplistes et légères exprimées publiquement par certains membres du CNT jurent avec l’objectif visé.
En effet, réconcilier les Guinéens avec eux-mêmes n’est pas chose aisée ; la cristallisation de certains sentiments est trop profonde. Il faut ainsi exorciser la haine, le ressentiment, le désir de revanche ou de vengeance non encore assouvi qui anime toujours certains vindicatifs malgré les exécutions sommaires de la nuit du 7 au 8 juillet 1985.
Pour ce faire, Il faut d’abord amener les Guinéens à débattre publiquement, contradictoirement, mais sereinement et de façon responsable des contentieux des 26 ans de la première République, de ceux des 24 ans de la deuxième République et de ceux des 17 mois du CNDD, qui sous-tendent encore tous leurs rapports, afin d’établir la vérité crue sur ce qui s’est réellement passé durant ces années, justifier les mesures de justice qu’exige l’équité et de rétablir les innocents dans leur droit.
Que certains conseillers ne donnent donc pas l’impression qu’ils sont juges et parties ou que le CNT a déjà pris des décisions qui ne peuvent être qu’inopportunes et inappropriées.
L’action à entreprendre doit être abordée et menée avec tact et sérieux ; la bâcler en se précipitant sur des solutions bâtardes, c’est condamner le peuple de Guinée à continuer à patauger dans la mésentente et la misère, objectif réel de certains qui veulent se donner une certaine virginité politique, alors qu’ils participent à toutes les intrigues politiciennes qui retardent la Guinée et empêchent jusqu’ici la réconciliation nationale.
Les contentieux des 26 ans impliquent non seulement l’Etat guinéen et des citoyens guinéens, mais aussi et surtout l’Etat français et des citoyens français, avec l’obligation de parler des activités de déstabilisation dont la Guinée a été victime de 1958 à 1984 et de leur répression.
Les contentieux des 24 ans n’ impliquent en principe que l’Etat guinéen et le Peuple de Guinée, avec la nécessité de débattre des questions suivantes: le coup d’Etat du 3 avril 1984, les événements du 4 juillet 1985, le narcotrafic, la dilapidation des richesses naturelles de la Guinée, l’enrichissement illicite, la corruption, etc., qui sont en fait les causes de la tentative de coup d’Etat des 2 et 3 février 1996 et des révoltes populaires qui ont jalonné cette période.
Les contentieux des 17 mois du CNDD semblent avoir été réglés, puisque les organes de transition les ont assumés vis-à-vis de la communauté internationale et que ceux qui en ont été victimes semblent approuver ceux-là.
I.- De la problématique des contentieux des 26 ans (1958-1984) et des 24 ans (1984-2008)
Pour ce qui est des contentieux des 26 ans, j’y réfléchis depuis fort longtemps.
C’est grâce à feu Jean Faragué Tounkara que je me suis intéressé au problème des complots comme l’une des conséquences du « non » du 28 septembre 1958 du peuple de Guinée.
En effet, à sa deuxième sortie de la prison du camp Boiro, ce grand patriote, sincère et courageux, avait demandé à travailler dans le service que je dirigeais alors au sein de l’INRDG, la Bibliothèque Nationale. Des rapports objectifs et de confiance, nés des relations des premières années de l’indépendance alors qu’il était ministre de la Jeunesse et que j’étais étudiant en vacances fréquentant le dancing « La Paillotte » où il allait souvent, finirent par se consolider ; nous passions notre temps à discuter chaudement: il m’avait aidé à comprendre la situation qui prévalait en Guinée en m’expliquant beaucoup de faits historiques guinéens de l’après indépendance, des contradictions qui minaient l’opposition intérieure et même d’une note de soutien et d’encouragement qu’il avait reçue en 1965 d’un officier supérieur de l’armée guinéenne quand il préparait le complot dit complot Petit Touré ; il avait heureusement eu le temps de la cacher ; cet officier sera finalement arrêté suite à l’agression du 22 novembre 1970.
