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N’est-il pas nécessaire que je précise pour certains ce titre un peu lourd ?
Quand je dis « pondéré », je veux tout simplement dire que mes critiques seront modérés, le sens de l’équilibre ayant échappé à bon nombre de nos scribouillards du Net. Par « pondéreux » j’entends que le système guinéen s’agite mais ne bouge pas. Ne sommes-nous pas au pays des paradoxes ?
La Guinée a pris la fâcheuse habitude de toujours prendre le mauvais chemin.
En 1958, le pays avait des potentialités naturelles et un bon capital humain mais au lieu de le construire, une révolution cannibale de type stalinien a détruit ses cadres et réduit en cendres son début de construction. On en paye encore le prix. Cependant, comme la Guinée était nourrie au nectar du mensonge, elle fût respectée sur la scène internationale. Le Guinéen était pauvre mais avec une fierté ( qui ne pouvait être que mal placée). Encore un paradoxe. Même si l’on n’aime pas Sékou Touré, il faut reconnaître à ce sanguinaire un certain charisme. 26 ans de terreur avant une courte pause. La Guinée était pauvre et à genoux.
En 1984, nous espérions un redressement. C’est un officier grossièrement équarri qui s’est dressé devant nous : Lansana Conté, aussi affairiste qu’ignare. La Guinée avait toujours ses potentialités naturelles… ! Le pays a été mis en coupe réglée, pillé et drogué. Nous en payerons pour longtemps le prix. Encore 24 ans de dérive mais y a-t-il eu une pause ? La Guinée a été appauvrie et s’est retrouvée humiliée.
Le 23 décembre 2008, un capitaine irritable, aidé de ses copains, capte un pouvoir en déshérence et promet une rupture. Cet ancien bachelier, le seul qu’on ait eu à la tête de l’Etat ( pauvre Guinée avec son enseignement de masse !), inspire d’abord confiance puis suscite rapidement la méfiance. La Guinée a encore ses potentialités naturelles ! Toujours pauvre et humiliée, elle est maintenant ridiculisée ! Dadis est allé jusqu’à comparer la Guinée à l’Australie ! Pensait-il aux Aborigènes de ce pays ?
Le drame de notre pays c’est qu’à l’arrivée de chaque dirigeant, une nouvelle espèce de Guinéens apparaît. Sous Sékou, les Guinéens se sont transformés en peureux et délateurs. Sous Conté, ils sont devenus bavards et flatteurs. Avec Dadis, ils semblent résignés, espérant la fin prochaine de la transition ! Quelle erreur d’appréciation !
La transition guinéenne est donc du provisoire qui s’acharne à durer. Toujours le paradoxe dans cette sacrée Guinée ! Dadis et son équipe ayant goûté au pouvoir, ils ne vont pas le lâcher volontairement. Dadis a vite parlé en disant qu’il allait rendre le pouvoir aux civils. Se rendant compte de sa bourde, il cherche un artifice juridique pour son maintien à la tête de l’Etat. Ce n’est pas pour rien qu’il a appelé à ses côtés puis renvoyé aussitôt un ancien Premier Ministre, considérant que ce tordu saurait dire non pas le droit mais son droit ! Personne n’est dupe : le CNDD n’assurera ni la démocratie, encore moins le développement.
Pour des raisons psychologiques, le Guinéen est en quête permanente de bénédictions. Il a horriblement peur du terme « malédiction ». J’aimerais bien qu’on m’explique alors le terme à employer pour traduire cette fatalité qui s’est abattue sans discontinuer sur notre pays depuis 1958 !
Pour mesurer le progrès, c’est très simple : il suffit de constater qu’aujourd’hui est mieux qu’hier et que demain sera plus appréciable. Le leadership guinéen est tellement médiocre qu’on regrette toujours l’équipe précédente. En prenant l’image de copies à rendre dans un examen professionnel, on pourrait dire que L. Kouyaté était hors sujet ( il a tout traité sauf ce qu’on lui demandait). Quant à Souaré, il n’a jamais compris le sujet ( on a écrit son nom à la primature avant de lui arracher la copie) et s’était donné pour mission ethnique de s’identifier à un groupe qu’il estime à 200 000 personnes dispersées sur tout le territoire. S’agissant de Dadis, rien n’est mis au propre. Il accumule des brouillons avec quelques idées mais ne va jamais jusqu’au bout, oubliant que le temps est compté. C’est le genre de candidat qui n’hésitera pas à casser la gueule aux examinateurs !
Avec ses décrets verbaux pris dans des cabarets tenant lieu de palais, ses colères intempestives émaillées de références « islamo-vaticanes » et ses incohérences, Dadis agace tout le monde au point que ceux qui l’on léché au départ finiront par le lâcher. Son charme n’a opéré qu’un instant et il commence à pourrir par les bottes, lui qui disait qu’étant né dans une case ( comme si c’était honteux), l’argent ne l’intéressait pas. N’avait-il pas demandé à la CEDEAO de réserver pour ses compagnons et lui des points de chute ?
