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Il y a des comportements qui révèlent l’intention profonde du leadership des organisations sociales. Telle est l’omission calculée de Dr Faya Millimouno et de M. Aboubacar Balde de la liste du Conseil National de Transition (CNT).
Rappelons que ces deux compatriotes ont été désignés par consensus par les associations guinéennes des Etats-Unis pour représenter les Guinéens des Etats-Unis au sein du CNT. Leur désignation a été fonction de leurs compétences, de leur intégrité, de leur expérience et de leur dévouement pour la cause de leurs compatriotes et de leur pays. Ils sont tous deux leaders de communautés guinéennes aux USA. Leur liste et leurs CV ont été envoyés officiellement aux autorités guinéennes le 31 août, 2009, par Son Excellence M. Mory Karamoko Kaba, Ambassadeur de Guinée à Washington.
Comme on le voit, le non respect du choix porté sur Dr. Millimouno et M. Balde, comme délégués légitimes de la Diaspora guinéenne des Etats-Unis au sein CNT, constitue une violation flagrante des principes d’égalité de chance et de respect de la légitimité chers à tout Etat de droit.
La question que l’on peut se poser est de savoir quels critères ont été utilisés pour éliminer de la liste des membres du CNT M. Balde et Dr. Millimouno ? Les décideurs de Conakry doivent se rendre à l’évidence que la mathématique politique ne suit pas les principes de l’analyse combinatoire algébrique. L’analyse combinatoire politique obéit à l’esprit de sa logique qui a pour objectif cardinal l’efficacité. Retenons que le Conseil National de Transition est chargé de l’élaboration d’un projet social et politique. Il est particulièrement important de souligner que le CNT à la charge, comme l’Athénien Solon au 594 Av J-C, de réviser la constitution guinéenne pour en faire l’assise de la démocratisation du pouvoir en Guinée. Si la reformulation de la constitution est bâclée, le CNT aura raté sa mission. Vu sous la perspective de gestion de projets, l’efficacité managériale s’obtient à partir de la combinaison de ressources qualifiées dont prioritairement le choix judicieux des hommes.
Certains Guinéens rétorquent que le choix s’est fait sur la base de qualifications académiques. Si cette information est vraie, les décideurs auraient causé du tord aux commanditaires de la Diaspora. En effet, pour prendre l’exemple de Dr. Millimouno, il faut dire qu’il est titulaire d’un Ph.D. en Administration de l’Education de l’Université de Montréal, au Canada. Il détient aussi un diplôme de leadership de l’Institut de Leadership de Washington, DC.
En plus, Dr. Millimouno a dirigé pendant quatre mois le groupe de Guinéens des Etats-Unis qui ont travaillé sur le projet de reformulation de la constitution guinéenne. Ce groupe était à l’image du groupe « Nimba » qui a fait des travaux similaires pour le compte de la Diaspora guinéenne en Europe. Ceci était en prélude à la transition politique en Guinée, bien avant la conceptualisation du CNT. Pendant quatre mois, Dr. Millimouno a démontré sa maitrise du mécanisme de régimes démocratiques. En outre, il a démontré son sens de leadership en gérant ce groupe composite sur le plan ethno-régional, académique et professionnel. Cette expérience prédisposait Dr. Millimouno, autant que les autres—sinon mieux, à apporter sa contribution notoire aux travaux du CNT.
Outre la dimension portant sur la qualification, certains Guinéens estiment que les décideurs de Conakry en prenant deux peuhls et un Malinké ont négligé la dynamique ethno-régionale qui est pourtant une réalité dans un pays reparti en quatre régions naturelles et culturelles distinctes. Il semble évident que leurs réactions auraient été les mêmes si on n’avait pris que deux forestiers et un Peuhl, ou deux malinkés et un forestier. La pluralité ethnique qui prévaut en Guinée est une réalité qu’il faut savoir ménager. C’est pourquoi, il est impérieux d’assurer l’équilibre de la représentation ethno-régionale au sein des institutions nationales. En fait, l’esprit de la démocratie présuppose la représentation de toutes les composantes du tissu social national au sein d’un organe de délibérations tel que le CNT.
En définitive, la mise à l’ écart de Dr. Millimouno et de Monsieur Baldé qui pourtant valent mieux que la plupart de ceux-là que les décideurs ont choisi, révèle un problème profond qui paralyse la société guinéenne. Dans ce pays, la méritocratie n’est qu’un mot que les uns et les autres utilisent pour « charmer » l’auditoire. En fait, combien de Baldet, Camara, Fofana, Guilavogui, Kamano et Manemou capables, comme Dr. Millimouno, sont ainsi été écartés quotidiennement? Combien de Guinéens qui pourraient apporter leurs contributions à l’édification de notre société sont écartés pour des raisons aussi futiles que leur origine ethnique, leur appartenance religieuse ou politique? Combien de Guinéennes compétentes sont écartées de la définition du cours de notre destin collectifs parce qu’elles sont femmes? Cette combine d’exclusion des uns ou des autres a enfoncé les différents régimes qui se sont succédé en Guinée dans la médiocrité. Dans le cas présent, le Conseil National de Transition (CNT) qui a la charge historique de jouer le rôle d’organe législateur pendant la transition de l’état d’exception à un état démocratique, devrait comporter en son sein les meilleurs des Guinéens. C’est cette élite qui devrait édifier la nouvelle constitution qui sortira la Guinée de ce bourbier où elle est enterrée depuis plus d’un demi-siècle. Il est évident qu’une organisation ne faut que ce que valent les hommes et les femmes qui la composent. Aussi, le CNT ne vaudra que ce que valent ses membres et son leadership.
Tirant leçons du passé de la Guinée, il ressort que les tentatives d’oppression des citoyens du Fouta, et celle d’écarter les malinkés, sous les régimes antérieurs n’ont fait qu’élargir la problématique ethno-régionale qui fissure notre société. Les récentes manœuvres politiciennes de Conakry qui ont réussi à manipuler le Capitaine Dadis contre les Peuhls à, à un cheveu près, conduit le pays à la guerre civile.
C’est pourquoi, la nouvelle Guinée, qui se veut progressiste, devrait œuvrer à l’utilisation des talents de tous les Guinéens sans considérations irrationnelles. Le processus de la démocratisation du leadership doit passer par la démocratisation du processus de transformation du régime guinéen. Restreindre la participation au moulage du destin collectif de la Guinée à un groupe choisi sur la base d’appartenance ethnique ou religieuse catalyserait la discorde multidimensionnelle qui couve dans le pays.
En résumé, au vue de nombre de faits qui se passent en Guinée, on est enclin à croire que ceux qui ont accédé jusque-là aux hiérarchies de l’état sont régis par une programmation mentale négative. C’est cette mentalité rétrograde qui les empêche, malgré les ressources naturelles et humaines du pays, de conduire la Guinée sur le chemin du progrès et du bonheur collectif. Le problème de la Guinée réside dans la gaucherie des preneurs de décisions nationales. Le CNT sera-t-il le Conseil National de Transition ou se muera-t-il en Conseil National de Tractations stériles ? La suite des événements élucidera les Guinéens.
Antoine Akoï Sovogui
www.guineeactu.com
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