jeudi 30 octobre 2008
Contentieux République de Guinée-Rio Tinto sur l‘exploitation du minerai de fer de Simandou
Diallo Saifoulaye

Les dirigeants de Rio Tinto devraient se rendre compte par cet amateurisme des autorités guinéennes dans la gestion des affaires publiques que ce régime est loin d’être représentatif du Peuple de Guinée. C’est donc à leurs risques et périls qu’ils vont investir de tels montants (dix milliards de dollars) sur une base juridique si «instable» selon leurs propres termes.

L’État étant partout souverain, tous les contrats léonins signés sous le coup de la corruption ou de l’insuffisance des cadres qui ont représentés la Guinée dans les négociations devraient être dénoncés et renégocier sur une base saine avec des femmes et hommes compétents, représentant des institutions issues de la volonté du Peuple et non imposées à lui par des armes.

Des Evo Morales n’existent pas qu’en Amérique Latine. Un gouvernement issu d’élections libres et démocratiques devrait revoir toutes les lois et conventions promulguées dans le pays depuis l’indépendance jusqu’à nos jours pour en extirper les goulots d’étranglement et/ou les failles que les compagnies étrangères (toujours représentées par d‘experts chevronnés) exploitent pour se tailler la part du lion dans les contrats qu‘elles passent avec la Guinée (qui elle, est représentée souvent par des fonctionnaires dont le principal mérite demeure le lien personnel qu’ils ont avec le pouvoir en place).

Car le fait que «l'exploitation du sous-sol (la Guinée est le premier exportateur mondial de bauxite) n'a guère profité aux habitants» n‘est pas seulement «en raison d'une gestion calamiteuse et d'une corruption généralisée», (AFP cité par jeuneafrique.com du 28/10/08).

Si la gestion calamiteuse et la corruption généralisée sont indiscutables, c’est dans les contrats léonins imposés à un pays aux abois (représentants peu qualifiés, mal payés et sous pressions contradictoires de leurs chefs hiérarchiques) qu’il faudrait rechercher la cause majeure.

S’il est vrai que Rio Tinto n’est pas responsable de l’incapacité des Guinéens à s’organiser en un État viable et parfaitement respectable, elle devrait ne pas se presser de pêcher en eau trouble; au risque de se voir déposséder quand les choses se clarifieront.

Le principal fournisseur de matière première (bauxite) de Rio Tinto Alcan demeure la CBG (Compagnie des Bauxites de Guinée); Rio Tinto Alcan investi plus de trois milliards de dollars canadiens par an dans la seule province du Québec (Canada) en divers dons et commandites, dans le cadre de son programme “Imagine” (selon une annonce qu‘elle passe sur RDI), ce qui représenterait au moins 1 % de ses bénéfices dans la province avant impôts. Contre seulement 500.000 dollars pour la région de Boké dont les habitants attendent encore de voir la couleur (eau, électricité, voirie, assainissement, mobiliers urbains, dispensaires équipés, bibliothèques, …).

Les Guinéens devraient comprendre que seules les compétences doivent compter pour créer et gérer un État viable assujetti au service tout le monde. S’accrocher aux postes justes pour le prestige est suicidaire pour une Nation.

Le combat pour le sac de riz est un combat perdu d’avance! Il faut apprendre à se mettre ensemble pour combattre pour l’honneur et la dignité.

Notre président de la République n’a pas les capacités requises pour gérer les affaires publiques. C’est une évidence qui crève les yeux. Cela dure plus de 25 ans. Et, personne ne semble réaliser le danger que cette situation représente.

Tant que nous ne cesserons pas de raisonner en Peul, Soussou, Malinké, Guerzé, …, nous ne verrons pas le bout du tunnel.

Le Guinéen que nous sommes doit se départir du principe très nuisible qui veut que “ce que je ne peux pas, aucun autre Guinéen ne le pourra”; car, cela favorise le jeu des prédateurs de nos richesses.

Il y a suffisamment de jeunes guinéens bien formés à travers le monde. Ils travaillent pour certains d’entre eux dans des multinationales. Pourquoi ne pas leur céder «la place» afin qu’ils nous protègent contre ces prédateurs. Ils ont souvent fait les mêmes classes que ceux qui représentent les multinationales et les institutions financières internationales. Ils ne seront donc point impressionnés par ces gens et, leurs actions profiteront à tous les Guinéens sans exception.