Dadis n’est pas qu’incapable, il est mal éduqué. Après avoir « bilakoronisé » ses collabos, il fait honte à toute la Guinée comme le montrent ses remontrances à l’ambassadeur de la R.F.A., représentant de l’Union Européenne. C’est du jamais vu ! Idi Amin Daddah et Bokassa, violents et folkloriques n’ont pas eu ce type de comportement. Dans la tradition africaine, on respecte l’étranger ; dans les relations internationales, on protège les diplomates, même en temps de guerre. Dadis a, à travers l’ambassadeur allemand, insulté 27 Etats souverains et d’autres institutions internationales!
La Guinée n’a pas de pétrole mais elle a des affidés ! Les partisans et courtisans de Dadis pensent qu’on le critique sans faire de proposition ! Voilà un mal typiquement guinéen. On demande partout des propositions. Mon Dieu ! Quand comprendra-t-on dans notre république d’applaudisseurs en quête de poste que toute critique sous-entend une ou des propositions ? Quand on dénonce quelque chose, cela suppose qu’on serait bien inspiré de faire son contraire ! Par exemple, pour résoudre les problèmes de l’eau à Conakry, Dadis demande des forages, ce qui est plus qu’une faute. Un crime ! Car ce serait le meilleur moyen de distribuer, non pas du chocolat aux petits Guinéens, mais du choléra à toute la population. Une proposition serait , s’il tient à ses forages, de les faire non pas en milieu urbain mais dans des endroits sans risque de contamination. On a besoin d’eau mais pas n’importe quelle eau !
On connaît l’appétence du Guinéen pour les discours creux, les motions, les forums. C’est ce fourre-tout qui fait que tout foire ! Récemment, on parlait d’un forum économique d’un gouvernorat. C’est le genre de réunions qui plait au Guinéen car c’est l’occasion de manger en bavardant. Rien de concret n’en sort, le programme étant repas, repos, repas et aussi la soupe !
Ce n’est pas avec des « il n’y a qu’à… » que la Guinée pourra s’en sortir. Des propositions sont toujours faites sur le Net. Mais, en réalité, elles doivent être une affaire de spécialistes qui analysent les idées qu’on leur donne. Ce n’est pas de l’élitisme que de le dire. Ceux qui écrivent sur le Net ne sont pas tenus d’élaborer un catalogue de ce qu’il faut faire mais d’orienter par leurs idées des pistes de réflexion.
Cela dit, je donne un conseil, et un seul au numéro 1 de la junte, tout en sachant qu’il y a peu de chance qu’il le suive. Je mets pas en doute la santé mentale de Dadis qui joue au dictateur sauvage. Même ses proches savent qu’il n’est pas l’homme de la situation. Il a montré très tôt ses limites mais il se cramponne au pouvoir, aidé en cela par ceux qui pensent avoir l’occasion historique de se faire du blé ( j’aurais dû dire du riz ! ).
Dadis doit partir le plus rapidement possible. Mais comment le faire ?
Par réalisme, je crois (peut-être me trompé-je ?) que Dadis peut jour une carte (la dernière) et conserver quelques pouvoirs en cédant le pouvoir. Je m’explique.
Voulant toucher à tout mais ne sachant rien faire de bien et de durable, Dadis serait bien inspiré de nommer un nouveau gouvernement entièrement civil en concentrant ses militaires dans leurs camps. Nous vivons dans un monde qui a beaucoup changé ( sauf en Guinée ) où le peuple « kaki » n’est plus en odeur de sainteté ! Dadis pourrait rester, pour une très courte période à déterminer en accord avec les principaux partis politiques, les syndicats et autres, à la tête de l’armée ( ils se connaissent mieux et se comprennent entre criminels ! ). Ne pouvant revendiquer juridiquement le titre de Président de la République, puisqu’il n’a pas été élu, il devra se contenter du statut de résident dans notre république. Un gouvernement d’unité nationale composé de technocrates ( dirigé, par exemple, par Mg Sara si Benoît XVI veut bien nous le prêter ) pourrait expédier les affaires courantes, engager le processus démocratique et initier non pas un forum mais une véritable conférence nationale.
En effet, pour le salut de la patrie, cette conférence nationale est une phase incontournable pour connaître la vérité sur la gestion du pays depuis 1958 ( violation des droits de l’homme, crimes de sang, pillage des ressources, etc. ) et permettre la réconciliation de ses habitants. Ce serait une thérapie collective permettant de refonder le pays.
Notre malheur est qu’en Guinée on ne sait même pas formuler correctement ses prières à Dieu. Quand on est au bord du gouffre, faut-il LUI demander une aide pour faire un pas en avant ou LE prier pour retrouver le droit chemin ?
Je vous salue
Ibrahima Kylé DIALLO Directeur de www.guineenet.org partenaire de www.guineeactu.com
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