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L’un des facteurs qui retardent le changement est que certains d’entre nous ne disent pas toujours la vérité. Et ce changement continuera à se faire attendre, aussi longtemps que nous n’aurons pas changé en nous-mêmes. C’est ainsi que vont les choses : « Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes » (Coran : 13.11).
En disant des contrevérités, certains le font sciemment, pour défendre leurs intérêts ; mais d’autres ont simplement la paresse de rechercher la vérité, se contentant ainsi des rumeurs. Le débat politique actuel sur les législatives nous offre une parfaite illustration de contrevérités du second type. On entend dire que la loi veut que les législatives se tiennent dans les six mois qui suivent la présidentielle.
Tout récemment, c’est de la bouche d’un de nos éminents politiciens, devant une dizaine de microphones, que nous avons entendu ceci : « Vous savez que constitutionnellement nous devons avoir une élection législative six mois après la présidentielle. […] Lisez la constitution guinéenne : c’est écrit dedans ! » En lisant notre constitution, cependant, voici ce que l’on voit : « Il sera procédé aux élections législatives à l’issue d’une période transitoire qui n’excèdera pas six (6) mois à compter de l’adoption de la présente Constitution » (Article 159).
Les accords de Ouagadougou, que l’on évoque dans le même sens, ne parlent même pas des législatives. Ils demandent simplement l’organisation de la présidentielle, en indiquant ceux qui ne peuvent pas y participer : « L’organisation, dans un délai de 6 mois, de l’élection présidentielle à laquelle ne participeront pas les membres du Conseil National de Transition, le Chef d’État de Transition […] » (Article 8). Apparemment, le principe de la tenue des élections législatives six mois après la présidentielle ne figure que dans l’Accord Politique Global Inter-guinéen, élaboré par le Forum des Forces Vives. Mais ce document n’avait pas été validé.
Cela dit, la nécessité d’accélérer le processus est évidente. D’une part, nous savons jusqu’où la vérité est dite du côté du Pouvoir : les raisons du retard peuvent être autres que celles qu’on évoque, comme le prouve le retard accusé au second tour de la présidentielle. D’autre part, nous avons besoin de boucler la transition et avoir une Assemblée nationale élue pour équilibrer le système de gouvernance et ainsi limiter les dérives de l’Exécutif. Donc, la démarche des leaders de l’Opposition qui réclament les législatives maintenant est compréhensible, même louable.
Toutefois, pour être pris au sérieux, tant sur la scène nationale qu’internationale, on doit prendre la peine de vérifier ses arguments. Par ironie du sort, l’argument vrai – ce que dit la constitution – est plus puissant que l’argument de la rumeur. En effet, ces législatives auraient, normalement, dû se tenir au plus tard en octobre 2010, car la constitution a été adoptée en avril (validée par décret en mai). Il suffit donc de rappeler le retard d’un semestre déjà accumulé et exiger l’accélération du processus.
Dans cette accélération, enfin, nous devons faire un choix responsable entre les deux options qui se présentent : mettre les listes électorales à jour et essayer de gagner plus en temps ou faire un recensement complet – pour tous les Guinéens, pas seulement ceux qui résident au pays, mais aussi ceux qui vivent à l’étranger – et essayer de gagner plus en qualité. Dans l’un ou l’autre des cas, pour aboutir à un bon résultat, c’est-à-dire au changement que nous voulons, nous devrons être sincères avec nous. La révision des listes ou le recensement devra se faire sur la base de la vérité et non pour favoriser tel ou tel parti, de l’Opposition ou du Pouvoir. Et c’est justement cette vérité que les leaders politiques des deux côtés doivent défendre à tout prix, en un mot démontrer leurs capacités de leaders.
El hadj Mahmoud Bensaid Bah
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