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M. le Général, à des moments précis du cheminement historique des societes humaines, des chances inouïes s’offrent à des Hommes d’influer de façon décisive le devenir de ces dites societes. Par ces faits, ces hommes ou femmes entrent et sortent par les portes largement ouvertes de l’histoire de leurs peuples et inscrivent leurs noms en lettres d’or dans le registre des grands hommes de leurs nations.
Pour réussir à saisir une telle chance offerte, il faut naturellement être d’une grande intelligence et d’une sagesse hors du commun. Un homme vigilent qui se surpasse et se met au dessus d’une certaine mêlée en acceptant de mourir pour que vive sa nation, de s’affamer pour que mange son peuple et de s’arrêter pour que bouge celui-ci. Un homme qui est capable de sonder et d’appréhender les besoins et aspirations de son peuple, et accorder ses actions a ceux-ci.
Monsieur le Général, depuis son indépendance il y a de cela maintenant un demi-siècle le peuple de Guinée ère sur le chemin de la perdition à la recherche d’un sauveur. Et à chaque fois qu’il se croit au bout du calvaire, et proche de ce sauveur, c’est la que surgit un monstre maléfique qui brouille de nouveau son chemin et le retourne promener dans l’enfer. C’est ce qui est arrivé en Octobre 58, Avril 84 et décembre 2008. Cela a fait de la Guinée le pays par excellence de rendez-vous historiques ratées, et de son peuple l’un des plus démunis et martyrisés de la terre.
M. le Général, la reprise du pouvoir par l’armée le 23 décembre 2008 sous la direction de votre compagnon d’armes Moussa Dadis Camara, au lendemain de la mort du dictateur Lansana Conte, avait suscité un réel espoir chez notre peuple. Et ceci à juste raison eu égard des promesses qui ont été faites par votre compagnon de sortir les guinéens de l’ornière en démocratisant leur pays par l’organisation dans les meilleurs délais des élections libres et transparentes auxquelles ni lui, ni aucun membre de son équipe ne prendra part.
Malheureusement, votre compagnon, mu par l’ivresse du pouvoir, pris en otage et manipulé par une poignée d’opportunistes extrémistes avides de pouvoir et du gain matériel, ne tardera pas à trahir sa parole d’officier et vouloir jeter son peuple une troisième fois dans le rouleau compresseur d’une dictature qui ne dit pas son nom. Un système de gouvernance dans lequel l’absurde, le ridicule, l’amateurisme, la violence et folie meurtrières ne semblent connaître aucune limite.
Le spectacle ridicule et macabre que Moussa Dadis a livré à la Guinée et au reste du monde en terme de gestion du pouvoir suprême a laissé toute l’humanité perplexe et s’inscrit sûrement sur la liste des du jamais vus d’un homme qui se dit chef d’un Etat.
Heureusement, le peuple de Guinée n’étant plus dupe, n’est plus disposé à accepter que des apprentis sorciers continuent à piétiner sa dignité, écraser ses enfants et détruire leur avenir. Et cela, votre compagnon l’a senti à son corps défendant.
Heureusement, depuis le 3 décembre 2009, date à laquelle, votre compagnon a été victime d’un attentat au cours duquel il a été sérieusement blessée par balle, ce qui le rend de facto physiquement et mentalement inapte, et met fin à son pouvoir illégal et illégitime, caractérisé par la violence et la terreur, la Guinée se retrouve de nouveau à la croisée de chemins, et cette fois-ci avec vous comme porteur de la source d’éclairage pour identifier le chemin du salut et mener son peuple à bon port.
M. le général, il n'y a aucun doute que votre responsabilité, en tant que Ministre de la défense et troisième personnalité du cndd, est clairement établie dans le drame que vit le peuple de Guinée depuis la date fatidique du 23 décembre 2008. Même si certains constats vous accordent des circonstances atténuantes, notamment les faits que de tout temps, vous avez éviter de jouer au bouffon et au clown, au paranoïaque criard et insolent, comme ce fut le cas de votre compagnon Dadis, et que le hasard ou votre ‘’vigilance’’ a toujours voulu que vous soyez absent au moment ou des atrocités sont commises contre nos paisibles citoyens par les sbires violents à la solde Dadis et de ses acolytes manipulateurs.
Ceci étant, vous devez absolument faire la différence en montrant que vous êtes un officier d’honneur capable d’aider la Guinée à sortir de l’ornière. Pour cela le peuple de Guinée et la communauté internationale vous apporteront certainement leur soutien indéfectible. Saisissez donc cette occasion et aidez à décrisper la situation en engageant notre pays immédiatement sur une voie de sortie de crise qui aboutira à l’organisation d’élections libres, transparentes et équitables à l’issue desquelles le peuple souverain de Guinée choisira en toute liberté les dirigeant qu’il lui faut.
L’autre mission, et non des moindres, que vous devez vous assigner, doit consister à redorer le blason de notre armée nationale par l’extraction de ses entrailles de toutes les pourritures qui ternissent son image et mettent en danger la vie et les bien de nos paisibles citoyens. Vous devez réinstaurer la discipline et le respect de l’hiérarchie, et cultiver l’esprit républicain dans les rangs de cette institution pour l’amener à jouer pleinement le rôle naturel qui l’échoit dans la vie de notre nation, notamment celui de la défense de l’intégrité territoriale de celle-ci et la protection de la vie et des biens de ses citoyens.
Si cet exploit vous réussit, et cela est apparemment bien possible, vous serez certes entré par une porte demi-ouverte, mais vous sortirez par celle largement ouverte de l’histoire de notre peuple, et les guinéens vous graveront à l’encre indélébile dans leur mémoire collective comme étant celui-la qui leur a apporté le droit, la démocratie, la sécurité et le développement socioéconomique qu’il continue de réclamer vainement depuis plus d’un demi-siècle. Et cela vous évitera également de faire office de figure sinistre de l’histoire de notre pays et d’être objet de malédiction et de damnation éternelles, comme c’est le cas de l’officier sans honneur, Moussa Dadis Camara.
En tout cas, le moment est venu, Monsieur le Général, pour que la Guinée rompt définitivement avec les systèmes de gouvernance rétrogrades qui ne nous apportent que misère et deuil, et font de nous la risée de l’humanité, pour devenir enfin un Etat doté des institutions en bonnes et dues formes qui joueront pleinement les rôles qui leur reviennent dans la vie notre nation.
Pour le reste, vous devriez noter Mr le Général, que rien et absolument rien ne peut arrêter la marche d’un peuple éveillé et éclairé, en conquête de liberté et d’épanouissement. Et le peuple de Guinée en est heureusement devenu un, qui est disposé à user de tous les moyens à son bord pour abolir les régimes militaires!
Et soyez sûr et certain que ce peuple vous observe d’un œil averti et vigilant.
Mes cordiales salutations
Moustapha Diallo, Bonn
www.guineeactu.com
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