Mais il y a une réponse parmi les nombreuses qu’il m’avait données qui avait orienté mes recherches et m’avait incité à abandonner le sujet de ma thèse de doctorat pour la rédaction duquel j’avais sollicité mon affectation à la Bibliothèque nationale: « Toutes les tentatives de déstabilisation dénoncées sous les noms de complots, de subversion, de sabotage économique, etc. par le régime sont vraies ; mais il y a eu un complot dans chaque complot ».
Pour mieux maîtriser l’histoire contemporaine de la Guinée. je me suis consacré depuis lors à la recherche sur la lutte pour l’indépendance de la Guinée et ses conséquences dont les complots, Mes deux derniers ouvrages imprimés et édités en France :
1.- Des complots contre la Guinée de Sékou Touré (1958-1984), publié en 2000
2.- Autopsie d’un pamphlet : camp Boiro. Parler ou Périr d’ Alsény René Gomez, publié en mai 2009 et qui est plus complet, comportent non seulement la présentation des résultats de mes recherches et l’analyse des faits, mais aussi les conclusions suivantes:
1. Tous ceux qui avaient été arrêtés n’étaient pas tous coupables, mais tous n’étaient pas innocents non plus ; n’accuser personne, ne culpabiliser personne et n’innocenter personne, telle est ma ligne de conduite depuis lors.
2. Présenter les résultats de mes recherches tels qu’ils se dégagent des sources vérifiables utilisées et mettre les lecteurs au même niveau d’information.
3. Montrer que seuls ceux qui avaient été accusés d’avoir organisé ces complots de l’extérieur, des Guinéens en groupe ou utilisés par les services secrets étrangers, des agents ou honorables correspondants guinéens ou étrangers peuvent nous aider à culpabiliser ou à innocenter quelqu’un. (Cas de Bah Lamine, auteur de l’attentat de 1980 à la grenade que j’évoque plus loin).
4. Ce qui est écrit sur la vie carcérale, le traitement en particulier des prisonniers au camp de la Garde Républicaine appelée plus tard Camp Boiro et la prison de Kindia, ne peut être contesté que par ceux qui l’ont vécue.
5. Mais l’arrestation étant une conséquence et non une cause des complots, et comme les témoignages de tous les anciens prisonniers du camp Boiro sur les autres aspects des complots, dont la cause de leur arrestation, soumis à des recherches intenses, se sont presque tous avérés faux, il fallait aller au-delà de ces écrits, au-delà de « la littérature de douleur », faite pour émouvoir les naïfs.
Pour ce faire, j’ai estimé que tout chercheur ou vrai journaliste spécialisé dans l’investigation, peut et doit approfondir les recherches dans l’intérêt de la vérité historique, sur la réalité et la véracité desdits complots, leurs préparatifs, leur financement, leur exécution et leurs objectifs éventuels.
