mardi 9 mars 2010
Conseil national de la transition : Rabi essuie la colère de l’ANR
Ousmane Bah

Ce dimanche 7 mars, le décret tant attendu, portant sur la nomination des membres du Conseil national de la transition (CNT), est enfin tombé. Ce sont 155 membres, au lieu de 101 prévus par les accords de Ouagadougou, issus de toutes les sensibilités politiques, économiques et socioprofessionnelles qui ont été cooptés pour meubler cette structure. Le seul hic c’est l’absence des représentants de l’Alliance nationale pour le renouveau (ANR), un mouvement regroupant une trentaine de partis politiques, qui a préféré s’abstenir.

La machine de la transition fonctionne, pour l’instant comme le prévoit les accords de Ouagadougou, signés entre le capitaine Moussa Dadis Camara et le général Sékouba Konaté sous la médiation du président du Faso, Blaise Compaoré. Ces accords ont permis la nomination d’un Premier ministre issu de la classe politique guinéenne et la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Par ailleurs, même si le choix de la présidente du CNT issu des rangs du mouvement social a été perçu comme une violation de ces accords, cela a été fait sous la bénédiction du président de la Transition. Ce qui avait fait tout de même grincer des dents dans certains milieux de la classe politique.

N’empêche, cette grogne n’a en rien affecté Hadja Rabiatou Serah Diallo qui a été choisie pour diriger le CNT.

Nommée le 8 février dernier comme présidente du CNT, Rabi se serait tout de suite attelée au choix des hommes et des femmes qui doivent l’aider à accomplir sa mission.

Ainsi, après 1 mois passé à dépouiller les dossiers des différentes parties concernées sur fond de tractations, elle est parvenue à sortir une liste des membres de l’organe consultatif qui aura à charge de gérer la transition.

Et contrairement au nombre prédéfini, on se retrouve avec une structure pléthorique. Avec 155 membres, en lieu et place des 101 prévus par les accords de Ouaga. Certes, il a fallu agir ainsi pour « contenter », tout le monde. La clé de répartition, a fait la part belle aux partis politiques qui ont obtenu 34 sièges sur les 155. Il faut tout de même préciser que sur les 34 seuls 29 sièges sont pour le moment occupés. Les 5 autres qui devraient revenir à l’ANR restent vacants. L’Alliance ayant rejeté le fameux cadeau.

Bah Ousmane, qui se dit avoir été lésé dans la répartition a purement et simplement décliné l’offre. Il exigerait l’entrée au CNT seulement si on leur accordait 10 sièges.

« Malgré nos efforts, notre patience, notre volonté affichée de parvenir à un accord avec toutes les parties, de n’oublier et n’exclure personne, nous n’avons pas réussi à trouver un compromis avec l’ANR. Contre toute attente et en dépit de tous les efforts consentis, cette alliance politique, en lieu et place des 5 sièges qui lui ont été proposés contre 3 pour la 1ère fois, a exigé 10 places pour accepter de faire partie du CNT », regrette Hadja Rabiatou Serah Diallo, pour justifier l’absence de cette alliance dans le CNT.

Et pour éviter, qu’on l’accuse de vouloir écarter délibérément le mouvement de Bah Ousmane, la présidente du CNT a précisé que les portes du CNT restent ouvertes. Au cas où l’ANR changerait d’avis.

Les autres parties concernées ont également fait leur entrée dans le CNT. C’est le cas des organisations syndicales qui ont obtenu 16 sièges, les forces de défense et de sécurité 10, la société civile 10 et les Magistrats 10 sièges eux aussi. Les Guinéens de l’étranger qui ont aussi consenti des sacrifices pour changer la donne politique en Guinée n’ont pas été oubliés. Ils ont obtenu 13 sièges répartis entre l’Europe (4), l’Afrique (4), l’Asie (2) et l’Amérique (3). L’Ordre professionnel et l’Ordre des avocats ont aussi bénéficié respectivement de 2 et de 1 sièges. Les coordinations régionales et les organisations de défense des droits humains ont aussi chacune raflé 4 et 2 sièges. Idem pour les organisations de jeunesse et les organisations patronales qui ont également obtenu chacune 4 sièges.

Dans cette répartition, les médias privés et publics ont aussi été sollicités pour entrer dans le CNT. Car nul n’ignore le rôle salvateur joué par la presse guinéenne qui a permis de promouvoir la démocratie dans le pays. Six (6) places leur ont été réservées pour leur permettre de dire leur mot au sein de la structure. Quant aux organisations féminines, paysannes et artisanales, elles ont eu respectivement 4, 2 et 2 sièges. Les congrégations religieuses ne sont pas en reste. Ainsi, la Ligue islamique fait son entrée au CNT avec 3 sièges et le Conseil chrétien avec 2 sièges. On a également fait appel à 6 personnes ressources pour enrichir l’organe transitoire. Les personnes handicapées et âgées et les opérateurs économiques et du secteur informel peuvent eux aussi se frotter les mains. En obtenant respectivement 1,1 et 3 sièges, ils doivent s’estimer heureux. Et sans oublier la chambre des Mines et d’Agriculture qui obtiennent chacune 1 siège. Il y a aussi le réseau des femmes africaines ministres et parlementaires de Guinée qui se conteront de 3 sièges. Enfin, on a les ONG (Organisations non gouvernementales) et les médecins qui ont respectivement obtenu 3 et 4 sièges.

Au regard de ce qui précède, force est de constater que le CNT est composé d’un effectif pléthorique. Ce qui tranche avec les accords de Ouaga. L’ANR elle, en veut à la présidente de ne l’avoir pas appuyée dans sa requête.


Samory Keita
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

 

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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