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L’amertume et la frustration de la communauté peulhe face à l’histoire politique de notre pays, et les récentes attaques inconsidérées d’une minorité d’individus fossoyeurs de l’unité nationale, se font sentir au-delà même de nos frontières et amènent des Africains d’origine peulhe à s’inviter dans le débat politique guinéen. C’est ainsi que, sous le titre surprenant << Vers l’unité politique des peulhs >>, le Jeune Afrique du 23 décembre 2007 dans sa rubrique « Confidentiel » annonce l’implication « discrète » du Docteur Nouhou Diallo, ancien président du parlement de la CEDEAO, dans le débat politique guinéen. Ce dernier proposerait de réaliser l’unité d’action politique des Peulhs de Guinée : « A la mi-décembre, il a rencontré Ousmane Bah, leader de l’Union Pour Le Progrès et le Renouveau (UPR). Objectif : obtenir la fusion de cette formation avec l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) de Mamadou Bhoye Bah, présidée depuis peu par l’ex-premier ministre Cellou Dalein Diallo. Formation unique de la Moyenne Guinée, le parti ainsi constitué a expliqué Nouhou Diallo sera en mesure de remporter la future présidentielle. Mamadou Bhoye Bah est pressenti pour en être le président d’honneur, Cellou Dalein Diallo le président et Ousmane Bah le secrétaire général ». Au-delà de mes ambitions politiques pour la Guinée, en tant que candidat déclaré aux prochaines élections présidentielles, je voudrais mettre en garde mes compatriotes et plus particulièrement mes frères peulhs contre toute dérive ethnocentrique dans le débat politique afin de préserver l’unité nationale. Il faut condamner fermement toute prise de position qui encouragerait la cristallisation du paysage politique guinéen sur une base essentiellement régionale et tribaliste. L’ethnicisation à outrance de la politique guinéenne, mettrait fortement en péril le processus de démocratisation que les Guinéens appellent de tous leurs vœux. Nous pouvons comprendre la frustration de certains compatriotes, manifestement lésés par un partage inéquitable du pouvoir politique et par l’absence d’une véritable alternance depuis notre indépendance. L’ethnocentrisme a été érigé, en effet, en méthode de gouvernement par nos dirigeants. Il s’est même révélé être une stratégie d’accession et de maintien au pouvoir, contribuant ainsi au repli régional et ethnique. Il continue, aujourd’hui encore, d’empoisonner le débat politique en favorisant l’avènement d’un électorat purement ethnique. Nous devons veiller à ce que ces sentiments d’amertume et de frustration ne compromettent pas l’intérêt suprême de notre nation, et ne nous détournent pas de notre devoir de citoyen dans la construction d’un état prospère et démocratique. Frères peulhs, le Foutah reste une composante de la nation guinéenne qui ne saurait s’isoler du reste du pays, en prônant une union sacrée. Toute tentative de fusion des partis peulhs, provoquerait notre isolement, et induirait le risque de nous marginaliser politiquement dans un pays doté de régions aussi fortes que diverses. En regroupant les partis politiques peulhs, nous encourons le risque supplémentaire, de porter à la tête de cette union un homme qui ne fasse pas l’unanimité. Cela aboutirait tout simplement à disperser notre électorat qui, uni sous l’égide d’une appartenance ethnique, ne se reconnaîtrait plus dans le choix de ce seul et unique leader. Nous devons résister à toute stratégie politique visant à nous diviser sous le prétexte d’une appartenance ethnique. Cela est dangereux et jette inéluctablement les bases de conflits ethniques si dévastateurs pour une nation en quête de paix et de prospérité. A la veille de l’avènement d’une 3ème république, nous peulhs, pouvons être les précurseurs de l’unité de la Guinée au-delà de toute considération ethnique dans notre pays. Historiquement lésés dans le partage du pouvoir politique, il serait tout à notre honneur de prôner l’unité nationale dans la diversité culturelle. Nous marquerons ainsi l’histoire de notre pays. Nous ouvrirons la voie de la réconciliation nationale et consoliderons l’union sacrée de la Guinée toute entière. Chers compatriotes, nous devons à présent orienter le débat politique vers la mise en place d’un environnement, propice à des élections libres et transparentes. C’est ainsi que, nous ferons respecter le choix souverain du peuple guinéen lors des prochaines échéances électorales, et concrétiserons alors son vœu si cher de changement, voire de rupture. Le temps, n’est pas au positionnement dans la course à la succession, mais au dialogue et à la recherche de compromis qui garantiront la mise en place d’un processus électoral digne de ce nom. Soucieux de sauvegarder nos acquis démocratiques, j’encourage les partis à garder leur autonomie. La dynamique électorale laissera place en temps opportun à une alliance stratégique pour contrer toute tentative de hold-up électoral. Les partisans du changement devraient se pencher sur une plate-forme d’actions communes visant à préparer l’avènement de la 3ème république. Cette plate-forme doit exiger la révision de la constitution, pour aboutir à une loi fondamentale consensuelle, conforme aux aspirations du peuple guinéen. La nouvelle constitution doit permettre, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, de réunir les conditions préalables à des élections libres et démocratiques avec une révision en profondeur du code électoral. La meilleure solution, pour lutter efficacement contre l’ethnicisation croissante de la politique guinéenne et en détourner nos concitoyens, est d’instaurer le principe de la candidature indépendante que j’entends désormais incarner. La candidature indépendante permettra : - De ne plus être tributaire des partis politiques qui, de par la constitution, confisquent l’activité politique au détriment de la société civile et des autres forces vives de la nation. Retenons que les partis politiques sont essentiellement des machines électorales visant à produire un homme qui dirigera, de toutes les manières, le pays selon ses seules convictions une fois parvenu au pouvoir, - De favoriser l’arrivée au pouvoir d’un homme qui au-delà de son appartenance ethnique, réunit les qualités d’intégrité, de moralité et de compétence nécessaires à la conduite de l’Etat, - De recentrer ainsi le débat politique sur la personne et son programme économique et social. Ce dont le pays a cruellement besoin pour retrouver sa place dans le concert des nations, - De garantir la liberté individuelle, le respect de la représentativité et de la souveraineté du peuple. La mobilisation des Guinéens au profit de la candidature indépendante doit être ainsi l’une des priorités pour garantir le bon fonctionnement de la démocratie. Tel est le débat qui doit prévaloir à ce jour car l’avenir de notre pays se jouera inéluctablement dans la réussite du processus électoral. Les besoins de changement, voire de rupture sont évidents et il ne fait aucun doute que les prochaines élections seront inédites. Les acteurs de la vie politique, ameutés par cette réalité, se lancent dans une course au positionnement, souvent de manière effrénée, au mépris de l’intérêt supérieur de la nation. Les Guinéens ont mûri depuis les évènements de Janvier 2007, et les critères pour accéder au fauteuil présidentiel seront encore plus rigoureux que ceux avancés pour le poste de premier ministre de consensus. Le prochain Président de la République de Guinée, devra être un patriote dans l’âme, un homme neuf, intègre et compétent, capable de rassembler les Guinéens au-delà de tout clivage ethnique, autour d’un programme cohérent et conforme aux réalités du pays. Nous devrions méditer davantage sur cet adage du président Tandja « le fauteuil présidentiel n’est pas un banc ». Almamy Ibrahima Barry Candidat déclaré aux prochaines élections présidentielles en Guinée Pour guineeactu.com
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