Les faits historiques étant têtus et certaines personnes étant habituées à la confession, il a tout simplement suffi de tenir compte de la masse documentaire dont on dispose désormais grâce aux aveux et témoignages des acteurs ou témoins étrangers et guinéens plus ou moins impliqués dans les préparatifs et l’exécution de ces opérations pour rétablir la vérité des faits: Jacques Foccart, secrétaire général aux affaires africaines et malgaches; Pierre Messmer, dernier gouverneur général de l’ AOF au moment du non guinéen ; Maurice Robert qui dirigea la section ouest africaine du SDECE de 1955 à 1963 à Dakar avant d’être nommé chef de la zone Afrique de 1963 à 1973 du SDECE à Paris ; Bob Denard, grand mercenaire français, qualifié de « dernier affreux », qui participa au recrutement et à l’entraînement des mercenaires guinéens de l’époque ; Jacques Batmanian, alias Jacques Baulin, ancien conseiller personnel du Président Houphouët-Boigny ; capitaine Alpoim Calvao, officier portugais qui dirigea l’agression du 22 novembre 1970 contre la Guinée; Alpha Oumar Bah de Guinée, seul mercenaire africain arrêté dans l’ agression contre le Bénin le 16 janvier 1977, incarcéré dans ce pays jusqu’en 1990, et dont la déposition devant la commissions de l’OUA et celle des Nations Unies est édifiant ; Mamadou Dia, ancien premier ministre du Sénégal ; Magate Low , ancien ministre de l’ Armée Sénégalaise ; Dr Charles Diané, l’un des éminents responsables de l’opposition guinéenne à l’extérieur, sur l’agression du 22 novembre 1970 et la complicité de certains cadres dirigeants du gouvernement guinéen de l’époque avec l’opposition extérieure ; Jean Faragué Tounkara, ancien prisonnier du camp Boiro, sur le complot de 1965; Siradiou Diallo sur le complot de mars 1969 ; Bah Mamadou et ses démarches auprès du gouvernement américain contre le régime guinéens de la première République ; Almamy Ibrahima Barry dans le journal Le Lynx sur le complot en préparation en 1984 contre la tenue du sommet de l’OUA en Guinée ; John Bérété, deuxième élément entraîné avec Tidjane Keïta pour l’assassinat du Président Ahmed Sékou Touré en mars 1969, etc.
Je n’évoque pas Roger Faligot et François Krop dont l’ouvrage, la Piscine, paru en 1985, avait mis fin aux travaux de la commission du livre blanc mise en place par le CMRN aux lendemains du 3 avril 1984.
Je ne cite qu’un seul exemple: évoquant le cas de l’industriel Jacques Démarchelier, arrêté à la suite de l’agression du 22 novembre 1970, Roger Faligot, dans son étude La guerre secrète contre la Guinée, écrit: « Sa trajectoire illustre le gâchis provoqué par la guerre secrète lancée par Foccart et le SDECE contre la Guinée »x ( In : Histoire secrète de la Ve République, sous la direction de Roger Faligot et Jean Guisnel, Paris, Editions La Découverte, 2006, P.129).
6. A moins qu’on veuille bâcler le processus de réconciliation nationale, il est dès lors moralement et politiquement impossible d’examiner les contentieux de la première République à partir de 1958 en refusant de faire référence à la responsabilité de la France d’alors dans les opérations de déstabilisation montées par ses services secrets et ceux de ses alliés contre la première République, d’autant plus que le communiqué franco-guinéen du 14 juillet 1975 y fait allusion.
C’est l’occasion, pour les autorités guinéennes, de demander au gouvernement français l’ouverture, à la consultation, des archives relatives aux rapports franco-guinéens de 1958 à 1984 pour nous faciliter la réhabilitation des innocents.
7. Par ailleurs, certains ayant contesté mon approche, j’ai cru que j’ obtiendrai de nouvelles informations contredisant mes sources, à l’issue d’un débat contradictoire public à la tenue duquel je tiens encore fermement dans l’intérêt de la Guinée; malheureusement je n’ai jamais obtenu cette possibilité de confrontation et ne cesse de me demander pourquoi certains préfèrent continuer à lancer des slogans et refusent d’exposer et de débattre contradictoirement devant le peuple leurs arguments puisqu’ils ont la certitude d’avoir raison et de se défendre publiquement puisqu’ils se disent victimes d’un homme, d’un système ou d’un régime, dont ils furent par ailleurs les grands et heureux bénéficières.
Ainsi, jusqu’en avril 1984, le débat national que j’espérais impliquait la Première République et des citoyens Guinéens, la France et des citoyens français.
Mais tout changea et la situation se compliqua à partir du 3 avril 1984, quand se produisit le coup d’Etat contre le régime de la Première République, après l’enterrement de feu Ahmed Sékou Touré: d’autres contentieux qui n’impliquaient, cette fois que le CMRN et des citoyens guinéens, naquirent et se développèrent jusqu’au 22 décembre 2008.