Dix milliards de dollars (somme que Rio Tinto promet d‘investir à terme) sont très impressionnants face au misérable Budget actuel de la Guinée; mais, cela représente une poussière face à ce que le produit fini (tiré des 2,25 milliards de tonnes de magnétite extrêmement riche) va rapporter à la compagnie. Il ne faut pas oublier que la bauxite guinéenne à fait des multimilliardaires à travers le monde; alors que les Guinéens comptent parmi les plus pauvres du monde.

À défaut d’un schéma national d’exploitation de nos ressources minières (qui aurait fait éviter ces malheureux “vas et vient”), pourquoi ne pas s’inspirer de la politique minière de l’Australie et/ou du Canada qui tirent des dizaines de milliards de dollars de l’exploitation - par ces même compagnies - de leurs ressources? Cela veut dire regarder de près leurs règlementions, leurs institutions, la qualification des femmes et hommes chargés de gérer ces institutions pour mettre en œuvre ces règlements, … et, essayer de faire comme eux pour pouvoir en tirer meilleure partie.

Diallo Saifoulaye
pour Les Ondes de Guinée 
partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Yussuf Barry, samedi 1 novembre 2008
CHER SAIFOULAYE, Je commencerais par l’explication du mot patriotisme, tirer du dictionnaire. Le patriotisme (du latin pater, père) est un sentiment d`appartenance à un pays, qui renforce l`unité selon des valeurs communes. C`est un état d`âme/d`esprit qui pousse quelqu`un à ressentir de l`amour et de la fierté et à défendre les intérêts de son pays. Comme vous le dites dans votre article, ces prédateurs savent très bien qu’il on affaire a des hommes sans scrupule, ce qui est de bonne augure pour eux. Ne nous attendons pas à un changement, rapide des mentalités tant que ce régime sera en place. Ce qui est encouragent c’est de savoir que cette question préoccupe, plus d’un Guinéens.
camara aboubacar, vendredi 31 octobre 2008
Monsieur Diallo, j’en conviens avec vous que nous avons un président affaiblit par des maladies et un code minier à améliorer. Cependant, je ne suis pas tout à fait sûre que ces deux facteurs soient la cause de l’extrême misère du pays. L’égoïsme, la cupidité, le laxisme et surtout l’absence de patriotisme chez les meilleurs de nos cadres techniques (souvent en arrière plan de la scène nationale mais influents dans les prises de décision) expliquent en grande partie le désastre économique de la Guinée. Pour leur bonheur propre, ces cadres anonymes n’hésitent jamais à pactiser avec le diable au détriment de la République. Ils sont prêts à toutes les compromissions avec les partenaires le plus machiavéliques pour arriver à leur fin. Ce sont eux qui parcourent le monde à la chasse d’investisseurs avec les fonds publics. Les investisseurs attirés au pays, sont encensés et présentés au peuple et au président. Le rituel protocolaire terminé nos cadres techniques s’occupent des détails, de l’essentiel. La lecture l’interprétation, l’application et le suivi des textes réglementaires leur incombent. C’est à ce niveau que tout se joue. Rio Tinto, Hyperdynamic et autres ont des points focaux dans’’ la moyenne’’ et haute administration. La première à l’avantage d’être pérenne. Elle est interlocutrice des différents investisseurs qui risquent leur argent sur la Guinée. Le mal récurrent de la Guinée est donc constitué par les commis de l’Etat et l’armée d’agents de l’administration. Ils ne sont jamais suspectés. Leur culpabilité est souvent ignorée. Ils sont sollicités par les sages et marabouts dans les villages et quartiers, enviés des jeunes, chouchou des femmes. J’accuse nos cadres ‘’véreux’’ de corrompent les éternels fissibles que sont les ministres et le chef de l’Etat toujours décrié. Le danger, même si un jeune réformiste ou révolutionnaire (passez-moi l’expression) venant des universités les plus réputées est appelé à servir dans ce marécage nauséabond de cadres techniques nationaux, son honneur et sa réputation seront soulés au bout de quelques mois. Le potentiel humain est hautement pollué en Guinée. Une œuvre de salubrité publique serait la bienvenue pour l’émergence d’une mentalité de patriotes intègres pour le développement.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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