II.- Le débat national contradictoire est une nécessité
L’on tente actuellement de privilégier la confusion, l’amalgame et de masquer la vérité en parlant de « victimes de la première République » et de « victimes de la deuxième République » ; de vouloir faire endosser à l’Etat guinéen seul la responsabilité de certaines mesures prises à cette époque alors que les contentieux qui les justifient et qui impliquent des gouvernements français d’alors ne sont pas encore éclaircis.
La campagne médiatique organisée en mars-avril 2010 par des journalistes d’une radio étrangère avec la complicité de guinéens entre également dans le cadre de cette confusion sciemment entretenue: personne n’a évoqué la responsabilité des gouvernements français de l’époque au cours de cette émission. Heureusement que personne n’est dupe.
Je continue à penser qu’une plaie masquée n’est pas une plaie guérie. Que celle qui ronge la Guinée ne sera complètement guérie que sur la base de la vérité historique et de la justice, qui sont seules conciliatoires. C’est de la confrontation des arguments et des preuves que jaillira cette vérité et que le pardon réciproque se justifiera. Toute autre démarche n’est que de la fuite en avant et du refus de réconcilier définitivement et véritablement les Guinéens avec eux-mêmes.
Je continue à penser qu’il ne faut pas priver notre jeunesse de vérité sur le passé de son pays ; les jeunes ne doivent pas nous reprocher un jour de leur avoir menti en falsifiant les faits.
C’est pourquoi je recommande un débat national public, contradictoire : les contentieux concernent tout le peuple de Guinée ; c’est pourquoi la réconciliation nationale est devenue une nécessité vitale pour la survie de ce peuple dans toute sa composante.
Alors, si nous voulons sortir du guêpier, retrouvons-nous et explique –nous publiquement et contradictoirement.
Pour la réussite de ce débat , il n’y a qu’une solution: la recherche de la vérité sur ce qui s’est réellement passé de 1958 à nos jours et qui est à l’origine de ces contentieux ; il est nécessaire de situer les responsabilités individuelles et collectives, même sans conséquence judiciaire, afin de se pardonner définitivement et de réhabiliter les vraies victimes et non ceux qui ont été utilisés ou se sont associés aux services secrets étrangers contre leur pays, car il n’existe aucun pays, sauf la Guinée, qui fait l’éloge de la traîtrise et qui admet que ses ressortissants peuvent pactiser impunément avec ses ennemis. L’histoire de la France nous l’enseigne. Le cas de Maréchal Pétain est très illustratif à ce propos et atteste que le patriotisme ne donne pas droit à la trahison du pays.
C’est dire que la seule contribution à la Réconciliation nationale que le CNT peut faire, c’est recommander la mise en place d’une commission nationale « Vérité, Justice et Réconciliation ».
Comme je l’ai dit dans ma correspondance du 24 mars 2010 au CNT, le débat public contradictoire que je recommande est d’autant plus possible aujourd’hui que
- « Le Premier ministre, monsieur Jean-Marie Doré, reste un des acteurs et témoins incontournables de l’histoire récente de la Guinée et dont la maîtrise des faits est incontestable.
- Nombre de Guinéens qui ont travaillé avec Bob Denard aux Comores, en Angola et au Bénin ou ont fait partie des bataillons en préparation à Pô (Burkina) contre la Guinée en 1984 participent actuellement à l’animation de la vie politique guinéenne.
- Certains membres du CMRN sont encore en vie et sont disposés à parler pour que les Guinéens se comprennent par le dialogue direct.
- Les principaux acteurs de la Deuxième République (premier ministres, ministres, secrétaires généraux, directeurs généraux, directeurs, etc.) qui sont encore en vie.
Les seconds pourront seuls nous aider à établir l’innocence de certains éléments arrêtés et exécutés sous la Première République. M. Lamine Bah, qui a jeté les grenades au Palais du Peuple le 14 mai 1980 (au total, quatre morts) et auquel nous avons reproché de n’avoir pas aidé jusqu’à présent à honorer les innocents, est personnellement prêt à un débat national ; il nous a révélé à l’aéroport de Dakar le 7 mars 2010, entre autres, que « sur les 250 personnes arrêtées à la suite de cet attentat, seulement deux (2) étaient leurs complices en Guinée » ; toutes les autres étaient innocentes ».
La contribution du troisième groupe de Guinéens nous permettrait de comprendre le drame du 4 juillet 1985 et ses conséquences.
III.- Organisation et fonctionnement éventuels de la Commission « Vérité, Justice et Réconciliation »
La commission pourrait être organisée comme suit :
A.- Choix des membres de la Commission« Vérité, Justice et Réconciliation »
Les membres de cette commission pourraient être choisis par la prochaine Assemblée Nationale (un quart des membres de ladite commission en son sein) et les trois quarts hors de l’Assemblée suivant des critères de sincérité, d’honnêteté, de franchise, de loyauté et de volonté de contribuer à une réconciliation nationale véritable.
B.- Les participants actifs à inviter
· Ceux qui se disent « victimes » des deux périodes.
· Les responsables politiques ou administratifs des deux périodes encore
vivants.
· Les tortionnaires et les gardiens des prisons des deux périodes encore
Vivants.
· Les mis en cause individuels des deux périodes encore vivants.
· Les anciens des Comores, d’Angola, du Bénin et de Pô (Burkina Faso) encore vivants.
· Les témoins guinéens et étrangers capables d’éclaircir les faits et d’éclairer les Guinéens sur ces faits.
· Les chercheurs et historiens guinéens et étrangers capables d’éclaircir les faits historiques par des sources vérifiables et d’éclairer les Guinéens sur ces faits.
· La Direction des Archives nationales pour faire le point des archives de la Première République, en particulier des archives personnelles du président Ahmed Sékou Touré, celles de la Permanence national du PDG-RDA, de la prison du camp Boiro, des forces armées et des forces de sécurité, etc.
· Les partis et les organisations de la société civile.
C.- Les modalités de travail de la Commission
· Puisque rien n’urge et qu’il s’agit de trouver une solution véritable et définitive à des contentieux qui datent, la durée des travaux pourrait être d’un an et la Commission nationale serait divisée en deux sous-commissions pour mieux appréhender les différents aspects des problème à débattre, après que les autorités centrales aient précisé officiellement les méthodes et objectifs de ladite commission.
· Les deux sous-commissions chargées des deux périodes, 1958-1984 et 1984-2008, pourraient commencer leurs travaux par des débats d’éclaircissement.
· Une plénière contradictoire sur chaque période serait organisée une fois tous les trois mois.
· Une première grande plénière contradictoire sur l’ensemble des travaux des deux sous-commissions aurait lieu au bout de six mois.
· Une plénière de mise en forme aurait lieu avant la remise du rapport final aux autorités guinéennes.
· Le Rapport final à déposer s’articulerait sur la vérité des faits, les mesures de justice à proposer et l’institutionnalisation d’une journée annuelle de pardon.
En attendant que la Commission Nationale soit mise en place par l’Assemblée Nationale et que les résultats de ses travaux soient adoptés et rendus publics, le CNT devrait demander au nouveau chef de l’Etat d’exiger solennellement de tous ceux qui se considèrent comme des « victimes », l’entretien d’une atmosphère saine et patriotique en veillant sur leur comportement et leurs propos.
Le débat public proposé est d’autant nécessaire que les citoyens qui se considèrent comme victimes de la Deuxième République semblent l’exiger afin de militer effectivement pour une véritable et définitive réconciliation :
Jeanne Martin Cissé (dans son livre La Fille du Milo, publié en 2009):
« Je regrette la perte d’innocentes victimes ; que leurs familles éplorées acceptent le pardon ! Mais je condamne des acteurs d’hier érigés aujourd’hui en victimes. Je souhaite aussi que la lumière soit faite sur les événements du 4 juillet 1985. La réconciliation nécessite la reconnaissance de la vérité » (p.119).
Bangaly Traoré :
« Peut-on construire une nation en refusant de regarder objectivement le passé de ce pays ? Le peuple doit connaître la vérité sur son passé avant de tourner la page" (Interview publiée sur internet et dans le journal Réveil, avril 2010).
Hadja Andrée Touré:
« Dieu est vérité. Si nous avons le courage de nous assumer, nous pouvons construire ce pays. Mais tant qu’on ne rétablirons pas la vérité, je ne vois pas où aller ; il faut que nous retrouvions le chemin de la vérité ». (Interview publiée par les Radios privées FM Liberté le 3 mai 2010, Djoliba, les 4 et 6 mai 2010 et que Nostalgie diffuse ce soir à 18 heures).
Que conclure ?
Pour mieux faciliter le succès de la rencontre salutaire souhaitée et empêcher que d’autres causes de conflits ne nuisent aux approches suggérées, je pense que :
La Guinée, notre pays et notre nation, n’a besoin ni de pitié, ni de compassion, encore moins de slogans démagogiques du genre « plus jamais ça », « rien n’a été fait en cinquante deus ans », « il y a trop de morts », « sortir la Guinée de la misère », « cinquante ans de liberté dans la pauvreté ».
La Guinée a surtout besoin de vérité, de justice, d’équité, de loyauté, du respect des droits de l’homme et du peuple, de compétence et d’expérience enrichissante, du bon choix des cadres selon des critères objectifs, donc l’abandon de la systématisation de la médiocratie et de l’ethnocentrisme amplifiés depuis un an pour le choix des cadres de gestion, de commandement et de réflexion.
La Guinée, notre pays et notre nation, n’étant pas un poupon, n’a pas besoin d’être pouponnée ; elle n’a donc pas besoin de protecteurs, mais de partenaires au développement, de coopération économique qui nous aide à nous passer de certaines aides intéressées, de coopération technique qui nous aide à dégager des solutions qui nous aident à résoudre nos problèmes par nous-mêmes et à nous passer des experts étrangers.
Messieurs et mesdames,
Nous savons tous que c’est Dieu qui aime la Guinée, qui continue à nous sauver de tous les périls, alors que les Guinéens n’aiment pas leur pays.
Alors, continuons à implorer la grâce de Dieu sur notre pays, à prier que Dieu ne se fatigue pas de nous, qu’il continue à nous protéger de sa mansuétude.
Amen !
Je vous remercie.
Sidiki Kobélé Kéïta
Nota bene :
Le volume du témoignage enregistré de Pierre Messmer que nous voulions faire écouter aux membres de la commission sur le 1er complot étant faible, j’ai fourni, à la demande de la Commission, le texte décrypté que voici :
« Foccart a monté une opération pour renverser Sékou Touré, dans le courant des années 1959-1960.
Et c’est après l’indépendance de la Guinée que Foccart et les services secrets français ont commencé à monter ce coup qui a été un ratage complet. L’opération n’a pas marché parce qu’elle a été décelée à l’avance par Sékou Touré, par conséquent il n’ y a eu une préparation qui n’a pas abouti à une tentative de coup d’Etat ».
Le journaliste: « Quel était le but de l’opération ? »
Pierre Messmer répond en riant: « Dans l’esprit de Foccart, c’était de faire sauter Sékou Touré ; c’est évident ».
Contribution de M. Sidiki Kobélé Kéïta, professeur d’histoire et ancien chef de cabinet du Président de la République, à la Réunion du 10 mai 2010 de la "Commission de Réconciliation nationale, de la Solidarité et des Droits de l’Homme" du CNT à la suite de la lettre d’invitation 007/ CRNSDH/CNT /2010 du 3 mai 2010.
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